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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 22:17

 

Monsieur Poulain travaillait au contrôle des machines de la biscuiterie KOOR qui se situait au nord de la ville et qui représentait depuis toujours le symbole d’une région prospère. Malheureusement, elle battait de l’aile depuis un certain temps et il fit partie de la deuxième charrette de licenciement. Au moment où commence l’histoire, il venait d’apprendre la  mauvaise nouvelle et se sentait plus abattu que d’habitude. Lui, qui considérait n’avoir jamais eu de chance dans la vie pensa que le sort s’acharnait contre lui. Veuf, avec trois enfants à charge, il se demanda comment il allait pouvoir joindre les deux bouts.

C’était un homme grand et maigre qui se déplaçait  à grands pas. Son teint pâle et son allure longiligne contribuaient à lui donner une allure spectrale. Son visage était parcouru par de longues rides, chacune témoignant des coups durs qu’il avait dû endurer tout au long de ses cinquante années de vie.

 Au volant de sa vieille voiture, il réfléchit à la manière avec laquelle il annoncerait la nouvelle à ses enfants. Pour se donner du temps, il emprunta le périphérique, qui n’était pas le chemin habituel, passa par l’avenue de la République tourna à gauche rue Pasteur et traîna quelques minutes dans les embouteillages. Lorsqu’il arriva dans le boulevard Louis qui descendait jusque dans sa rue, il ralentit l’allure espérant ainsi retarder un peu plus le moment où il retrouverait sa maison.

A peine eut-il mis un pied, que dis-je, une oreille chez lui qu’il entendit les pleurs de Maya, la petite dernière. Cela lui serra le cœur, mais dans un sens il se sentit soulagé de penser qu’elle était peut-être déjà au courant de son licenciement. Dans leur petite ville de province les nouvelles allaient bon train.

Son manque de courage contribua à l’accabler davantage. Il respirait fort et peinait à chaque pas. Avant de se rendre auprès de sa fille, il s’arrêta devant le buffet dans le salon pour y déposer ses clés et ses papiers, puis il jeta son pardessus sur le portemanteau. Arrivé à la hauteur de son fauteuil de lecture râpé il poussa un soupir. Il évita de justesse le petit guéridon semblant enchaîné au fauteuil comme le sont les oiseaux que l’on nomme inséparables.

Au passage, il fit une pause devant la gamelle pleine, de Fripon, toujours intacte depuis des semaines. Le chat avait n’avait toujours pas refait surface.

 

Chaque fois qu’il entrait dans la chambre de sa fille Monsieur Poulain ressentait une grande joie l’envahir ; mais pas cette fois. Malgré la gaîté du lieu qui détonnait avec le reste de l’habitation la détresse dans laquelle il trouva Maya rajouta à son angoisse. Pourtant, les posters de TOTORO, des SIMPSONS et quelques autres, affichés ça et là sur les murs recouverts du papier peint vert prairie, décoraient toujours la pièce. La petite étagère qu’elle avait ornée de bibelots et le monticule de peluches, qui nappait sa couette rose fleurie, n’avaient pas bougé.

Maya était assise sur son lit, au sein de cepetit univers très coloré qui illustrait bien son caractère vif et joyeux. Le menton posé sur ses genoux, elle tirait machinalement sur ses chaussettes. Son  père entra et elle releva la tête livrant ainsi son visage défait, maculé de plaques rouges. Ses yeux débordant de larmes en disaient long sur son chagrin. Monsieur Poulain s’installa sur le bord du lit et lui passa sa grande main osseuse dans les cheveux.

-  Ça ne va pas ma chérie… Alors tu sais pour… Lui dit-il en adoptant un ton doux.

Maya secoua la tête. Quelques fines mèches de sa chevelure blonde vinrent cacher son joli minois rond et lui chatouillèrent son petit nez pointu. Elle chercha le réconfort contre le torse sec de son père.

-  Ne te mets pas dans cet état… Ça va s’arranger…

-  Je me sens si triste, papa !

-  Calme toi ma chérie, calme toi, chut…Il faut avoir confiance. Lui chuchota-t-il dans le creux de l’oreille.

-  Mais c’est trop injuste ! s’insurgea-t-elle.

Ces mots entrecoupés de sanglots lui sortirent du cœur tel un boulet de canon.

- Oui, je sais c’est injuste… Mais on va se débrouiller, dit-il se voulant rassurant, Joaquim et Robin sont des bons gars, tu verras on va s’arranger.

Maya eut un sursaut.

-  Mais comment ? s’écria-t-elle.

- Je ne sais pas encore, mais j’ai confiance… Tu vois ce n’est rien qu’un boulot comme un autre, j’en trouverai un bien mieux, dit-il en lui prenant le menton affectueusement et en écartant une mèche rebelle de son front.

Maya ouvrit grand les yeux, elle les plongea dans ceux de son père pour y chercher une explication. Elle se demanda pourquoi il lui parlait de son travail. Depuis le début de la conversation, elle avait autre chose en tête.

- Tu ne sais pas pour Emma, alors ? s’étonna-elle.

-  Je ne… Non… Pourquoi ? bredouilla-t-il en se redressant.

- Elle est à l’hôpital, papa… Dans le coma. Elle a eu un accident !

- Un accident ! Merde alors ! laissa-t-il échapper. Pauvre petite ! mais quelle sale journée !

 

Ils restèrent un moment enlacés l’un l’autre sans un mot de plus. Puis, quand il sentit Maya apaisée, il s’arracha à elle et retourna vers son fauteuil de lecture délabré dans le salon. Il s’y laissa tomber, déroula ses membres rouillés, les étala à la manière des étoiles de mer. Ainsi affalé il s’abandonna à ses pensées.

Ah ça ! ce n’était pas une bonne journée… Toutes ces mauvaises nouvelles ! et sa fille chérie si inquiète pour Emma.

Emma, qui n’était autre que la fille unique de celui qui venait tout juste de le licencier.

 

 

 Maya et Emma était devenue les meilleures amies du monde en un temps très bref. Cela ne faisait pas encore un an qu’Emma était venue s’installer dans la ville avec son père.

On lui avait confié le poste de Président Directeur Général de la grande usine KOOR dans le but qu’il redressât la société afin d’éviter sa faillite et sa fermeture. Beaucoup de familles fondaient l’espoir que le nouveau venu saurait écouter leurs craintes. Mais ce ne fut pas le cas. Monsieur Rénald était un homme très réservé et fermé qui se cachait derrière de grosses lunettes sombres et une barbe touffue. Il parlait peu et agissait de manière peu appréciée.

Emma avait comme seuls points communs avec son père l’arrête de son nez et ses cheveux d’un noir de geai. A l’inverse, elle était volubile et légère, souriante et gracieuse.

Dès son arrivée au Collège Clemenceau, Maya la remarqua. Cette attirance fut réciproque et en peu de temps elles se découvrirent une multitude de points communs. Elles adoraient le gratin de courgette (ce qui n’est pas courant !) et détestaient les chewing-gums à la menthe (ce qui ne l’est pas plus !), elles avaient un goût immodéré pour les grands romans d’aventure et pour les balades dans la nature où elles s’inventaient des histoires imaginaires, un seul regard suffisait à leur déclencher une crise de fou rire… on pourrait énumérer leurs points communs jusqu’à la Saint Glinglin qu’on n’aurait pas fini.

Très vite elles eurent l’impression de s’être toujours connues. Cette amitié fusionnelle en fut d’autant plus exigeante.

Maya se souvint dans quelles circonstances elles l’avaient scellée.

 

Maya et Emma aimaient se rendre au collège ensemble. Ce rendez-vous quotidien était devenu un petit rituel nécessaire à leur bonne humeur pour la journée. Sur le chemin, les deux adolescentes insouciantes partageaient des fous rires et des secrets et tout ce qui permet de construire une belle une amitié.

Un matin, lorsqu’elles franchirent le portail d’entrée du collège, Maya eut un drôle de sentiment. Pas de brouhaha habituel qui vous oblige à élever la voix pour vous faire entendre, pas de course poursuite que l’on évite au dernier moment, rien de joyeux; le collège semblait avoir perdu son âme. Les élèves se retournaient sur leur passage et chuchotaient.

Une petite bande de jeunes en colère se dégagea des autres et entoura Emma.

- Tu n’as pas peur toi ! lança un garçon à la mine renfrognée.

Emma ne se laissait pas intimider facilement, aussi elle répliqua du tac au tac.

- Et de quoi devrais-je avoir peur ? de toi ? se moqua-t-elle.

- De nous ! braillèrent quelques autres derrière.

L’attroupement grossit et Maya si proche l’instant d’avant disparut. Emma la chercha des yeux. 

- Qu’est ce que je vous ai fait ? elle s’efforça à ne pas se montrer vulnérable.

- C’est ton père, il vire tout le monde ! beugla un gaillard.

-  à cause de ton père le mien n’a plus de boulot ! rajouta une fillette à la voix fluette.

- mais qu’est-ce que j’y peux moi ? ce n’est pas m’a faute ! et puis, d’abord s’il le fait c’est qu’il a de bonnes raisons, mon père !

- Si tu lisais les journaux, ben, tu saurais que non ! s’exclama une fille.

Tandis que Maya tenta de progresser en direction d’Emma, les collégiens agglutinés en masse autour d’elle l’en empêchaient.

- Mon père fait ce qu’il lui semble juste. Laissez-moi tranquille, maintenant…

Personne  n’avait envi de laisser la fille du PDG tranquille, aussi les élèves continuèrent à la harceler jusqu’à ce qu’un professeur intervînt et dispersât les agitateurs. Emma, la courageuse avait fini par craquer. Elle pleurait à gros sanglots lorsque Maya l’attrapa par l’épaule pour la consoler. Emma la repoussa.

- Est-ce que tu es toujours mon amie Maya ? jure-moi que tu ne penses pas comme eux.

- Bien sur que je suis ton amie. C’est nul ce qu’ils t’ont dit, tout ça c’est pas ta faute !

  - Alors pourquoi tu n’étais pas avec moi pour me soutenir ? où est-ce que tu étais ?

- J’ai voulu te rejoindre mais j’ai pas réussi… je te jure que…

- Tu mens. Affirma-t-elle fâchée.

- Non ! Ils étaient tous autour de toi et je ne suis pas une menteuse … que veux-tu que je te dise de plus ? Tu veux une preuve, hein ? dis-moi ?

- C’est à toi de trouver, on se voit ce soir et j’espère que tu auras une idée.

 Là dessus, Emma tourna les talons. Aveuglée par la colère, malheureuse, elle doutait de la sincérité de Maya.

 

 

A la fin de la journée, Maya et Emma avaient rejoint l’orée de la petite forêt qui borde le bas côté de leur collège.

- Tiens, voilà, j’ai bien réfléchi, déclara Maya. On va faire un pacte. Regarde…

Elle décrocha l’épingle qui maintenait un imprimé aux couleurs écologiques sur son sac de classe. Puis, elle nettoya la pointe de l’épingle avec un peu de salive et sans hésiter elle se piqua la paume de la main. Aussitôt, une minuscule goutte de sang perla.

Emma fixa chacun de ses gestes avec ses prunelles noires. Elle récupéra l’épingle, puis elle ouvrit sa main et piqua au même endroit. Dans la seconde qui suivit une fine gouttelette brillante apparut.

Le soleil avait disparu laissant la place à un croissant de lune et les silhouettes géantes des arbres composaient autant de témoins de ce moment solennel. Elles mêlèrent leur sang en pressant leurs petites mains l’une contre l’autre, sans un mot. Quand le battement d’aile d’un oiseau vint rompre le silence, sans se lâcher ni se quitter des yeux, elles prêtèrent serment.

Chacune à leur tour pour commencer, puis d’une même voix.

« Comme des sœurs pour toujours ! »

Persuadées de prononcer  une formule magique…

 

 

«  Melle Rénald, fille du Président directeur général de la biscuiterie KOOR, a été victime d’un mystérieux accident dans sa maison de la rue des Tourettes. Elle a été emmenée à l’Hôpital Saint Antoine inconsciente et de source sure, elle serait actuellement dans le coma…

…Cela faisait des mois que la grogne de ouvriers durait pourtant Monsieur Rénald restait insensible à leur revendications et à l’avenir d’une région tout entière. Comment peut-on interpréter cet évènement, est-ce un signe destiné à rendre un peu d’humanité à cet homme insensible etc… »

 

Maya avait appris la nouvelle de l’accident D’Emma par le Bulletin, le journal gratuit distribué aux coins de rues et aux stations de tram.

Cela faisait quelques jours qu’elle n’avait plus de nouvelles de son amie, mais elle ne s’était pas inquiétée plus que ça car il lui arrivait à elle aussi de rater les cours à cause de ses migraines fréquentes.

Quel choc ce fut d’apprendre le coma d’Emma par la presse et surtout quelles allusions scandaleuses ! insinuant que l’infortune d’Emma était un juste retour des décisions de son père à l’égard des ouvriers de KOOR.

Elle réfléchit un instant et un scénario lui vint à l’esprit.

Et si quelqu’un s’était introduit dans la maison pour se venger du père d’Emma... Peut-être qu’Emma avait surpris ce quelqu’un… peut-être, même, que ce quelqu’un avait agressé Emma pour mieux atteindre son  père…

Cette idée lui fit horreur… mais comment ne pas y penser ?

Chacun sait qu’un enfant est la chose la plus précieuse au monde aux yeux de ses parents, plus encore lorsqu’il représente son unique famille. C’était le cas du père d’Emma.

On avait voulu intimider le PDG « insensible », en se servant de sa fille unique.

Oui… cela ne fit aucun doute dans l’esprit de Maya.

 

 

 

 

 

 

 

 

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commentaires

Ayaquina 07/04/2010 15:30


Ah ok! Donc effectivement ça correspond mieux. Je vais parcourir quelques chapitres avant de te donner mon sentiment général. A très bientôt, donc!


Maya 07/04/2010 19:05



Si ça ne te dérange pas, je préfère que tu le lises en entier avant de te prononcer... Tu verras il ya beaucoup de personnages et les choses s'enchevêtrent les unes aux autres comme un puzzle.
Voilà...Tu me diras. Et merci encore de prendre le temps de le lire! Sinon si tu as envie de lire un truc plus court, il y a ma nouvelle, je l'ai écrite y a deux semaines ou trois. Si tu aimes
l'étrange, ça devrait te plaire... C'est lu en un quart d'heure... Donc moins fastidieux! à très vite Aya!



Ayaquina 07/04/2010 11:03


Bonjour Maya,
Je viens de terminer le premier chapitre. Sur le plan stylistique je trouve ça agréable, bien tourné, mais sur le plan de l'histoire je me demande à qui tu adresses ton histoire. J'ai cru
comprendre, que cela s'adressait à un public de "à partir de 10 ans", c'est bien ça? Du coup, je trouve que certaines choses sont abordées de façon un peu compliquée pour cet âge là. Comme en plus
tu as voulu garder du suspens, il y a des parties un peu difficiles à suivre qui augmentent la difficulté de compréhension du tout. C'est une remarque comme ça, tu auras peut-être évalué mieux que
moi cet aspect. Par rapport au licenciement, au coma, je m'attendais à des mots plus enfantins ou disons à des explications moins techniques, tu vois ce que je veux dire? ("perdre son travail"
c'est moins dur comme image que licenciement). Voilà, je n'ai malheureusement pas le temps de lire tous les chapitres à la suite mais je reviendrai poursuivre ma lecture dès que j'ai un petit
moment. A très bientôt!


Maya 07/04/2010 15:22



Coucou Aya!


En fait le public visé est plus âgé. Le manuscrit est dans le comité de lecture de ma librairie et ce sont des jeunes de 15 ans qui l'ont emprunté. Douze ans est l'âge minimum et seulement si
l'enfant est très bon lecteur...


Voilà, j'espère t'avoir répondu.


Bonne lecture!



Ayaquina 05/04/2010 10:01


Bienvenue dans ma communauté Maya, très heureuse de vous acceuillir parmi nous. Je n'ai pas encore eu le temps de me plonger dans votre roman mais je ne manquerai pas de le faire. En attendant,
n'hésitez pas à venir vous présenter sur le forum de la communauté afin d'être plus visible des autres membres. A très bientôt!


Maya 07/04/2010 08:31



merci beaucoup Aya pour ton accueil !


sylvie



mathilde 11/03/2010 14:45


J'aime beaucoup l'illustration de ce ce chapitre (Papa grenouille et Bébé grenouille)!