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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 17:46

                EMMA      

 

 

Maya pénétra dans la chambre une fois de plus, mais en cet instant précis elle était heureuse.

La lumière avait changé et même le blanc n’était plus aussi agressif que la dernière fois. Tout était différent… Emma était étendue sur son lit, paisible, les paupières fermées, le visage souriant.

-       Va Maya, N’ai pas peur.

Monsieur Rénald était resté à la porte et poussait Maya en avant.

-       Elle t’attend.

Maya, se retourna et chercha encore une fois l’approbation du père d’Emma avant de poursuivre. Qu’allait-elle pouvoir lui dire ? Comment lui raconter son histoire ?

Alors, elle fit un pas, puis un autre et encore un et à chaque pas sa confiance grandissait et à chaque pas elle se sentait grandir, grandir, grandir.

Elle posa sa main sur celle d’Emma qui s’éveilla. Ses yeux rieurs en dirent plus long que le moindre mot.

-       Salut Emma.

-       Salut Cousine.

-       Tu reviens de loin.

-       Oui… Toi aussi… Tu ne m’as pas abandonnée.

-       Toi non plus…

Emma était sortie de son coma quelques heures après que le MONSTRE ait été abattu. Comme si cette mort l’avait libérée d’un sommeil trop profond.

 

  … ÉPILOGUE

 

Maya fut accueillie comme un héroïne dans sa ville. Elle se remit très vite de ses blessures tant elle fut comblée par les démonstrations d’amitié et de soutien des habitants.

Elle reçut au moins cinq cents lettres et un tas de présents, témoignages concrets de

l’engouement qu’elle avait suscité auprès de la population.

Emma sortit après deux mois d’hospitalisation. Elle récupéra formidablement bien, selon l’avis des médecins. Le mystère plana toujours autour des causes de son accident car elle ne se rappela jamais des circonstances. Ses parents séparés depuis dix ans réapprirent à se connaître et devinrent de très bons amis.  Ils l’entourèrent d’une grande affection ce qui lui permit de grandir en toute sérénité.

Lorsque son père fut disculpé, il développa son projet de fabrique de panneaux solaires. Cela donna un nouvel essor à la région et sortit de l’embarras beaucoup des familles qui s’étaient retrouvées sans travail.

Le père de Maya repris son ancien métier de menuisier et s’installa à son compte. Il fréquenta Madame Hilly, pendant un temps, puis il se décida à la demander en mariage. Leur couple fut indestructible.

Mamie ne supporta pas la terrible mort de son fils le Capitaine Piole. L’été qui suivit, son cœur s’arrêta net.

Anatole ce doux géant accusé à tors par Maya put enfin vivre au grand jour. Sa mère qui le cachait comme une honte dut en répondre aux autorités.

Rose réapparut à la fin de l’hiver, elle avait été prise en charge par des services sociaux qui s’étaient inquiétés des conditions précaires dans lesquelles elle vivait, et avait préféré la mettre au chaud. Maya ne lui reparla plus jamais des fameuses lettres qui l’avaient  faite paniquer, en revanche elle s’arrangea pour qu’elle puisse rencontrer le grand-père de Karim.

Karim resta longtemps un des plus fidèles amis de Maya. Il apprit à lire et écrire l’Arabe si brillamment qu’il gagna le plus profond respect de toute sa famille.

Le bleu de Maya s’estompa peu à peu et avec lui ses visions étranges. Le réconfort d’une nouvelle famille et sa soudaine popularité lui apportèrent une grande assurance. Plus jamais, elle ne se laissa inquiéter par les garnements du collège. Son amitié avec Emma fut la plus solide qui soit.

Elle furent soudées l’une à l’autre COMME DES SOEURS…

  FIN 

 

 

 

 

 

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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 17:43

        

Le capitaine Piole alias le MONSTRE, prit la fuite détenant Maya dans ses griffes. Les cris et les pleurs de Poulain retentirent, déchirant le bref silence. Il s’en suivit une cohue insensée dans la maison. Policiers et convives se percutèrent  maladroitement comme des poules affolées par l’apparition d’un renard dans leur poulailler. Leur impuissance les rendaient malheureux à l’égard de la fillette livrée aux mains de cet être odieux. La situation les rendit fous, tous gesticulaient, criaient, pleuraient. Tous, sauf Karim qui avait devancé l’échappée du MONSTRE et qui attendait Maya dans son véhicule. Il avait profité de l’agitation générale pour s’éclipser et porter secours à son amie. Il avait même pensé à récupérer le sac à dos fétiche de Maya.

L’homme jeta la fillette dans le véhicule et s’y engouffra simultanément. Il démarra en trombe la grosse berline noire sans découvrir le passager clandestin. Il fonça sur la route menant vers le nord, ignorant les panneaux et les feux de signalisation. Ballottée en tous sens, Maya accrocha sa ceinture de sécurité et se cramponna au siège. Ils évitèrent de justesse un semi remorque qui venait sur la droite et à qui le chauffard avait refusé la priorité. Le Capitaine était devenu fou, il ne se contrôlait plus. Au loin, on entendait le tintamarre des sirènes des policiers et les coups de klaxon fusaient. A un moment, le fugitif dut donner un coup de frein si brutal que la voiture fit un tour complet sur place. Sous le choc, Karim roula sur lui-même et s’écrasa contre le dossier du MONSTRE. Celui-ci fit volte face, il toisa l’intrus, puis il ralentit et avant même que Karim eut le temps de prononcer le moindre mot il l’empoigna et le jeta par la portière.

Maya, désemparée, retint un cri d’effroi. Elle se retourna en se raccrochant au dossier de son siège pour vérifier qu’un malheur n’était pas arrivé à Karim. Heureusement la circulation s’était bloquée juste après le tête à queue de la berline. Des gens se précipitèrent pour porter secours à l’enfant. Elle soupira rassurée pour Karim. En revanche, elle constata aussi que les véhicules de police étaient restés bloqués en amont. Elle regarda les gyrophares disparaître, son ventre se noua. En baissant les yeux, elle aperçut son sac à dos coincé sous le siège arrière du véhicule. Elle l’attrapa furtivement et le ramena sur ses genoux. Ce petit morceau d’elle-même lui amena un peu de réconfort. Elle le pressa de toutes ses forces contre son ventre et retint un sanglot dans sa gorge.

Le ciel commençait à s’assombrir, Maya tenta courageusement d’amorcer un semblant de conversation.

- tu m’emmènes où ? demanda-t-elle.

A ces mots l’homme éclata d’un rire sarcastique. Sur sa figure, ses traits s’étaient déformés. Il ne ressemblait plus au Capitaine. Ses yeux vitreux s’étaient enfoncés dans leur cavités et ses sourcils épais se rejoignaient en broussaille. Un liquide blanchâtre s’écoulait de  la commissure de ses lèvres pâles, et ses dents acérées lui donnait l’aspect d’une bête féroce. Même sa voix était transformée. Il était le MONSTRE dépeint par ses victimes, il était l’ignoble MONSTRE. Maya comprit qu’elle était perdue.

La nuit était noire, elle n’avait plus l’espoir d’être sauvée car la berline avait bel et bien semé les voitures de police. Elle avait peur, ses tentatives pour détendre l’atmosphère avaient échouées. Le Capitaine n’était plus lui-même, désormais il avait endossé un aspect inhumain et bestial. Elle pensa à ce roman célèbre, docteur Jékyll et Mister Hide. Au fond de son cœur, elle pria pour que le Capitaine reprenne le contrôle et que le MONSTRE soit vaincu. Peine perdue, le Capitaine avait disparu au dépend du MONSTRE.

Que pouvait-elle faire face à cette imposante carcasse, elle se sentait minuscule du haut de ses un mètre cinquante et ses quarante kilos. Pourtant, elle ne s’était pas résignée à disparaître des mains de ce fou. Maya, prit la résolution de tenter quelque chose, une évasion avant qu’il ne soit trop tard.

- Capitaine ! murmura-t-elle.

- Quoi ? qu’est-ce que tu veux ? demanda-t-il d’une voix sortie d’outre tombe.

Maya déglutit avec difficulté.

- Hum…Je voudrais aller aux toilettes. C’est pressé. Chuchota-t-elle.

- On est bientôt arrivés, retiens-toi.

- Où est-ce qu’on va ?

- Tu le saura bien assez tôt.

- Capitaine ? Maya tenta une dernière fois de ramener l’affable Capitaine à la vie. Capitaine, on va rejoindre Mamie chez sa sœur ?

Il ne prit même pas la peine de répondre et se mit à siffloter gaîment.

La fillette colla son nez au carreau, son anxiété redoubla d’intensité. Ils voyageaient en rase campagne dans la vallée. Le froid s’était intensifié et la neige formait des congères sur les bords de la route. On grimpait vers la montagne, vers le désert glacial. De temps à autre la voiture chassait et glissait sur le verglas. Ils ne pourraient pas aller bien loin car la berline ne disposait pas des chaînes  nécessaires, facilitant l’adhérence des pneus sur la route.

Il était urgent pour Maya de trouver une solution. Elle réfléchit et soudain, elle pensa au présent de Robin. Cette stalactite qui ressemblait tant à un couteau. Elle pouvait, en désespoir de cause s’en servir comme d’une arme.

Il fallait agir vite et surtout ne pas hésiter un seul instant. Elle ouvrit le plus silencieusement possible la fermeture éclair de son sac et y plongea la main.

Elle tâtonna à l’intérieur. « Où es-tu petite stalactite ? » se dit-elle. « allez montre toi. »

Enfin, elle la devina sous ses doigts. Elle la saisit et la serra très fort dans sa main délicate. Puis, discrètement, elle sortit l’arme de son sac et la dissimula entre ses genoux. Elle attendait l’instant propice pour s’en servir, lorsque le capitaine ralentit l’allure et se gara sur le bas côté.

C’était le moment de frapper et Maya sans la moindre hésitation, brandit son arme et la planta profondément dans la cuisse du MONSTRE. Un flot de sang jaillit de la blessure. Sans le savoir, elle avait dû toucher une artère. L’homme surprit par l’attaque poussa un hurlement inhumain, un cri qui ébranla la fillette.

Dans un état second, Maya profita, tout de même, du moment d’égarement dans lequel était plongé le MONSTRE pour s’échapper. Elle courut droit devant elle en direction d’une petite forêt espérant s’y cacher. Des coups de feux résonnèrent traversant la vallée comme des fusées miniatures. Maya  sursauta mais ne ralentit pas pour autant son allure. Elle jeta brièvement un regard en arrière et aperçut l’homme se retenant au capot de la voiture. Maya apprécia sa distance aux arbres. Il était vital d’atteindre les premiers arbres, dans les plus brefs délais, et reprendre son souffle ensuite. « pan, pan, pan… » le capitaine MONSTRE vida son chargeur.

Maya était vidée, chaque enjambée l’affaiblissait davantage car elle s’enfonçait au moins à vingt centimètres de profondeur tant la neige était abondante. Il ne lui restait que quelques mètres pour gagner le bois, à bout de force, elle ne parvint plus à courir. La respiration lui manqua et brusquement le noir se fit total. Le MONSTRE avait coupé les lanternes de la voiture.

- Tu ne m’échapperas pas ! Hurla-t-il dans la pénombre. J’aime la chasse… j’ai un flair hors du commun, tu la connais ma réputation, hein Maya?

Maya ne voyait pas à deux mètres, elle sortit alors du sac la lampe frontale de Joachim. Ses  mains tremblantes de peur et de froid manipulaient gauchement l’objet. Enfin, elle poussa l’interrupteur et put s’orienter convenablement. Elle pénétra dans la forêt dense, là elle aperçut une piste damé à une distance raisonnable, sur sa gauche.

Pour l’atteindre elle devait bifurquer et emprunter un chemin où elle s’enfonçait jusqu’aux genoux dans la poudreuse. Elle avait froid, sa petite robe rouge et ses mocassins assortis ne la protégeaient pas des températures polaires de la nuit. A un moment, épuisée par l’effort elle pensa abandonner et se laisser mourir dans la glace. Elle dut se persuader à continuer la lutte.  Elle pensa à Ayma son amie qui se battait contre la mort et se dit qu’au bout de la route sa récompense serait de la retrouver. Elle rassembla toutes les forces qui lui restaient pour atteindre son objectif. Enfin, elle déboucha sur le chemin de neige tassée, il  était plus facile de s’y déplacer. Elle pressa la cadence de ses petits pieds gelés. La route devait mener à une habitation. L’idée la réconforta. Elle fit un tour sur elle-même pour vérifier que le MONSTRE était resté loin derrière. Elle s’arrêta net lorsqu’elle constata des traces de sang quelques mètres plus haut dans le sentier.

Il se tenait là, à peu de distance, se terrant comme un fauve prêt à l’attaque. A présent, Maya pouvait entendre son souffle. Elle ferma la lumière de sa lampe par mesure de prudence. Paralysée, incapable de prendre la moindre décision, elle perdit confiance. Il faisait tellement froid, ses mains et ses pieds étaient gelés, anesthésiés.  « je suis à sa merci, je suis congelée… Ma petite maman, viens me chercher, s’il te plait. » pensa la fillette. Puis, avec toute l’énergie dont elle disposait elle réussit a reculer d’un pas, puis deux, puis trois.

Le MONSTRE bondit hors de sa tanière et chargea Maya tel un sanglier en furie. La fillette terrorisée se pensa perdue. Son sang ne fit qu’un tour et ses forces qui l’avaient abandonnée précédemment, resurgirent subitement. Elle  tourna les talons et courut le plus vite possible, à en perdre haleine, elle se fondit dans la pénombre.

Les sapins se firent plus rares et la lune qui était pleine redonna un peu de clarté et de visibilité à Maya. Dans sa course éperdue la fillette eut les yeux brouillés par le froid et les larmes. Son état lui permit, à peine, de percevoir les lumières qui clignotaient sur la route. Elle prit son courage à deux mains pour signaler sa présence avec de grands gestes. Accablée, elle ralentit sa course, activa le bouton de sa lampe frontale afin qu’on lui porte secours. Puis, exténuée, elle s’effondra.

La police était sur les lieux. Elle avait réussit à localiser le forcené. Un officier de police s’inclina sur le petit corps glacé de Maya. Il l’enveloppa de sa veste chaude, une canadienne fourrée, et la ramena au fourgon au pas de charge.

- Elle est vivante ? demanda un coéquipier.

- Je ne sais pas. Elle est glacée… Répondit le sauveur.

- Bon dieu, regarde sa mine, elle se grise. Rajouta un autre.

- Mais arrêtez, enfin ! intervint une jeune femme officier. Venez m’aider, elle est en hypothermie. Sa température est descendue, il faut la réchauffer.

 Ensemble ils la frictionnèrent vigoureusement pour réanimer ses membres paralysés par le froid. Maya, flottait entre rêve et réalité et respirait faiblement. Elle voyait de temps à autre un visage et entendait des voix en échos comme si les anges du ciel s’étaient attardés sur sa modeste personne. Grâce à la ténacité des gardiens de la loi, elle revint à la vie.

Un peu plus tard, on retrouva le corps de celui qui fut aussi un homme. Le MONSTRE inanimé, étendu sur une auréole rouge dans la neige blanche avait été rattrapé par son passé…

 

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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 17:41

 

Les jours qui suivirent sa rencontre avec le père d’Emma, Maya eut une visite surprise. Un matin, alors qu’elle s’était levée assez tard car ses nuits étant toujours très agitées elle avait du mal à émerger, elle avait entendu des voix provenant de la cuisine. Elle avait, bien entendu, reconnu celle de son père, mais l’autre était celle d’une femme. Elle avait espéré que ce fut Rose alertée par son petit mot, mais l’hypothèse était peu probable. Elle abandonna définitivement l’idée, à mesure qu’elle se rapprochait de la cuisine, la voix ne lui était pas étrangère mais elle n’arrivait y mettre un nom.

Qui était donc cette femme qui s’entretenait avec son père ? Sa main courrait sur sa chevelure blonde abondante comme pour se donner une contenance. Lui était transfiguré, il la buvait du regard. Maya n’osa pas briser le charme de cette scène insolite.

À l’occasion d’un mouvement de la tête bien particulier, qui ramena ses cheveux vers l’arrière, Maya aperçu le profil de la mystérieuse visiteuse.

La charmante Madame Hilly s’était inquiétée de ne pas revoir Maya au collège ces jours derniers, aussi avait-elle décidé de faire un saut chez la fillette. Elle  avait pris la peine de se maquiller et buvait tranquillement un café, non sans une certaine élégance. Face à  face, les interlocuteurs se lançaient des regards embarrassés. Il lui adressa un sourire gêné, elle le lui rendit timidement. Aucun ne prêta attention à Maya qui se sentit de trop. De toute façon elle avait d’autres choses plus importantes à faire.

Maya préféra se concentrer sur le bilan de son enquête. À plusieurs reprises, elle se rendit chez Rose, mais celle-ci n’était toujours pas rentrée. Elle commença à s’en inquiéter car rien ne disait qu’elle aussi n’avait pas été la victime du MONSTRE. Avait-il eu connaissance de son secret ?

Mamie était absente elle aussi.

- Elle est partie chez sa sœur pour fêter Noël, lui révéla le Capitaine. Moi je dois aller la rejoindre bientôt.

- Alors, vous pourrez pas venir à ma fête d’anniversaire ! s’exclama Maya anxieuse.

 - Je viendrai moi ! lui assura-t-il. Je partirai après. Bon, tu es satisfaite j’espère !

- Ben, c’est qu’il va y avoir plus de monde que d’habitude, alors… je te présenterai à mes nouveaux amis.

- Oh, oh ! Tu fais ta mystérieuse…

- C’est pas ça, se défendit Maya.

- Bon, bon, justement à propos d’invités, tu comptais inviter Rose ?

-  J’aimerais bien, mais elle n’est pas chez elle depuis des lustres !

-  Parce que la pauvre vieille a complètement perdu la boule la dernière fois où on l’a vue. Il paraît que des infirmiers sont venus pour l’emmener chez les fous ! pauvre vieille…

- De quoi ? on a emmené Rose à l’hôpital psychiatrique ? qui demandé ça ? s’indigna Maya.

- Je sais pas, un voisin peut-être. C’est bien triste de finir comme ça ! Au fait, pendant que j’y pense, ton Anatole est libre comme l’air. Il faut faire confiance à la police, ma belle enfant…

Cette dernière phrase résonna comme un écho dans la tête de Maya. Elle hésita un moment.

- Pas toujours, fit-elle finalement… Le père d’Emma, il est vivant… Et il m’a dit qu’il soupçonne…

Le capitaine la coupa sans marquer la moindre surprise.

- ça je le sais qu’il est vivant, ma petite fille… Tu crois que la police se laisse berner aussi facilement ? On n’ a rien signalé aux journalistes car on ne veux pas l’inquiéter pour le choper plus facilement. Tu sais que c’est un meurtrier, il a tué deux hommes…

- Je…

- Qu’est-ce qu’il t’a dit ? que les malfaiteurs s’étaient tués entre eux ? Parce que le deuxième, celui que tu avais décrit avec un bandage à la main a été retrouvé dans une benne à ordure.

- Oh ! mais c’est affreux ! mais pourquoi ?

- Tout simplement parce qu’ils avaient découvert la preuve que le MONSTRE c’était lui. Tu comprends, quand ils sont venus le cambrioler, ils ont  dû trouver des photos compromettantes, aussitôt ils ont compris à qui ils avaient affaire.

- Mais la médaille alors ? je me souviens parfaitement que les malfaiteurs étaient chargés de la récupérer pour leur complice.

- Tu as dû mal comprendre leurs intentions. Il ne faut pas oublier que tu avais peur. À mon avis, elle doit appartenir à l’une des victimes. Rénald les a surpris en plein vol, voilà tout.

- Mais c’est pas possible ! Rose connaît le coupable, puisqu’elle peut l’observer de sa cabane.

- Rose cette vieille folle connaîtrait  le coupable ? Mais enfin Maya, je te croyais plus finaude. Dis-moi pourquoi, si Rose connaissait le coupable, elle ne l’aurait pas dénoncé depuis le temps ?

- Je ne sais pas, moi… Peut-être qu’elle avait peur de lui et peut-être aussi qu’elle ne s’en est vraiment rendu compte que depuis peu, depuis l’arrivée d’Emma et son père.

- Eh bien justement, tu vois. Elle s’est sans doute rendue compte que le coupable c’était lui, alors.

Le Capitaine avait réponse à tout, ça ne servait à rien qu’on le contrarie et Maya le comprit.

- Peut-être,  marmonna Maya. Les lettres de Sihême, enfin de Rose, étaient adressées à Emma… Mais pourquoi aurait-il voulu faire du mal à sa fille ? demanda-t-elle au capitaine.

- Mais parce qu’elle avait tout deviné, bien sûr.

Maya réfléchit un moment.

-  Et cette histoire de portefeuille ! on voulait faire accuser papa !

- Il faut croire que les deux malfrats étaient en relation avec une personne qui connaît ton père et qui travaillait peut-être avec lui à KOOR qui est comme tu le sais dirigé par Rénald. Ce quelqu’un a sans doute voulu se venger de ton père.

- Se venger de papa ? c’est la personne la plus gentille que je connaisse !

- Tu sais parfois dans le travail, les gens vous jalousent sans qu’on s’en aperçoive et Rénald, il en a laissé sur le carreau des pauvres bougres. Il a suffi que ton père ait eu un traitement de faveur pendant quelque temps et voilà, badaboum.

Le Capitaine trouva la fillette songeuse.

- T’en fais pas petite pomme, on va le capturer.

- Il sera chez moi dimanche, lâcha-t-elle. Intimement convaincue que bientôt elle en aurait le cœur net.

 

Le dimanche arriva avec un beau soleil et toujours de la neige. Maya passa sa matinée à confectionner des pâtisseries appétissantes et de quoi faire un petit buffet bien garni. Karim était venu comme convenu pour l’aider dans ses préparatifs, mais il passa le plus clair de son temps sur l’ordinateur. Maya avait un goût amer dans la bouche depuis sa conversation avec le Capitaine, elle ne cessait d’y songer. Aussi, elle laissa Karim se faire plaisir tandis qu’en préparant elle pouvait laisser aller sa pensée. Elle n’avait plus eu de nouvelles ni du père d’Emma ni du Capitaine. Et finalement, elle redoutait de plus en plus cette réunion de famille pour laquelle elle s’était fait une joie.

Joaquim avait obtenu une permission pour les fêtes et devait arriver d’une minute à l’autre. Robin avait fait la fête la veille et dormait encore profondément. Son père, lui, rangeait la maison et  l’organisait de sorte que les invités puissent tous trouver un siège pour s’asseoir.

Vers les treize heures, les invités commencèrent à arriver. Laura et Agathe furent les premières et Joachim les suivit de peu. Elle firent connaissance avec le reste de la famille et même avec Fripon le chat de la maison. Apparemment elles adoraient les chats.

La tension de Maya commençait à monter terriblement. Elle avait peur de ce qu’il risquait de se produire. Alors pour se calmer, elle passa du temps à la cuisine à faire mille et une choses à la fois.

Le Capitaine finit par arriver lui aussi, il interrogea Maya du regard. Elle compris que c’était à propos de Rénald et fit non de la tête.

Pourvu qu’Agathe ne subisse pas encore un choc, pensa Maya. En attendant, elle fit les présentations. Le Capitaine, lui aussi semblait anxieux. Il salua poliment les deux femmes sans s’attarder et se retira dans un coin reculé. Il attendait sans doute la venue de celui qui représentait à ses yeux le coupable. Puis, au bout d’un moment, il se posta à la fenêtre, faisant dos à la pièce. Le père de Maya, essaya de le ramener vers les autres à maintes reprises, sans succès.

Puis la sonnette de l’entrée retentit. Le Capitaine comprit que le moment était venu, il se posta de manière à faire face à la porte. Maya fit en sorte que tout le monde reste dans la pièce principale et elle se rendit à la porte et fit entrer Rénald.

- T’es foutu Rénald, j’ai tout expliqué à Maya ! s’exclama soudain le Capitaine. Alors tu vas venir bien sagement avec moi.

- Tu lui as expliqué quoi, espèce de malade ? Que tu es le MONSTRE qui a tué sa mère ? Maya écarte-toi, conseilla Rénald.

Elle resta figée sur place. Ces échanges de paroles n’eurent aucun effet sur elle. Elle plongea dans un songe, un flot d’images terrifiantes. Une vision d’horreur mêlait sa mère au MONSTRE.

- Elle ne te croit pas. Alors, tu vas me suivre et ne pas faire de vague.

- Maya, j’ai vu le graveur de la médaille. Il m’a donné le nom de Piole, Marguerite Piole. C’est pas ta mère ? Lança Rénald arrogant, au Capitaine.

- T’es foutu, je te dis.

Le Capitaine sortit son pistolet dans la foulée.

- Qu’est-ce que tu vas faire, tu vas me tuer ? Mais ça sert à rien, car j’ai tout balancé à tes supérieurs, c’est toi qui est foutu !

Le ton montait et tout le monde s’était rassemblé dans le vestibule. Maya n’avait pas bougé de position, elle restait absente. Agathe eut sans doute des souvenirs qui remontèrent  violemment, elle se mit à bramer.

- Agathe ! Mon Agathe ! hurla son mari lorsqu’il l’aperçut, ses yeux lui sortaient de la tête. Il s’avança dans la direction de sa chère femme, mais il fut coupé dans son élan par le Capitaine qui s’interposa vigoureusement à lui.

- Toi tu bouges pas ! dit-il en brandissant son arme de plus belle. Puis, il s’adressa à Maya. Viens ma chérie, Viens… et elle fit un pas dans sa direction sans trop se poser de question. Elle était comme un automate animé de mouvement mais sans la moindre réflexion. C’était comme si son destin était lié à celui de sa mère, comme si elle devait vivre ce que sa mère avait vécu dix ans avant.

- Vous voyez en qui elle a confiance la petite Pomme ? au Capitaine ! ouais au Capitaine ! cria-t-il à plein poumons.

Il y eut un brouhaha sans nom et soudain une équipe de police tous armés jusqu’aux dents pénétra dans la maison par différentes issues.

- Tu es fait comme un rat Piole ! s’écria Rénald.

Aussitôt le Capitaine attrapa la fillette contre lui et passa son bras autour de ses épaules pour la maintenir fermement.

- Arrêtez cet Homme ! héla son père aux policiers.

Les hommes de la police firent dégager les lieux. Ils demandèrent aux gens de se réfugier dans la cuisine. La place était nette, ne restait que Rénald, Le Capitaine et Maya.

- Lâche l’enfant ! somma le commandant de l’équipe d’intervention.

Le Capitaine se tourna vers eux et porta l’arme sur son front de la fillette.

-  Vous allez me laisser partir, sinon je l’abats comme un chien.

-  Laisse-la, prends-moi à sa place. Proposa Rénald.

- Non, non, non…Tu as vu ta femme ce qu’elle est devenue ? dit-il en se moquant. Une pauvre dingue ! elle a voulu venger sa sœur. Mais moi je lui avais rien fait à sa sœur, je faisais que de l’aimer c’est tout. Mais c’est elle qui a tout gâché, elle a voulu s’en mêler. Non, mais regardez-là maintenant ! ce n’est qu’une loque. Elle ne m’a même pas reconnu.

Maya était pétrifiée et son père qui avait entendu les propos du MONSTRE se rua dans la pièce à la vitesse d’un boulet, suivit de ses deux fils.

- Tu vas lâcher ma fille ! hurla-t-il. Ça t’as pas suffit de me prendre ma femme ? C’est ma fille qu’il te faut maintenant ? rends moi ma fille ! rends-moi mon enfant ou je te jure que je te tuerai de mes propres mains.

Soudain, il chargea tête première mais fut retenu dans son impulsion par ses fils Robin et Joaquim qui tentèrent de le raisonner.

L’action désespérée de leur père  déstabilisa les policiers. Le MONSTRE en profita pour filer sans lâcher sa proie.

 

 

 

 

 

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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 17:35


 

Monsieur Poulain devait conduire Maya à l’Hôpital voir son amie Emma, après le repas. Mais il pensa qu’après l’épisode éprouvant qu’elle venait de vivre dans le restaurant, il était plus sage qu’elle rentre se reposer à la maison. C’est pourquoi il emprunta le chemin du retour sans l’ombre d’une hésitation, persuadé, qu’il était, de son bon choix. Cependant Maya, l’entendait autrement. Elle n’avait pas vu Emma depuis des jours et ce n’était pas ce petit malaise qui allait l’arrêter.  Son opiniâtreté n’était plus à démontrer et elle savait parfaitement comment s’y prendre avec son père pour le convaincre. Il lui suffisait de faire son regard de chien battu pour qu’il craque, il craquait toujours…

- Écoute papa, si tu veux je ne resterai pas longtemps, mais laisse-moi aller la voir.

S’il te plait !

- Bon, d’accord… Je reviens dans une heure, dans le hall.

La petite voiture bleu clair entama un demi-tour. Au bout d’un court moment, elle stoppa devant l’établissement hospitalier. Une portière claqua, un instant après, la petite voiture bleu clair se fondit dans le serpent rampant de la circulation.

Combien de temps déjà qu’elle n’avait pas vu son amie. Maya pensait à cela lorsqu’elle traversa le couloir de l’entrée. Il n’y avait pas la grosse-grosse dame derrière le comptoir à l’accueil, mais un jeune homme à l’air peu aimable.

Maya ne s’attarda pas, elle s’engagea directement dans l’escalier qui la mènerait auprès d’Emma. Une fois dans le service concerné, elle remplit le protocole pour la visite, à savoir, se revêtir de la tunique, charlotte et chaussons de protection.

Emma n’avait pratiquement pas changé depuis la dernière fois. Peut-être avait-elle perdu un peu de poids. Son visage était toujours aussi beau et serein. Maya posa son regard sur la malade avec une intensité nouvelle, comme si elle souhaitait percer un quelconque mystère.

Elle choisit d’éviter tout contact, cette fois, car elle craignait d’avoir à nouveau des visions difficiles à supporter. Maya avait l’impression d’être devenue une éponge à souvenirs, une éponge à émotions. Il lui suffisait de se poser sur une personne pour en absorber la substance intime.

Elle préféra rester tout près de son amie et lui parler. Elle lui raconta les mésaventures de son frère Robin dans les catacombes, comment Karim l’avait aidée pour la traduction des poèmes contenus dans les lettres. Elle lui révéla la véritable identité de Rose et son inquiétude à son égard. Mais elle omit de lui parler d’Agathe, elle préférait attendre un peu. Le temps s’écoula, l’heure passée, elle prit congé.

Elle sortit des toilettes où elle s’était débarrassée de ses vêtements de papier, s’arrêta devant la vitre pour faire un dernier coucou à Emma et constata que son amie n’était plus seule. Un homme de taille moyenne portant une casquette était assis sur le lit. Il était penché sur l’enfant et de temps à autre, son corps s’animait de soubresauts. La silhouette de cet homme n’était pas sans lui rappeler celle de l’un des assassins de Rénald.

Glacée, Maya se raidit et lâcha son sac sur le carrelage. Alerté par le bruit, l’homme se retourna. Pendant un instant Maya fut pétrifiée.

-       Monsieur Rénald ! s’écria Maya stupéfaite. Elle hésita entre sauter de joie ou se méfier.

L’homme avait le visage ravagé par le chagrin. Il se leva sans un mot, attrapa la fillette par le bras et l’emmena dans le couloir où il chercha un dégagement pour y être tranquille. Maya tacha de se dégager à plusieurs reprises, mais la poigne de l’homme s’était refermée comme des menottes sur son poignet.

C’était un homme aux abois, très nerveux et Maya commençait à paniquer lorsque deux infirmiers apparurent au fond du couloir. Ils ne pouvaient faire autrement que les croiser. Rénald, la tête basse, rasa le mur et d’une main ferme s’appuya sur l’épaule frêle de Maya. Elle qui pensait profiter de cette rencontre pour se dégager et donner l’alerte, se retrouva verrouillée comme  la serrure d’un coffre fort. Les deux infirmiers passèrent sans prêter attention à eux. Maya ouvrit largement la bouche, la voix qui lui avait fait défaut l’instant d’avant, revint en force mais brièvement. Une large main gantée pressa ses lèvres desséchées  par la peur.

- Il faut pas que tu aies peur. Chut ! C’est pas le moment de se faire repérer.

Ses yeux voyageaient de droite à gauche de leurs orbites, l’homme était aux aguets. Il se méfiait de toute présence étrangère. Un intrus l’obligea à lâcher Maya.

La fillette ne posa aucun problème, de toute façon les mots restaient coincés dans sa gorge où l’air pouvait à peine s’infiltrer, tellement elle était serrée.

L’infirmière disparue, Il la saisit à nouveau, cette fois sous le bras, l’obligeant à marcher sur la pointe des pieds à son allure, bien trop rapide pour Maya. Elle avait mal, elle voulait se défaire de l’emprise de l’homme, mais c’était trop dur.

Ils s’engagèrent sur la passerelle qui conduisait à l’autre bâtiment. Maya, effarée, se demanda où il pouvait bien l’entraîner et surtout ce qu’il pouvait bien lui vouloir. Ils prirent l’ascenseur. Dans ce lieu clos, Rénald se décontracta et relâcha sa prise. Il n’avait toujours pas prononcé un seul mot d’explication. Chaque fois qu’elle levait vers lui son visage, il la dévisageait de ses gros yeux écarquillés.

Puis l’ascenseur s’ouvrit sur la cafétéria de l’hôpital, Maya soupira de soulagement. Il y avait du monde, si jamais ça se passait mal, s’il la menaçait, elle crierait. Il attrapa au passage deux sodas vendus en libre-service et installa Maya face à lui à une table bien l’écart.

- Ecoute-moi bien Maya, tu ne dois dire à personne que je suis en vie. Car si tu le fais, je ne donne pas cher de ma peau. Quelqu’un veut ma mort… je suis en train d’enquêter et je vais le trouver, jusque-là il faut que tu me jures que tu ne diras rien à personne, même pas à ton père. Tu le jures ?

- Mais pourquoi ?

- Parce qu’il vaut mieux qu’on me croît mort pour l’instant, sinon j’aurais à répondre du cadavre qu’on a trouvé chez moi et je serai sans doute accusé du meurtre, tu comprends ? ces gens-là sont prêts à tout pour me détruire, j’ai une piste, il faut que j’aille jusqu’au bout.

Maya se reprit. Rénald ne pouvait pas lui faire de mal. Du moins pour le moment.

- Dites-moi ce qui s’est passé chez vous ?

- Ces deux pingouins se sont tirés dessus, j’avais réussi à me cacher grâce à un bruit dans la maison qui avait fait diversion…

-  Je sais, c’est moi qui l’ai fait ce bruit.

- C’est toi ? Maya, tu sais que tu m’as sauvé la vie. Misère, si tu n’étais pas venue ce jour-là… Toujours est-il qu’il se sont disputés, un coup de feu est parti et me voilà avec un cadavre sur les bras. J’ai pas vraiment réfléchi, le mort avait le même gabarit que moi j’ai échangé nos habits. Je sais pas pourquoi j’ai fait ça, la peur sans doute… Il ingurgita une grosse gorgée de soda et réprima un rot intempestif. Depuis je me traîne avec ses nippes qui commencent à puer sévèrement.

- Mais la ressemblance ? sa figure c’était pas la même que la vôtre !

- Il s’est pris le coup de feu en pleine face. Complètement défiguré le bonhomme. Je t’avoue que ça m’a bien arrangé qu’il se fasse ravaler le portrait.

Maya observait l’homme clairement à bout. Ses expressions, son vocabulaire ordinaire, tranchaient avec l’idée qu’elle s’était faite de lui.  Des cernes noires accentuaient l’effet exorbité de ses yeux. Il avait rasé sa barbe épaisse, Maya découvrait ainsi ses traits creusés et tirés. On aurait dit un petit animal traqué par les chasseurs. Malgré le discours de Rénald, Maya n’arrivait pas à se détendre et à lui faire entièrement confiance.

- Maya ? tu m’écoutes ?

- Hum, oui bien sûr. Vous étiez en train de me dire que ça vous arrangeait bien que le malfaiteur soit défiguré.

- Cette médaille, celle qu’ils cherchaient. Ils étaient venus pour ça. Eh bien, j’ai retrouvé la bijouterie qui la fabrique.

Cela rappela à Maya qu’elle aussi avait fait la même démarche mais qu’elle n’avait toujours pas obtenu de réponse.

- Elle est gravée derrière et j’ai l’adresse du graveur. C’est un vieux monsieur à la retraite qui conservait tous les noms de ses clients et la date des commandes dans un registre. C’est le bijoutier qui me l’a appris. J’ai appelé le graveur, tout à l’heure, il accepte de me voir. Lorsque j’aurai le nom de celui qui a commandé la gravure je le tiendrai cet enfant de sa…     

Il se coupa net dans sa phrase, se souvenant soudainement qu’il était en présence d’une jeune fille.

- En tous cas, une chose est sûre c’est que ce Personnage bénéficie de complicité dans la police. Il a fait du chantage sur les deux malfrats chargé de voler la médaille, Reprit-il.

-  Comment vous pouvez le savoir ?

- Parce que le second, celui qui a tué accidentellement le premier, a pris peur et m’a raconté comme on l’avait sommé de commettre ce délit sous peine de retourner en prison avec une accusation de trafic de drogue sur le dos. Tu sais, c’est très facile lorsqu’on est un flic pourri, de trafiquer des preuves. Il a même reçu le double de son dossier judiciaire chez lui pour le convaincre… On l’a intimidé. Mais le pire c’est qu’il a tellement commis de délits, il s’est si souvent fait arrêter qu’il ne sait pas qui se cache derrière tout ça.

- où est-il maintenant ?

- En sécurité. Je pense que le commanditaire doit savoir que je suis en vie et que j’ai le médaillon.

- Et il vient d’où ce médaillon ?

- Maya, c’est compliqué…

- Oui mais j’ai le droit de savoir, j’y suis mêlée, ma famille y est mêlée car c’est bien le portefeuille de mon père que les malfrats avaient laissé comme pièce à conviction chez vous. Ce qui veut dire que celui qui commande tout voulait faire accuser mon père. Alors, depuis je cherche ce qui nous lie…Et… Je crois avoir trouvé… Alors, s’il vous plait racontez-moi.

Rénald se relâcha, son corps raide précédemment épousa le siège et son visage s’éclaircit. Les marques d’anxiété et de fureur s’estompèrent insensiblement.

- Eh bien voilà, il y a environ dix ans la maman d’Emma a disparu brutalement. Mais avant de disparaître, elle avait pris soin de me renvoyer Emma par avion, elle prenait toujours l’enfant avec elle pour que je prépare mes examens plus tranquillement. À l’époque, absorbé par mes études, je ne m’étais pas inquiété au départ, je pensais qu’elle avait des choses à régler après le décès de sa sœur. Et puis, un peu plus tard, j’ai trouvé une lettre dans laquelle elle me disait qu’elle avait démasqué le responsable de la mort de sa sœur et qu’elle comptait le confondre. Cette lettre, je l’ai trouvée dans le sac d’Emma, son petit sac à dos en peluche qui ne la quittait jamais. Mais il y avait une chose que je n’ai découverte que l’an dernier en débarrassant les vieux cartons pour notre déménagement. Ce petit sac, je l’avais conservé pour Emma, c’était comme un doudou pour elle. Lorsque je l’ai ressorti d’un tas de vieillerie, Emma l’a récupéré et c’est elle qui a trouvé le médaillon. J’étais certain que ce médaillon était une relique familiale, c’est pour ça que…Tiens le voici.

Maya s’empara de l’objet et vérifia la gravure. Il était inscrit en lettres Capitales : Paul-Antoine.

Elle sortit le pendentif offert par mamie de son pull. Au verso figurait une gravure de même nature, son prénom et seulement son prénom.

- Où tu l’as eu ? sursauta Rénald.

- Je vous répondrai, mais d’abord, expliquez-moi comment les malfaiteurs ont su pour le médaillon ? Comment pouvaient-ils se douter ?

-  Tout ça c’est ma faute ! De rage Rénald balaya les canettes posées sur la table. Ses yeux reprirent une expression effroyable.

Maya n’en menait pas large, pourtant, elle ne profita pas du remue-ménage provoqué par cet éclat pour s’échapper. Elle jugea qu’il fallait attendre pour obtenir l’explication qui l’amènerait sûrement à la solution. Et puis que pouvait-il lui faire devant tous ces gens.

Rénald se ressaisit, il ramassa les canettes et épongea la table avec sa manche et ses gants dont il se débarrassa négligemment, tout en assurant aux gens qui le dévisageaient, qu’il n’y avait aucun problème.

- Pourquoi ? Réitéra Maya. Pourquoi sont-ils venu chercher ce médaillon chez vous, justement ? Pourquoi ?

Après un moment d’hésitation, il saisit les bras frêles de Maya et les serra avec poigne au risque de les briser.

- Le plus simplement du monde. C’est moi qui les y ai invités…il faut que j’y aille, fini-t-il par lâcher. Malgré sa stature imposante il s’évapora presque instantanément.

Maya se figea. Sa mâchoire refusa obstinément de se rouvrir… pourtant elle aurait voulu l’appeler, lui dire qu’elle avait retrouvé sa femme et qu’elle aussi faisait partie de sa famille. Mais elle était une fois de plus paralysée.

Une série d’images vinrent se fixer dans son cerveau. La réponse à sa question se déroulait comme un vieux film sous ses yeux. Rénald avait fait paraître dans le journal une petite annonce.

« Cherche propriétaire d’un médaillon bleu avec une étoile au centre, en vue de reconstituer une famille… »

Ce dont ne se doutait pas Rénald, c’était qu’il détenait une précieuse preuve contre le MONSTRE. Il avait voulu retrouver une famille perdue, il avait malheureusement mis en danger la seule qui lui restait. Sa propre fille en avait fait les frais.

 

« Maintenant je sais qui tu es MONSTRE. »

 

 

 

 

 

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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 17:33

Le lendemain Maya et son père se préparèrent pour le rendez-vous. La fillette choisit les affaires les plus élégantes à ses yeux. Elle voulait faire bonne impression si ses espérances se révélaient vraies. Elle avait sorti de sa garde-robe un joli pantalon en velours brun foncé, orné de broderies sur le bas, et un chemisier à fleurs roses ainsi qu’un pull violine tricoté par Mamie. Elle vérifia que son collier de coquillage était en place autour de son cou et y rajouta la chaîne et le médaillon que Mamie lui avait offert.

Elle coiffa méticuleusement ses cheveux et les agença de sorte qu’ils eurent un peu plus de volume. Elle contrôla le contenu de son sac à dos. La stalactite de Robin rejoignit le journal d’Agathe et la lampe de Joachim dans la poche frontale. Elle passa son joli manteau en laine rouge et ses bottines fourrées, elle était fin prête.

Quant à Monsieur Poulain, il revêtit un vieux costume démodé qui avait peu servi. Il noua sa cravate assez maladroitement, récupéra un petit mouchoir en dentelle en guise de pochette et pesta contre lui lorsqu’il découvrit qu’il avait égaré un bouton de manchette. Ah ! Il avait fière allure dans son veston noir à lignes grises et ses mocassins de cuir ombré.

Il endossa le duffle-coat que Robin voulu bien lui prêter. Lui aussi était fin prêt.

Leurs tenues respectives furent  saluées par l’exclamation admirative de Robin qui les embrassa chaleureusement et les mit pratiquement à la porte. Puis, le père et la fille prirent place dans la voiture et ils démarrèrent. Ils ne desserrèrent pas les dents pendant la route. Monsieur Poulain était concentré sur sa conduite un peu plus dangereuse en ces temps de neige et de verglas. Maya, elle, laissait vagabonder son imagination au gré des paysages qu’elle s’amusait à apparenter à des animaux ou des humains. Elle avait développé ce sens du fabuleux dès l’enfance pour dédramatiser ses inquiétudes ou ses peurs.

 

Ils arrivèrent les premiers dans le restaurant. La salle était vaste et claire, on avait disposé des plantes vertes tout autour de la baie vitrée qui donnait sur la rue. Cette décoration conférait au lieu des allures de jardin, de fraîcheur estivales. On avait aussi mis l’accent sur un mobilier, dépareillé avec goût, qui offrait un joli cachet à l’ensemble de la salle. Sur chacune des  tables, était dressée de la vaisselle  aux formes peu ordinaires car sans doute dessinée par un artiste.

On les accueillit avec courtoisie, on les débarrassa de leurs manteaux et on les conduisit à la table réservée par Laura Simon.

Le père et la fille intimidés par la beauté de l’endroit prirent une pose peu naturelle. Ils se sentaient mal à l’aise et pas à leur place. Les seuls restaurants qu’ils avaient coutume de fréquenter étaient des établissements familiaux où l’on cuisinait des plats courants mais goûteux ou bien à la Pizzeria « chez Mama » car ils étaient friands de cuisine italienne.

Les minutes passaient avec la lenteur du parcours d’un escargot sur une feuille de vigne. Ici, ils osaient à peine respirer, « chez Mama » il y avait toujours du bruit, les gens parlaient fort et riaient aux éclats quelques fois. Cela devenait de plus en plus stressant, quand deux élégantes femmes entrèrent dans le restaurant.

« Etaient-ce elles ? n’étaient-ce pas elles ? » Maya les scruta de son regard clair et franc.

- Papa ! Ce sont elles, chuchota-t-elle.

En effet, elles se dirigèrent droit sur eux et leur tendirent la main pour les saluer.

- Bonjour Monsieur Poulain, bonjour Maya. Je suis Laura Simon et voici Marie mon amie.

Laura Simon était une grande fille rousse. Elle portait ses cheveux très courts, à la garçon, d’ailleurs elle en avait l’allure avec ses vêtements qui flottaient sur son corps longiligne. Elle portait un jean ample et un chemisier blanc qui retombait par dessus. Son maquillage était discret, seulement un peu d’ombre à paupière et du Rose sur les lèvres. Elle était charmante. Sa compagne, Marie, était brune  et ses cheveux épais retombaient en cascade sur ses frêles épaules. Sa tenue était plus féminine, même si en ces temps de rudesse hivernale on préférait le pantalon aux robes. Le sien était en toile noire, sur le haut du corps, elle portait un bustier de coton écru dont les manches étaient froncées sur le bas. Elle avait orné son décolleté  d’un pendentif en verre de Murano. Son visage était mis en valeur par un maquillage léger. Son regard de braise hypnotisa Maya et son père.

- Vous avez regardé la carte en nous attendant ? demanda Laura, pour briser le charme.

Le père et la fille firent non de la tête. Ils ne lâchaient pas des yeux Marie.

Marie, elle, semblait s’efforcer à retrouver des bribes de mémoire. On la sentait mal à l’aise, hésitante.

- Merci Maya d’avoir accepté de venir, finit-elle par dire… Tout en parlant elle tournait, entre ses doigts délicats, la serviette de table bleu pâle pour se donner une contenance. Ses yeux cherchaient, désespérément, au loin une accroche providentielle. J’ai… Continua-t-elle, hésitante. Je… Je crois au plus profond de moi que je te connais… J’ai eu, je crois, une sœur qui te ressemble si fortement...

Maya avait concentré toute son attention sur Marie. Si elle avait regardé son père elle aurait pu voir son visage s’allonger. Elle aurait pu voir ses yeux se brouiller de larmes retenues. Elle aurait pu remarquer sa poitrine qui se soulevait à intervalles rapides.

Il se leva, soudain, et se jeta dans les bras de Marie.

- Agathe ! Bon dieu ! Je te croyais morte ! et il éclata en sanglot.

Ils restèrent là, un moment, enlacés. Lui tremblant d’émotion, elle le caressant affectueusement.

On lui apporta de l’eau et Maya l’aida à s’asseoir.

- Agathe, tu es la sœur jumelle de Jade la mère de Maya…

- Vous en êtes certain Monsieur Poulain ? demanda Laura.

-  Oh que oui, j’en suis certain ! Je vous le jure sur la tête de ma petite Maya la prunelle de mes yeux. 

- Pourquoi ma sœur n’est-elle pas avec vous ?

- Pour une simple et bonne raison, Jade est morte il y a dix ans.

Monsieur Poulain raconta la maladie de Jade quelques mois après la naissance de Maya. Il lui expliqua combien elle avait été d’un secours inestimable en s’occupant de Jade pendant des mois. Il répéta les mots qu’elle avait prononcé après la mort de sa sœur, « Guy je te jure je trouverai le coupable. ».  Il lui signifia qu’elle était la seule à penser qu’il s’agissait d’une agression et pas d’un accident et que c’est peu après lui avoir parlé qu’elle avait disparu. Il lui apprit qu’elle avait une enfant et un petit ami qui à l’époque faisait des études. Mais, il pleura abondamment en lui avouant qu’il ne savait pas où ils étaient et ce qu’ils étaient devenus car après la mort de Jade plus rien n’avait compté à ses yeux, seulement de survivre pour Maya. Il ne se souvenait même plus du prénom de la fillette ni du nom de son père, ce garçon qu’il n’avait rencontré que deux ou trois fois.

- J’ai tout oublié Agathe, et puis nous nous connaissions si peu. Tout ce que je peux te dire c’est qu’à l’époque tu vivais à plusieurs centaines de kilomètres d’ici dans la petite ville de Maguelone et que ta fille doit avoir à peu près l’âge de Maya.

- Alors j’ai une enfant, fit Agathe pensive. Je m’en doutais… Peut-être me reste-t-il encore un peu de famille ici ?

- Malheureusement, non. Ton père est mort de chagrin après ta disparition. Non… Il ne te reste que nous ici. 

-  Avec ces informations tu vas pouvoir faire des recherches sur ta fille, intervint Laura. On fera paraître des annonces dans la presse, on va monopoliser toutes nos connaissances et tu verras on retrouvera ta fille. Vous avez peut-être conservé des documents, des photos ? demanda-t-elle à Monsieur Poulain.

Mais avant que son père ne réponde, Maya prit la parole.

- Oui, on a un grand coffre à la maison avec des photos et du courrier, et il y a même des jouets et des petits vêtements de bébé… Et j’ai trouvé ce journal qui vous appartient, ajout-t-elle en tendant l’objet à Agathe.

Agathe saisit le cahier avec émotion, sa gorge se noua lorsqu’elle l’ouvrit et reconnut son écriture maladroite et illisible. Elle seule pouvait la déchiffrer sans effort.

Pour rompre ce silence lourd de souvenirs, lourd de souffrances, Laura prit à nouveau la parole.

- C’est fabuleux ! vous rendez-vous compte ? Je suis tellement heureuse pour toi Marie ! Maintenant c’est peut-être à moi de vous expliquer ce qui s’est passé pendant tout ce temps. J’ai rencontré Marie, excusez-moi Agathe, il y a environ six ans. Je suis médecin dans un hôpital et ce jour là j’allais finir ma garde lorsqu’on m’a emmené une jeune femme famélique et malade, très malade. Mon collègue était en retard et j’ai décidé de prendre cette patiente qui si on ne s’occupait pas d’elle en urgence risquait de perdre la vie. Elle souffrait de divers symptômes, la malnutrition était le plus évident. On l’a mise sous perfusion immédiatement, puis on s’est attaqué au reste. Il lui a fallu plusieurs mois pour se remettre sur pied. Je pense qu’elle a subi un choc psychologique important après que vous l’ayez vue pour la dernière fois. Elle a sans doute erré pendant un temps, puis elle a été accueillie par une communauté au sein de laquelle elle a dû travailler dur  et subir des pressions importantes. Ils ont fini par l’abandonner, c’est comme ça qu’elle est arrivée dans mon service. Bien entendu, elle n’avait plus de papiers d’identité depuis des années peut-être même depuis sa disparition. On s’est employé a lui en donner une nouvelle. Peu à peu, nous sommes devenues des amies. Elle s’est formée et est devenue mon assistante. Voilà, elle n’a jamais refait sa vie… Depuis des années nous multiplions les recherches mais en vain. Il a fallu cette photo dans ce journal local, qui en plus n’est pas diffusé dans notre région car nous vivons à cent kilomètre d’ici.  Quelqu’un l’a oublié et c’est le hasard qui a fait que Marie soit tombée dessus. Cette histoire est sans doute complètement dingue, mais quel bonheur, n’est-ce pas ?

Le serveur arriva juste à ce moment pour prendre la commande et attendit patiemment que chacun eut choisi. Le repas se déroula agréablement, Monsieur Poulain et Maya promirent d’Aider Agathe dans ses recherches. Maya les convia à sa fête d’anniversaire le dimanche suivant. Elles acceptèrent avec joie. Ils apprécièrent le repas et découvrirent des goûts nouveaux, très différents de leur alimentation habituelle.

Lorsqu’ils se quittèrent sur le pas de porte du restaurant, Agathe serra Maya dans ses bras si fort que la fillette en perdit presque la respiration. Ce contact direct déclencha en elle des flashes troublants. Cela faisait quelque temps qu’elle n’avait pas été en proie à ces désagréments étonnants, et cette fois-ci les symptômes furent décuplés. Sa tête se fit lourde et douloureuse, sa température monta brusquement et Maya perdit connaissance.

Les images étaient brouillées et sans dessus dessous, il y avait des fillettes l’une brune et l’autre blonde, et puis des visages inconnus tournoyant au dessus d’elle. Et tout d’un coup, l’agression… Mon dieu ! c’était lui, c’était le MONSTRE, elle le voyait à travers les yeux d’Agathe. Quel être effroyable ! quelle immonde bête ! Maya ressentait les sensations d’Agathe, la terreur se mit à l’envahir. Mais elle désirait le voir, regarder son visage en face pour l’identifier. Il avançait droit sur elle menaçant, « montre toi, allez montre ton vrai visage, vas-y !» pensa Maya. La figure du Monstre se brouilla et un autre visage apparut, celui d’une enfant brune comme Agathe. « Je connais cet enfant pensa Maya, je connais ses traits… »

Maya reprit connaissance, allongée dans le canapé du restaurant. Les visages de son père, d’Agathe et Laura étaient penchés sur elle et on pouvait y lire l’inquiétude et la compassion. Monsieur Poulain L’aida à se redresser et comme elle se plaignit de la tête, il lui fit prendre son comprimé accompagné d’un verre d’eau.

Maya reprit des couleurs et grâce au morceau de sucre qu’un serveur lui apporta sur une minuscule assiette aux bords taillé en dentelle, elle retrouva un peu d’énergie.

Maya étant remise de son petit malaise, tout le monde quitta  le restaurant en se donnant rendez-vous pour la fête de la fillette.

A la voiture le père et la fille se retrouvèrent et purent enfin se parler. Monsieur Poulain ne démarra pas tout de suite.

- Qui aurait dit que nous retrouverions la sœur de ta maman ? Cette histoire est merveilleuse, non ? ça nous met un peu de baume au cœur, après tous ces malheurs. Se confia Monsieur Poulain.

-  C’est vrai papa, moi qui pestait après ce journaliste ! c’est quand même grâce à lui qu’elle a pu nous retrouver… papa !

- Oui ?

- Je crois qu’on va découvrir d’autres choses encore. Je le sens…

- Quoi d’autre mon ange ?

- C’est une sensation que j’ai en moi, elle me brûle la tête.

- Tu as mal ?

- Ce n’est pas une douleur, papa, ce sont des pensées, ce sont des images qui me viennent et qui me hantent.

Il l’attira tendrement contre lui et frotta doucement son crâne avec la paume de sa main pour en chasser les visions néfastes.

- Tout ceci va s’effacer, ma chérie, je te le promets…

Puis, il lui donna un baiser. Des larmes d’impuissance ruisselaient dans le creux de ses joues.

 

 

 

 

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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 17:13

Parfois, il y a des gens qui croient voir en vous quelqu’un provenant de leur passé. Vous faites ressurgir à leur mémoire un souvenir parce que quelque chose dans l’expression de votre visage, votre manière de vous déplacer ou de parler, une vague ressemblance, rappelle un être cher.

 

Après l’épisode de la sortie chez Rose, Maya fut plus prudente et resta chez elle jusqu’à son parfait rétablissement. Elle profita de ces moments de tranquillité pour réfléchir à la situation et examiner toutes les d’hypothèses possibles. Malheureusement, elle ne parvenait pas à imaginer qu’un des voisins de Rose soit sans doute un tueur fou. Elle les énuméra l’un après l’autre, il y avait Lombardi l’épicier italien, Richard le vieux garçon précieux, Martino surnommé le sauvage du coin de la rue en raison de son mauvais caractère et Le capitaine Piole dont les tailles correspondaient approximativement à la hauteur du MONSTRE. Celui qui interpellait le plus Maya était Monsieur Raymond, un homme discret et secret dont la stature imposante se rapprochait le plus avec l’idée qu’on se faisait du MONSTRE. A cela se rajoutait son caractère mystérieux et son immense maison pour lui tout seul, car il était veuf depuis très longtemps. Oui, celui-ci avait retenu l’attention de Maya, mais pas de précipitation, il n’était pas question de reproduire la même erreur de jugement que pour Anatole. Il valait mieux attendre que Rose revienne.

Robin passa chaque jour chez Rose, malheureusement, elle ne réapparut pas.

Maya comptait bien qu’elle se manifeste un jour ou l’autre, aussi elle avait attendu un peu avant de téléphoner à Karim pour lui apprendre qu’elle était la véritable identité de Rose.

Elle avait envie de lui faire plaisir, ne lui avait-il pas rendu un service très précieux ? Grâce à son concours, elle avait pu rencontrer son grand-père, ce vieil homme énigmatique qui jadis avait connu Rose, ou plutôt Sihême. Il lui avait permis de comprendre les lettres d’Emma en les traduisant et surtout il avait réussi à trouver leur expéditrice.  Elle aurait tant voulu exaucer le vœu du Grand-père de Karim et que ces deux personnes liées par le passé se revoient.

Les jours avaient défilé et sans qu’elle s’en aperçoive, les vacances de noël s’étaient faufilées comme ça, l’air de rien. Après la brusque chute des températures, un radoucissement aussi surprenant chamboula la nature, transformant l’étendue des paysages en pâtisserie, les prairies, les forêts ainsi que les villes étant de la blancheur d’une garniture de chantilly. Cela sentait bon Noël et ses douceurs…

Maya n’était pas parvenue à joindre Karim une seule fois. Il était toujours occupé ou sorti. Elle était pressée de lui dévoiler le secret  de Rose.

Aussi lorsque le téléphone retentit, elle se précipita pour répondre, pensant qu’il ne pouvait s’agir que de Karim.

Seulement, ce n’était pas lui qui se trouvait à l’autre bout du fil mais une voix féminine inconnue qui demanda à parler à Maya Poulain.

- C’est moi, sa voix trahit une grande déception.

- Je suis désolée de vous déranger ainsi, chez vous. Vous êtes sans doute en plein préparatifs de noël, c’est bien normal…hem…

Cette voix inconnue était très embarrassée et avait du mal à en venir au fait.

- Voilà, dit-elle enfin, je ne vais pas vous faire attendre davantage… vous êtes bien la jeune Maya qui a été en première page du journal il y a quelques temps ?

- Oui, c’est bien moi. Répondit Maya, un peu surprise par la teneur de la question.

- Voilà, je connais quelqu’un que vous n’avez jamais vu mais qui vous a reconnue sur la photo.

- Comment ça ? demanda Maya interloquée.

- Eh bien, comment vous dire cela sans trop vous choquer… Il s’agit de quelqu’un qui a perdu la mémoire depuis des années. Elle ne se souvient d’absolument rien de son passé. L’autre jour, elle est tombée sur le journal avec votre photo en première page. Ça a été comme un déclic pour elle, comme une évidence. Elle s’est mise à pleurer comme une enfant en serrant la page du journal contre elle… La voix s’arrêta un moment pour déglutir et reprendre un peu sa respiration. Elle a dit… Elle a distinctement dit les mots suivants : « C’est ma sœur, c’est ma sœur. »

- Sa sœur ? s’exclama Maya.

- Bien entendu, cela ne se peut pas. Elle doit avoir une quarantaine d’années et vous…

- Je viens d’avoir treize ans. Précisa Maya.

- Vous comprenez, que je ne vous appellerais pas si cette femme que nous avons renommée Marie était une illuminée. Il ne s’agit pas de cela, non c’est une femme tout à fait sensée. Elle a seulement perdu tout son passé et ses racines… C’est la première fois en six ans d’amitié qu’une lueur d’espoir de lui faire recouvrer la mémoire s’offre à elle.

Maya tressaillit lorsque le mot amitié fut prononcé. Elle fit le parallèle avec sa propre expérience et tous les efforts qu’elle avait déployés jusqu’à présent afin d’aider Emma. Cette femme, comme elle, tentait d’aider son amie.

- Je sais bien, continua la voix, vous n’êtes pas obligée… Mais accepteriez-vous de la rencontrer ? Ne me répondez pas tout de suite, prenez le temps pour réfléchir à tout ce que cela impliquerait pour vous et votre famille… Je ne vous cache pas que fonde un grand espoir dans cette rencontre. Cela permettra, peut-être à mon amie de retrouver d’autres souvenirs enfouis dans sa mémoire. Les médecins parlent d’effet boule-de-neige, un souvenir en entraîne un autre et ainsi de suite… Bon, je vais vous laisser mon numéro de téléphone, je m’appelle Laura Simon…

Maya nota le numéro et prit congé poliment de la voix féminine. Elle resta un moment sans bouger, plongée dans ses pensées. Sa décision fut soudaine, oui elle devait accepter de rencontrer cette femme. Elle pressentait qu’elle allait elle aussi découvrir quelque chose d’important.

Monsieur Poulain avait suivi de loin la communication et il avait trouvé Maya peu bavarde avec son interlocuteur, en outre il avait remarqué qu’elle avait donné des précisions sur son âge et son attitude après l’appel était énigmatique. Aussi, il n’hésita pas une seule seconde à lui demander des explications.

- C’est une femme qui pense que je suis sa sœur, expliqua Maya évasive.

- Que tu es sa sœur ? qu’est ce que c’est que cette blague ?

- Elle m’a vue sur le journal et elle m’a reconnue… Enfin, elle a cru reconnaître sa sœur.

- Elle est bizarre cette histoire !

- En fait, elle a perdu la mémoire il y a longtemps et des souvenirs lui sont revenus en voyant mon portrait.

- Nom d’un petit bonhomme, comment est-ce  possible ! s’exclama Monsieur Poulain. Est-ce que tu penses à la même chose que moi Maya ?

- Oui papa.

Sans rien rajouter de plus elle composa le numéro et la même voix féminine décrocha.

-  Madame Simon ? J’ai pris ma décision, dit-elle, j’accepte de rencontrer votre amie.

- Elle accepte, chuchota Laura Simon en protégeant le haut-parleur du combiné téléphonique. Puis s’adressant à Maya. Vous ne pouvez pas imaginer ma joie ni la sienne. Est-ce que la rencontre peut se faire rapidement ?

- Quand vous voulez, je suis disponible en ce moment et mon père aussi car il m’accompagnera.

- Cela va de soi… Disons, demain midi au restaurant le Palmier. Cela vous convient-il ?

Maya hésita, le restaurant en question était très réputé en ville et très coûteux. La voyant réfléchir Monsieur Poulain murmura à son oreille que cela n’avait aucune importance.

- Qu’y a-t-il, cela vous bouscule trop ? s’enquerra la voix.

- Non, ce n’est pas ça… il est chic ce restaurant, laissa échapper Maya Brusquement.

- Ne vous en faites pas pour ça, c’est moi qui vous invite. Alors, à demain !

- À demain !... heu, mais comment je fais pour vous reconnaître.

- Nous viendrons à votre rencontre.

 

Karim finit par se manifester. Ils bavardèrent un bon moment de choses et d’autres, des prochaines fêtes et de leurs commandes au « père noël ». Maya déclara qu’elle avait déjà été suffisamment gâtée pour son anniversaire.

« Un ordinateur ! » s’était écrié le garçon, admiratif ou peut-être même envieux.

 

  Puis, Maya se fit un plaisir de le renseigner sur Sihême. En revanche, elle lui fit promettre de ne rien divulguer pour l’instant à son grand-père pour ne pas le décevoir si jamais Rose ne réapparaissait pas.

Elle lui raconta sa grosse fièvre après être allé le voir et l’expédition dans les boyaux de la ville de son frère Robin.

- Tu penses réellement qu’il a trouvé le repère du MONSTRE ? questionna Karim, intrigué.

- C’est sûr et certain. Le problème c’est qu’il n’arrive plus à localiser l’endroit. Il a essayé plusieurs fois de le retrouver, mais sans succès. Lui, il pense qu’il a déménagé.

- ça ce pourrait bien. Il est pas débile, ce MONSTRE, il va pas attendre sagement qu’on vienne le cueillir… Et le type à la casquette ? celui qui a ramené ton frère ?

- On l’a plus revu. Lui aussi a disparu. J’espère que tout cela va prendre fin… je me sens, lasse.

- T’en fais pas, la rassura le garçon. Tu as des nouvelles de ta copine Emilie ?

- Emma, pas Emilie. Non, ça fait un petit moment que je ne l’ai pas vue, mais je compte lui rendre visite demain après-midi. J’espère qu’elle va mieux… Au fait, tu le savais qu’il y a plusieurs sortes de comas ?

-  Non.

- J’ai trouvé des informations sur internet. C’est vraiment génial ! s’enflamma-t-elle.

-  Oh, ça va comme ça, tu arrêtes un peu de me faire râler ? bougonna-t-il.

-  Désolée, j’ai pas fait exprès… Dimanche prochain, je fais une petite fête pour mon anniversaire,  ça me ferait plaisir si tu venais. Comme ça tu pourras voir mon ordinateur  en chair et en os et tu pourras même t’en servir. Qu’est ce que tu en dis ?

- Ok.

- Tu n’auras qu’à  venir passer la journée. Si tes parents te le permettent, bien sûr… Tu pourras m’aider à préparer le repas et le…

- Hop là ! Je me disais bien qu’il y avait une arrière-pensée derrière cette invitation. Fit-il, pour la taquiner.

Enfin, ils se quittèrent.

Elle avait évité de lui parler de ce coup de fil étrange, car un grand espoir était né dans le cœur de la fillette et elle avait peur qu’il s’envole si elle le dévoilait. Elle  avait succombé sans doute à une stupide superstition.

 

 

 

 

 

 

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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 17:10

 

Après une soirée aussi éprouvante, il semblait évident que Maya ne pourrait pas trouver facilement le sommeil. Pourtant, à peine eut-elle posé sa tête sur son oreiller qu’elle sombra paisiblement.

Lorsqu’au petit matin elle ouvrit l’œil, son ordinateur était en place sur son bureau, la connexion internet branchée. On avait pris soin de noter sur un bout de papier le code d’accès à la page.

Maya aimait bien la technologie au collège, c’était la matière qui lui avait permis l’accès aux ordinateurs et à leurs secrets. Comme elle avait une très bonne mémoire et un grand intérêt pour la chose, elle s’était, grâce aux bases fondamentales, initiée au surf sur le net chaque fois qu’elle le pouvait.

Il lui fallut quelques minutes pour comprendre comment cet ordinateur-là fonctionnait et bientôt elle fut plongée dans l’univers des sites d’internet.

Elle découvrait le plaisir de les visiter à sa guise sans limite de temps et sans partager les recherches avec un camarade. Un ordinateur pour elle seule, il n’y avait qu’un seul mot : GÉNIAL !

La fatigue découlant de sa forte fièvre s’était dissipée, elle se sentait toute revigorée. Elle tapait des mots au hasard sur le clavier et le serveur répondait presque instantanément à ses demandes.

Maya se sentait d’humeur joyeuse, son père lui avait offert le plus merveilleux des jouets.

- Profitons-en pour faire des recherches utiles. Se dit-elle.

Elle s’empara de l’écrin renfermant le bijou que lui avait offert Mamie et tapa le nom imprimé en lettres d’or à l’envers de la Boîte. Il était écrit « BIJOUTERIE BOURIEZ »

Aussitôt une page consacrée à cette bijouterie s’ouvrit. L’ordinateur dévoila à Maya la collection complète de ce créateur unique en son genre. Elle en profita pour dénicher les coordonnées complète du bijoutier. Elle rédigea ensuite un courriel.

 

«  Monsieur Bouriez, on vient de m’offrir un médaillon bleu avec un ange argenté à l’intérieur. J’aimerais bien savoir si un médaillon semblable mais avec une étoile au centre pourrait provenir de votre magasin. Si tel était le cas, auriez-vous l’amabilité de me dire à quelle date vous les avez vendus. Je vous remercie de votre réponse. Maya Poulain »

 

Elle tapa sur la touche envoyer et le courriel s’évapora dans les circuits de l’ordinateur.

L’autre recherche qu’elle avait envie d’entreprendre était sur la poétesse Sihême. Elle exécuta la même opération que la fois précédente mais ce ne fut pas aussi simple. Une  multitude de Sihême s’affichèrent, origine du prénom de Sihême, le blog de Sihême, les amis de Sihême et cetera.

Finalement elle dénicha le site d’une certaine poétesse algérienne née, il y a quatre-vingt treize ans. Cela correspondait bien, elle était un peu plus jeune que le grand-père de Karim, avait fait ses études à Alger jusqu’à obtenir un doctorat en sciences humaines. Elle avait travaillé en tant que journaliste mais très vite elle s’était adonnée à la poésie seule possibilité selon ses propres termes de retrouver une certaine liberté et de lutter plus aisément contre les injustices de ce monde. Elle fut politiquement engagée à travers ses poèmes et fut l’une des plus grandes figures du siècle dernier en Algérie.

« Cette grande Dame gagne à être connue. » pensa Maya. Certains de ses poèmes étaient traduits en français et Maya eut la curiosité de les parcourir. Cependant, elle ne comprenait pas comment on eut pu être qualifiée d’auteur engagé  en écrivant des textes qui paraissaient aussi inoffensifs. Elle réfléchit un moment et en déduit qu’elle n’avait pas encore la maturité nécessaire pour comprendre les idées qui se cachaient derrière des mots aussi simples.

Sur ce même site, elle trouva une série de photographies où l’on découvrait Sihême jeune adolescente ayant reçu un prix d’honneur pour la qualité d’un travail écrit. Il y avait Sihême, à l’âge de l’engagement politique frontal, entourée de ses camarades de l’époque. Puis quelques photos où elle apparaissait plus mûre, entrant dans l’âge. Il y en eut une qui interpella Maya, le portrait, de très bonne qualité, se révéla familier. La fillette se figea devant l’image en se creusant la tête. Où avait-elle pu rencontrer ce visage. Elle était certaine de le connaître.

Un paquet de gâteaux au beurre traînait sur la table, elle s’en servit deux et  les grignota tranquillement en analysant la photographie.

Tout à coup Robin fit irruption dans la chambre, Maya fit son tourner son siège et contempla les blessures de son frère.

- Tu as un sacré cocard, Robin. Dit-elle avant qu’il n’ait eu le temps d’ouvrir la bouche.

- Merci de me le faire remarquer, répondit Robin encore groggy par un réveil matinal. Dis donc, il fait rudement froid dans ta chambre !

- Tu n’as qu’à fermer la fenêtre si tu veux. J’ai un peu aéré, mais tu as raison, il fait sacrément froid. D’ailleurs, ça me fait penser que je n’ai pas rendu visite à Rose depuis bien longtemps et j’ai peur qu’elle n’ait pas assez de fuel pour se chauffer convenablement. Tu pourras y aller, s’il te plait.

- ça va pas tu as vu la tête que j’ai, elle risque de prendre peur en me voyant. Si je suis venu dans ta chambre, c’est pas pour que tu me dises ce que je dois faire, ok ?

- Ok, excuse-moi.

- Bon, je suis venu pour te donner quelque chose.

- Ah ! bon.

- Voilà, tiens. Il lui tendit un paquet aussi maladroitement emballé que lui dans son attitude. C’était ton anniversaire, il y a pas longtemps, ben voilà c’est mon cadeau.

- Oh, merci, dit bien gentiment Maya.

Elle découvrit une longue tige de pierre polie par l’érosion et aussi pointue qu’un couteau.

- C’est une stalactite, expliqua-t-il. C’est ce qui se forme avec le calcaire de l’eau qui goutte des voûtes des grottes.

- Waw ! elle est vraiment très belle cette stalactite ! Merci, Robin.

Elle s’élança vers lui pour l’embrasser mais il se protégea le visage en se grandissant le plus possible, tant et si bien que même sur la pointe de ses pieds Maya ne pu atteindre la joue de son frère.

- Fais un peu attention, j’ai encore les joues endolories. Machinalement, alors qu’il venait de prononcer ces mots, il l’écarta et son regard se porta sur le portrait de Sihême. Il le  considéra et même s’y attarda en s’inclinant devant l’écran.

- Eh ! Lança-t-il, tu as vu… on dirait…

-  On dirait qui ? s’impatienta Maya.

- Non… Tu vois pas la ressemblance ?

- Allez dis-moi, s’il te plait. Maya trépignait d’impatience.

- On dirait Rose en plus jeune, tu trouves pas ?

La révélation happa littéralement la fillette qui peu à peu se rapprocha de l’image en la scrutant d’avantage à chaque pas. Mais, oui, on aurait dit vraiment Rose avec des traits plus jeunes, mais son regard pointu et vif était identique à celui que Maya lui connaissait.

- ça alors ! s’écria Maya, il faut aller la trouver.

Elle se précipita sur des affaires traînant sur la moquette et les enfila à la hâte un tricot de corps rose, sous le regard affligé de son frère.

- Tu comptes pas sortir maintenant ? lui demanda-t-il.

- Si, il faut absolument que j’aille la voir car elle connaît un secret très important. Elle continua à se parler à elle-même tout haut. Maintenant, je comprends pourquoi elle était si mal à l’aise lorsque je lui ai montré les lettres.

- Maya, de quoi tu parles ? Tu fais à nouveau de la fièvre ou quoi ?

- Non, touche ma main, elle la lui tendit, tu vois je n’ai pas de fièvre.

- De toute façon, je ne te laisserai pas sortir. Tu sais combien il fait dehors ?

- Non, fit-elle en le regardant droit dans les yeux. Et je m’en fiche !

- Il fait moins deux. Pas question que tu sortes ! non mais, regarde toi tu es toute pâle. Pas la peine de t’habiller, tu bouges pas.

- Bon, D’accord, dit-elle avec une petite moue d’impuissance. Je vais t’expliquer.

Maya expliqua à son frère l’épisode avec Karim et son grand-père et lui montra la traduction des lettres.

- Mais alors, réagit Robin, si Rose connaît l’agresseur d’Emma et de son père, elle qui ne sort pratiquement jamais de chez elle… cela veut dire…

- Qu’il vit sous ses yeux ! s’écria Maya. c’est pour ça qu’il faut aller la voir sans tarder !

-  Non, toi reste ici, je vais aller lui parler et t’en fais pas je vais mettre mon bonnet et mon écharpe pour qu’elle n’ait pas une vision d’horreur en me voyant.

- C’est inutile, trancha Maya, à toi elle ne parlera pas, et ce n’est même pas certain qu’elle se confie à moi. En tout cas je la connais mieux que toi, elle a plus l’habitude que je lui rende visite. Non, c’est décidé je vais y aller.

- Bon, tu as gagné, s’inclina Robin.  Mais je t’accompagne.

- Tu n’as pas compris ! si tu m’accompagnes, elle va se douter de quelque chose et se fermer comme une huître. En plus, si l’assassin nous voit ensemble chez elle il risque de se douter de quelque chose.

- Premièrement, je t’attendrai dehors et deuxièmement comment veux-tu qu’il sache qu’elle l’a repéré et que son vrai nom est Sihême. Donc, je t’accompagne. Répondit Robin avec toute l’intransigeance qui le caractérisait.

Maya comprit vite qu’elle n’aurait pas le dernier mot et du coup se plia aux exigences de son frère.

Elle était à peine remise et pour se rendre chez Rose il lui fallait parcourir un bon kilomètre et demi dans le froid. Aussi, Maya revêtit sa paire de collant en laine à bandes multicolore et enfila un jean large par-dessus, plus deux épaisseur de pull elle était prête pour une expédition polaire.

- ça te va comme ça ? dit- elle en attendant l’approbation de son frère.

- Oui, ça peut aller… je vais prendre un pull et j’arrive, rendez-vous dans le vestibule.

Maya acquiesça de la tête et se mira dans le grand miroir qui ornait l’une des portes de son armoire. « une boule » pensa-t-elle, puis elle dévala les escaliers pour rejoindre le Hall.

- Où est-ce que tu vas ? Demanda son père qui s’attelait déjà à la tâche ménagère.

-  Je vais voir si Rose va bien, tu comprends avec ce froid j’ai peur qu’elle n’ait plus assez de fuel.

-  Mais, il est Hors de question que tu sortes avec la fièvre que tu as eu ces jours-ci. J’irai, moi… tu es à peine remises que déjà tu t’évapores. Non, non, non… fit-il en quittant l’entrée le balai à la main.

À ce moment arriva Robin.

- Tu n’es pas encore chaussée ?

- Papa ne veut pas que je sorte, Chuchota-t-elle.

- Ce serait plus raisonnable, c’est vrai. Marmonna-t-il.

Maya vit son frère froncer les sourcils, un moment elle crut qu’il avait changé d’avis.

- Dépêche-toi, je vais faire diversion.

Il partit en direction de son père pour l’avertir qu’il sortait faire une petite course. Monsieur Poulain ne se méfia pas car il savait Maya obéissante, jamais il n’aurait pu imaginer qu’elle aurait pu transgresser l’interdiction.

Maya enfila ses bottes fourrées et sa doudoune grise en duvet d’oie à la hâte, attrapa au passage bonnet écharpe et gants, puis elle ouvrit la porte sans faire de bruit et sortit. Robin la suivit de peu.

 

Le vent soufflait par rafales, s’engouffrait dans les vêtements et circulait comme une main glacée sur le corps des gens emmitouflés. Maya et Robin ne firent pas exception, mais le désir de Maya de connaître enfin le nom de l’immonde MONSTRE était bien plus fort que le froid et le vent. Elle voulait que la justice soit rendue et que l’assassin soit mis hors d’état de nuire le plus rapidement possible.

Sa déception fut grande lorsqu’elle constata que Rose était absente. Elle quittait rarement la cabane, seulement pour se réapprovisionner en nourriture ou en carburant. Il y faisait froid, la porte avait été laissée grand-ouverte et les chats qui eux aussi souffraient des basses températures étaient venus s’y réfugier. Maya et Robin attendirent un moment à l’intérieur, espérant la voir arriver d’une minute à l’autre. Mais ça ne fut pas le cas. Alors, la fillette pensa qu’elle pouvait avoir sorti les chiens, en effet, eux aussi avaient déserté la baraque. Il lui arrivait d’aller les promener sur la colline derrière le lotissement. C’était un bout de terrain en friche qui servait  plus de dépotoir que de parcours de santé, mais Rose pouvait s’y balader et y trouver des trésors qui ne l’étaient qu’à ses yeux.

Maya avait des doutes tout de même, car il faisait bien froid et la petite Rose dans ce vent fort avait toutes les chances de s’envoler. Comment aurait-elle pu lutter du haut de ses un mètre quarante et de ses trente-cinq kilos. Un instant Maya pensa à Rose dans les airs vêtue de sa Robe bariolée, ses claquettes aux pieds, comme une Marie Popins sans parapluie. Cette image la fit sourire et puis il fallut bien se rendre à l’évidence, Rose n’était pas là, on ne savait pas à quel moment elle rentrerait, donc il valait peut-être mieux partir avant de prendre froid à nouveau.

Elle laissa un petit mot, pour signaler sa visite, sur un bout de papier qu’elle avait tiré d’un petit carnet qui avait élu résidence à perpétuité dans le sac à dos qui ne la quittait jamais. En sortant elle prit soin de bien tirer la porte d’entrée et de l’attacher avec le bout de ficelle qui pendait de la poignée.

- J’ai bien envie d’aller voir Mamie, qu’est ce que tu en penses Robin ?

Robin prit un moment pour réfléchir.

- Bon d’accord, mais on s’attarde pas. On se réchauffe un peu et puis on rentre. T’es encore plus pâle que tout à l’heure, et regarde tu trembles. J’ai pas envie que papa apprenne que je t’ai aidée à sortir alors que tu n’étais pas rétablie.

- Je te le promets, et puis une petite tisane me fera du bien, Mamie en a toujours de prête.

Maya essayait de gagner du temps, Rose pourrait revenir entre temps. La maison des Piole se situait à trois ou quatre pâtés de maison. Ils furent sur le perron en quelques instants.

Maya eut beau sonner à la porte, personne ne répondit. Ils rencontrèrent une fois de plus porte de bois. Elle n’eut pas d’autre choix que de rebrousser chemin ce qu’elle le fit à contrecœur.

Tout au long de la route Robin serra sa petite sœur contre lui, pour lui transmettre de sa chaleur. Ses lèvres étaient devenues violettes et les cernes de ses yeux s’étaient creusées.

- Bon dieu, ce que j’ai été bête de t’écouter. Marmonna Robin machinalement. Il l’attrapa par la main. Bon, on va essayer de courir.

Mais Maya était à bout de force, l’extrémité de ses bottes frottait sur le sol à chaque enjambée. Pour les derniers mètres, Robin la porta dans ses bras et lui parla avec une voix douce. Jamais il n’avait été aussi câlin et gentil avec elle, c’était un Robin qu’elle découvrait avec plaisir.

Heureusement que lorsqu’ils rentrèrent, Monsieur Poulain était sous la douche. Il n’entendit pas le remue-ménage dans le vestibule.  Robin aida Maya à se déchausser et à se défaire de sa doudoune. Il la porta dans sa chambre, où il la frictionna vigoureusement partout sur le corps sans oublier les extrémités. Il avait pris les Mains de Maya dans les siennes et tantôt les frottait, tantôt soufflait en appliquant sa bouche sur l’espace qu’il avait laissé, gonflant d’air chaud la cavité formée par ses mains. Il répéta l’opération jusqu’à ce que sa sœur retrouve un peu de couleurs. Puis, il quitta la chambre avant qu’elle ne se dévêtisse complètement pour enfiler son pyjama épais, en pilou. Elle se faufila sous la couette ne laissant apparaître que le bout de son nez. Elle était si bien enveloppée par la chaleur de son lit qu’elle finit par s’assoupir quelques instants. L’entrée brutale de Robin la fit sursauter.

- Comment ça va ?

- Mieux… Merci, Robin de t’être aussi bien occupé de moi. Tu es…

- C’est bon, C’est bon, n’en jette plus. Fit-il avec sa mauvaise humeur habituelle et surtout beaucoup de pudeur.

Maya n’insista pas, elle se tourna sur le côté, le vent fort avait chassé tout nuage, son regard se perdit à travers les carreaux dans le ciel d’un bleu aussi profond que celui de ses yeux. Un rayon de soleil lui lécha le visage rajoutant à son bien être, ainsi elle s’endormit comme un bébé.

 

 

 

 

 

 

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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 17:03

Monsieur Poulain adorait sa fille par-dessus tout. Il connaissait parfaitement ses goûts et cette année plus que les autres il avait eu envie de la gâter. Tant de malheurs s’étaient enchaînés ces derniers temps qui avait accablé son petit ange qu’il se serait coupé en quatre pour la satisfaire.

Il avait concocté un petit plat à base d’épices de curry chères aux yeux de sa fille. En effet, elle était friande de plats et produits exotiques. Il avait assorti la viande de légumes frits et d’une semoule légère et dorée.

- Hum ! ne put s’empêcher de dire Maya en humant le parfum sucré du mets qui lui était destiné. Je parie qu’il s’agit de poulet au curry, non ?

- Bien vu ! tiens installe-toi et mangeons.

Et les voilà, tous deux, se faisant face et se délectant du repas. Le père et la fille ne s’étaient pas retrouvés dans un moment aussi intime depuis bien longtemps, depuis des lustres. Pourtant, ils n’échangèrent que quelques remarques sur le goût des aliments, la forte fièvre de Maya ou d’autres propos très banals. À aucun moment, ils n’abordèrent le sujet du coma d’Emma et tous les évènements qui s’en était suivis. Tant et si bien que pendant ce laps de temps les pensées de la fillette ne convergèrent plus vers les trop fortes émotions qu’elle avait connues depuis peu.

Ils rirent volontiers en évoquant la bataille de boules-de-neige et bien d’autres souvenirs agréables.

Maya avait repris des couleurs et du poil de la bête avec le régime que lui avait imposé son père. Les jus d’orange, les petits plats et sa bonne humeur tout cela avait contribué à ragaillardir la jeune fille.

Son père était gai ! combien d’année s’étaient écoulées sans qu’il ne desserre les mâchoires. Il avait fallu une succession de malheurs pour qu’enfin il se délivre de son poids, de sa souffrance.

Maya en profita pleinement, un papa heureux, elle en rêvait… c’était déjà ça…

Puis vint le moment du gâteau et de la remise du cadeau. Monsieur Poulain jubilait comme si le paquet devait lui être remis à lui.

Il quitta la pièce et revint avec une grosse boîte rectangulaire.

- Bon anniversaire ma belle, prends c’est pour toi. Il posa le paquet sur le lit de Maya.

Pendant que Maya se débrouillait avec son cadeau, il continua à lui parler, comblant ainsi le silence.

-Tu l’as bien mérité… Tu es une excellente élève, une fille adorable… Une jeune fille adorable ! treize ans c’est l’âge de raison…Bon, j’espère que tu vas apprécier et que…

- Oh ! papa ! mais tu as fait une folie ! Un ordinateur portable ! s’écria-t-elle en se jetant dans les bras de son père.

- Non, rien n’est assez beau pour mon ange ! Dit-il en la cajolant.

- Comment tu savais que j’en avais envi ?

- j’ai mené ma propre enquête. Répondit-il avec un  air mystérieux. Je t’ai aussi pris une connexion internet pour tes recherches et tes exposés ce sera plus pratique que d’aller à la bibliothèque.

- Mais papa c’est très cher tout ça, comment tu vas faire pour payer maintenant que tu n’as plus de travail ?

- Ne t’inquiète pas pour ça… c’est quelque chose qui me regarde moi, pas toi. Et puis, j’ai quelques économies… Alors, tu vois, penses à toi et à ton plaisir… D’accord ?

- Mon papa, je t’aime très, très, très fort. Dit-elle en se pressant contre lui.

 

Tout à coup un grand boum dans la porte d’entrée  des pas forts et appuyés résonnèrent dans le vestibule. Aussitôt Maya et son père prirent une attitude de méfiance.  Maya repoussa son ordinateur au milieu de son lit comme pour le protéger d’une éventuelle agression.

Le père et la fille s’immobilisèrent serrés l’un contre l’autre, saisis par la venue impromptue de l’intrus. La détente de la soirée céda la place à une vive angoisse.

Des mots furent échangés, l’une des voix était grave et enrouée, l’autre beaucoup plus discrète. Puis la porte claqua et l’on reconnut la voix de Robin qui héla de l’aide.

Aussitôt Monsieur Poulain, se précipita dans les escaliers pour se porter au secours de son fils. Maya quant à elle eut le réflexe de regarder par la fenêtre. Au loin, une silhouette s’éloignait à grands pas, l’homme portait une casquette…

 

La vue de l’homme à la casquette remplit d’effroi le cœur de Maya qui d’instinct s’élança au-devant de son frère en espérant qu’il ne fut pas blessé. Au moment où elle emprunta l’escalier, elle se demanda s’il ne s’agissait pas d’un avertissement à l’encontre de sa famille. Cette pensée la glaça et un frisson la parcouru, provoquant une onde qui ébranla son squelette en entier. Lors de ce hoquet, elle entendit nettement le son de ses os s’entrechoquant. Cela n’arrêta pas sa course pour autant, pressée qu’elle était de retrouver Robin.

La première vision qu’elle eut du garçon fut cauchemardesque. Son visage  était recouvert du sang coulant de son arcade droite. Elle avait probablement éclaté sous un coup violent. Ses paupières gonflées recouvraient ses yeux. Elle l’observa sans pouvoir prononcer un mot. Il était appuyé contre le mur de l’entré, le visage déformé et bouffi, les mains tremblantes. Monsieur Poulain s’était rendu à la cuisine pour trouver un linge propre et une bassine d’eau tiède afin de le nettoyer.

Maya dévisagea son père qui revenait, des larmes plein les yeux. Elle s’agenouilla près de Robin et éclata en sanglots. Robin impuissant, les bras ballants, se laissa docilement soigner par son père.

- Bon dieu ! Bon dieu ! ne pouvait s’empêcher de répéter Monsieur Poulain.  Il pansait les plaies de son fils avec une douceur extrême.

- Qu’est-ce qui s’est passé mon garçon ? reprit-il.

- Une mauvaise rencontre.

- Je l’ai vu par la fenêtre, c’est l’homme à la casquette. Intervint Maya, pleine de colère.

- Cet homme-là est une bénédiction, c’est lui qui m’a sauvé de mon agresseur. Souffla Robin. Je vais tout vous expliquer, mais s’il te plait, papa, aide-moi à me relever et amène- moi dans le fauteuil que je détende mon corps. Je me sens tout endolori.

Monsieur Poulain s’exécuta et à petit pas il traîna péniblement son fils dans le salon, car il faut dire que Robin était d’un gabarit bien plus carré et Robuste que son père. Il l’installa près du feu qui se mourait dans la cheminée. Une bûche suffit à le relancer grâce aux quelques braises qui subsistaient. Fripon le chat se frotta aux jambes de Robin, il semblait, lui aussi, participer au réconfort du garçon.

Le père et la fille  se rapprochèrent, et attendirent, attentifs, les explications de Robin. L’atmosphère était empreinte de gravité. Sa réaction, une fois réconforté, fut des plus singulières. On aurait pu croire qu’il aurait hâte de se livrer car le moment et le lieu étaient propices à la confidence. Au lieu de cela, il partit dans un grand éclat de rire qui dura plusieurs minutes et presque une éternité pour Maya. Monsieur Poulain et la fillette se regardèrent sans comprendre.

- Robin ! qu’est ce qu’il te prend ? parle mon garçon. Lança le père.

- Excuse-moi, c’est la pression qui redescend… J’ai du mal à me contrôler…et il s’esclaffa de plus belle.

De nouveau, Maya et son père se lancèrent un regard de complicité. Leurs yeux s’étaient arrondis en signe d’interrogation, un sourire se dessina sur leurs lèvres. Le rire se communiqua et bientôt tous les trois furent hilares.

La franche rigolade dura encore quelques minutes, puis, ayant repris leur respiration, tous trois se calmèrent et Robin raconta.

- Ah ! ça fait du bien de se gondoler un peu… Bon, alors commençons par le début. Comme je vous l’avais expliqué, on devait faire une descente dans les catacombes pendant deux nuits d’affilée. On avait bien préparé notre petite excursion, pas vraiment comme lorsque nous prospectons des grottes en pleine nature car c’est moins dangereux. Enfin, du point de vue de la nature. Mais on avait préparé tout ce qui nous semblait nécessaire, à savoir : des lampes, de l’eau des cordes et des radios au cas où se perdait de vue. Hier  on a tracé notre itinéraire pour le soir en nous servant de différents plans et du cadastre. Tout baignait, on s’est engouffré dans les boyaux de la ville en se faisant des petites peurs, histoire de rigoler quoi !

On a suivi notre itinéraire à la lettre. Au début, tous les repères correspondaient bien au plan. Là, on a bien déliré tous les Huit…

- Tu n’avais pas dit que vous seriez quinze ? rectifia Maya.

- Oui, c’est vrai… En fait, on a eu quatre désistements au dernier moment et trois filles se sont dégonflé une demi-heure après le départ. On a chahuté, elles ont pas apprécié du tout ! il faisait noir, il y avait des bruits… Bon, voilà... Donc, on s’est retrouvé à huit dont deux filles, les plus courageuses, bien entendu. La traversée devait se faire en quatre heures au maximum, si on ne s’arrêtait pas en route pour observer toute la zone dont on nous avait parlé…

- Qu’est ce que c’est la zone ? questionna Maya.

- Comment t’expliquer ? ce sont des gens qui vivent en marge de la société et qui se retrouvent là-dessous pour faire des concerts par exemple. Il y en a qui  y vivent. D’autres qui ne font qu’y passer comme nous. Il y a aussi des immigrés qui s’y cachent en attendant d’avoir des papiers et d’être en règle avec la justice. On y trouve des loubards aussi, des gens violents et un peu fous, la preuve… dit-il en montrant ses blessures.

Donc, nous voilà engagés dans les entrailles de la ville depuis près de quatre heures et même plus peut-être, sans croiser la moindre personne et avec le sentiment que nous tournions en rond lamentablement. Les esprits ont commencé à s’échauffer et un sentiment de lassitude s’est emparé d’une bonne partie du groupe. On n’était que quelques-uns à garder notre calme et l’on passait beaucoup de temps à rassurer les autres. Il y avait un hic dans notre itinéraire et l’on n’arrivait pas à le dénicher. Finalement, on s’est décidé à y aller à l’aveuglette et de…

- Qu’est ce que ça veut dire à l’aveuglette ? demanda Maya.

- Si tu m’interromps toutes les minutes, j’y arriverai jamais… à l’aveuglette, au hasard, au pif, quoi ! Bon, j’en étais où ?

- Vous avez pris un chemin au pif, affirma Maya qui suivait avec grand intérêt le récit de son frère.

- Ah oui, voilà… On a choisi d’aller à droite plutôt qu’à gauche à un point d’intersection. Et finalement on a enfin trouvé le passage qui nous menait dans ce lieu dément. En fait, on s’était trompé à cause du tracé imprécis de notre carte. À ce moment-là on jubilait, c’était un endroit très étrange mais fascinant. Il y régnait une atmosphère bizarre, la lumière était verte. Ils avaient réussi à détourner l’électricité de la surface. L’air était suffocant, tellement il y avait de fumée. On a croisé des gens hallucinants avec des cheveux verts et d’autres fringués comme au siècle dernier. On aurait dit que deux époques se côtoyaient, le passé et le futur mais en aucun cas la nôtre avait sa place. On a assisté à plusieurs concerts, de l’électronique, de l’électroacoustique, et du classique aussi. On a même partagé un repas avec des gars complètement illuminés. On a dansé comme des fous. C’était géant !

Enfin, quand la fatigue a commencé à se faire sentir, on s’est rassemblé pour sortir. On a pris un autre chemin que celui qui nous avait conduit jusque-là. Valait mieux suivre les indications que les gens nous ont données. Et puis, badaboum on s’est encore perdu et on a débouché sur des caves plus ou moins occupées. Et on s’est retrouvé malgré nous dans le repère de bandits.

- Oh ! Maya ne pu retenir son cri.

- On était tous complètement crevés, les deux filles étaient soutenues par deux gars et moi j’ouvrais la marche. Je ne comprends pas pourquoi ils ont cru qu’on venait là pour les narguer. En tout cas, ils avaient un air farouche qui nous a fait froid dans le dos. Ils nous ont laissés passer, puis on a continué notre chemin tout en les sentant tout proche dans notre dos. On s’est engouffré n’importe où et là on s’est perdu pour de bon. C’était l’horreur, les filles pleuraient et moi je paniquais intérieurement mais je ne montrais rien pour ne pas affoler l’équipe. Avec Marc on a décidé de se scinder en deux groupes, on avait nos radios ça ne posait donc pas de problème. Au bout de dix minutes j’ai trouvé une sortie et j’ai appelé Marc pour lui indiquer le chemin, les autres sont rentrés chez eux et moi j’ai tenté de joindre Marc en vain. Je suis donc redescendu, j’ai emprunté le chemin qu’avait pris Marc un peu avant mais je l’ai pas trouvé, pas de contact radio non plus. Je me suis aventuré seul et je vous prie de me croire que j’étais loin d’être rassuré. J’ai pris un long couloir et je me suis dit que si, au bout, je ne retrouvais pas Marc je rebrousserai chemin et je sortirai à l’air libre. Mais loin de me douter de ce que j’allais trouver au bout du chemin.

Robin marqua une pause car des souvenirs douloureux revinrent à sa mémoire. Il réclama un verre d’eau fraîche ce que s’empressa de lui donner son père. Puis il reprit.

- Tout au bout, j’avais remarqué un faible éclairage, je me suis engagé dans cette voie sans méfiance. Ma seule crainte était de me retrouver face à un rat agressif mais je ne m’attendais pas à me retrouver nez à nez avec un géant. Il est apparu d’un seul coup, j’ai pas pu distinguer ses traits parce qu’il était en contre jour. On aurait dit un ours qui défendait sa grotte. Je n’ai pas vu arriver le premier coup mais par contre je l’ai senti violemment. J’étais à terre et il s’acharnait sur moi lorsque mon sauveur lui aussi venu de nulle part lui a asséné un grand coup de barre en fer dans le dos. Le géant est tombé inconscient à côté de moi. Je n’ai pas compris pourquoi cet individu avait déployé contre moi autant de violence, je ne l’avais pas menacé !

-  Sauf si tu avais trouvé son repère. Tu comprends, cet homme a certainement quelque chose à cacher, quelque chose qui peut le mettre en danger s’il est découvert. Tu est arrivé par hasard, mais rien ne dit qu’il ne t’a pas pris pour un autre. Observa Monsieur  Poulain.

-  C’est vrai ça, coupa Maya. peut-être qu’il se sentait observé depuis longtemps… Par l’homme qui t’a sauvé, oui c’est ça.

-  Tu veux dire que je me suis pris une raclée à la place du type à la casquette ?

-  Oui, je crois bien. Sinon pour quelle raison se serait-il acharné ? continua Maya.

-  Tu as vu son visage ? demanda Monsieur Poulain.

-  Oui…

-  Alors tu pourras le décrire à la police.

-  Non.

-  Mais pourquoi ! s’écria Maya.

- Parce qu’il était masqué.

- Je suis certaine que tu as trouvé « à l’aveuglette » l’antre du MONSTRE, affirma Maya. Il faudra que tu retrouves le chemin pour que la police coince ce hors la loi.

 

 

 

 
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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 17:00

Maya était pressée de lire les traductions pour pouvoir en comprendre le sens et en interpréter les mots. Enfermée dans sa chambre, dissimulée dans son lit et plus particulièrement sous sa couette, sa lampe frontale en place, elle déplia délicatement le papier qui recélait les poésies. Elle les lut à voix basse pour elle-même, lentement avide d’en déchiffrer le sens.

 

 

Sous le ciel opale, la flamme te trahit

Sous le toit brûlant des bâtisses le vent s’évanouit

Il te voit dans ton âme

Il te voit, te réclame

Par les chemins obscurs, il te soumettra à sa loi

Île dans la campagne, retrouve le soldat

Et ne perd pas espoir, un jour le punira.

 

Il est temps maintenant, presse, presse le pas

Il est temps maintenant, retourne-toi

L’enfant ne sera pas épargné par la bête

Si tu persistes à braver le danger

Il est tout près de toi, il t’observe

Il est tout près de toi, méfie-toi

Pars, il en est encore temps.

 

Karim avait rajouté un petit commentaire tout comme le lui avait demandé son grand-père.

« voilà, tu viens de finir la lecture des deux lettres, cependant il ne s’agit que d’une traduction approximative car en arabe il existe des subtilités qui sont intraduisibles en langue française. En gros, il s’agit d’avertissements mais le style avec lequel le texte a été écrit laisse à penser qu’il s’agit de Sihême, grande poétesse et intellectuelle rebelle de la génération de mon grand-père. Je dois rajouter qu’il a été très étonné de lire ces poésies écrites de sa main car il la croyait disparue depuis bien longtemps. il semblerait qu’elle vive dans la région. Donc, mon grand-père te demande une faveur, si tu arrives à la retrouver, il aimerait la revoir avant de mourir. Car il admire cette femme et possède tous les recueils de poésies qu’elle a écrit. Alors, sois sympa, si des fois tu arrives à savoir où elle vit, rends moi ce service. Il m’a dit aussi de te dire qu’elle parle d’une personne très dangereuse et que même si elle n’a pas employé le mot monstre, certaines tournures de phrases laissent à penser qu’elle fait référence au MONSTRE et que ton amie Emma est liée à cet homme monstrueux qui est recherché depuis longtemps. Mon grand-père pense que Sihême le connaît, qu’elle doit l’observer et peut-être même l’espionner. L’homme agit souvent dans les campagnes mais il doit vivre dans une ville où il mène une existence d’homme ordinaire. Voilà, je t’ai noté tout ce qu’il m’a dit, en espérant que cela te sera utile dans ton enquête.

Ton ami, Karim. »

 

Maya serra le papier fort contre elle. Alors, le MONSTRE, était lié à Emma et son père… le grand-père de Karim bien que centenaire avait un cerveau qui fonctionnait à mille à l’heure. Il s’était sans doute servi de ses pensées à elle, il avait du s’imprégner de son vécu. Non d’un chien ! comme tout ceci était troublant. Mais peut-être que non, peut-être que Karim s’était livré et lui avait tout raconté, toutes ses mésaventures à elle. Peut-être que les déductions du vieil homme venaient de ce que lui avait confié Karim. C’est vrai… Ils semblaient si proches et si complices.

Elle ressassa les mots échangés avec Emma, avec Monsieur Rénald et Karim aussi. Tout lui revint en bloc comme un flot d’images et de paroles qui se mélangeaient au fil du débit de leur apparition. Il y avait des retours en arrière et des bons en avant. Tout un tourbillon de sensations et de couleurs vibrait, tournoyait inlassablement et se répandait en cascade inexorablement. Maya n’était pas de force à lutter contre les effluves d’images des rapides. Prise d’assaut par la déferlante, elle n’eut d’autre alternative que la panique. Elle avait perdu la faculté d’émettre le moindre son de sa gorge. Rien ne pouvait la sortir de cet enfer, rien si ce n’est qu’un petit souvenir enfoui, celui dans lequel Emma lui avait expliqué comment dominer la rivière, comment s’en faire une alliée.

- Respire profondément, lui avait-elle conseillé. Et surtout ne te laisse pas submerger par tes angoisses. Tâche de t’apaiser… Allez essaye.

Maya respira fortement et lentement pour bien oxygéner son cerveau et peu à peu l’emballement de ses pensées se calma. La cadence des visions emboîta le pas à la respiration. Elle sortit insensiblement de sa torpeur, mais une chaleur torride l’enveloppa et elle s’endormit profondément.

 

Lorsque Maya se réveilla, son père s’était assoupi auprès d’elle. Sa respiration était forte et de temps en temps un grognement caverneux surgissait de sa poitrine. Il s’était aménagé un coin repos, au moyen d’un gros pouf et de quelques coussins, une couverture en polaire lui remontait jusque sous le menton. Il dormait comme un nourrisson.

Maya se demanda ce qu’il faisait dans sa chambre, mais lorsqu’elle voulu se lever son corps tout endolori l’en empêcha. Ses membres tremblèrent, elle était dépourvue d’énergie. Les draps trempés lui collaient aux jambes et ses cheveux s’étaient plaqués par paquets sur son front et ses joues. Sa voix était faible, pourtant elle rassembla toutes ses forces pour appeler son père.

- Papa ! Papa !

Malheureusement, Monsieur Poulain n’entendit pas sa fille. Il dormait trop profondément.

Maya se rendormit. Elle ne sut dire combien de temps elle resta ainsi, mais lorsqu’à nouveau elle se réveilla, son père n’était plus là.

Elle se sentait moins chaude et moins faible, néanmoins elle n’eut pas encore la force de se redresser. Elle se tourna vers la gauche, en direction de la fenêtre et considéra le beau rayon de soleil qui perçait de l’espace laissé par les volets entrebâillés.

Elle n’eut pas a attendre longtemps la venue de son papa. Celui-ci s’était seulement absenté quelques minutes pour prendre une douche. Une bonne odeur de savon se répandit dans la pièce lorsqu’il entra.

- Maya ? Oh, Maya ! tu t’es réveillé, enfin !

- Qu’est qu’il y a papa… Je me sens toute drôle.

- Tu es malade depuis dimanche. Tu nous a fait une fièvre de cheval ! j’ai fait venir le docteur Michel tellement j’étais inquiet. On a même failli t’hospitaliser.

- On est quel jour ?

- Mercredi. Tu te rends compte que tu es montée à quarante degrés ! alors avec ton bleu au cerveau, on a eu peur que ça fasse des dégâts…

- Mercredi ? j’ai dormi pendant tout ce temps !?

- Oh, mais tu as même déliré. Tu racontais n’importe quoi, une histoire de poème et de limbes. Hum ! ça fuse dans la caboche de ma petite fille. Dit-il en lui essuyant le front. 

- Je ne me souviens plus de rien.

- Normal, avec la fièvre que tu as eue… On s’est relayé avec Robin et puis depuis hier il est parti prospecter les catacombes de la ville. Normalement, il devrait rentrer ce soir, comme ça on pourra fêter ton anniversaire, hein ma puce ?

- C’est vrai, j’ai eu mes treize ans !

- J’ai hâte de t’offrir mon cadeau… mais pour le moment je vais te conduire à la salle de bain. Car j’ai plus l’impression d’être le père d’un petit troll que d’une jeune fille, nom d’un petit bonhomme ! fit-il, puis il emporta sa fille dans ses long bras maigres.

Au fond du lit gisait une page de papier froissée et imbibée de sueur…

 

« Ah ! quel bienfait que ce bon bain tiède à souhait ! » se dit Maya en barbotant dans la baignoire. Petit à petit des éléments de sa journée du dimanche lui revenaient. Sa                                       visite chez Rose et sa réaction singulière, puis les questions du Capitaine Piole, mamie qui lui avait offert le médaillon et enfin le rendez-vous avec Karim. Elle avait dû prendre froid sur la moto de Robin, elle se souvint parfaitement l’air glacial qui l’avait traversée jusqu’aux os. Elle se rappela aussi sa visite chez Karim et sa famille si différente de la sienne. Et puis, il y avait le grand-père, noble et magnifique et son aide précieuse. Maya pensa à la traduction et subitement, elle eut un coup au cœur. Elle ne se souvenait plus de ce qu’elle en avait fait. Elle l’avait lue dans son lit, jusque-là c’était clair dans son esprit mais ensuite, le néant. Elle se savonna vigoureusement de la tête aux pieds croyant qu’en se décapant ainsi elle se remémorerait les évènements davantage.

Après le bain, Maya enfila une tenu légère et confortable. Sa tête qui tournait encore lui rappela sa fragilité. Elle n’eut qu’une envie, celle de s’allonger confortablement dans son lit.

Son père lui avait gentiment préparé sa chambre. Les draps et même la housse de couette avaient été changés. Le tissu était frais, Maya rentra avec un réel plaisir dans son lit. La chambre avait été aérée et les volets grand ouverts. Un puit de lumière envahissait la pièce.

- Ah ! Ah ! tu as faim j’espère, s’exclama Monsieur Poulain en arrivant. Car je t’ai préparé des œufs au bacon, un chocolat et du jus d’orange pressé maison… Hum, il te faut des vitamines. Regarde moi ce beau visage tout pâlichon, dit-il en installant le plateau repas à proximité de sa fille. Prends des forces, mon ange.

- J’ai faim ! Miam ! je vais me régaler… dit, papa, t’aurait pas trouvé un papier avec des poésies écrites dessus ?

- Oui… oui, je l’ai trouvé tout à l’heure en refaisant ton lit. Mais où est ce que j’ai pu le mettre ? se demanda-t-il en se grattant la tête et en tournant sur lui-même… bon dieu ! je l’ai peut-être mis dans la machine à laver avec les draps !

- Oh non ! s’écria Maya.

- Pourquoi ? c’était important ? La, la, la, j’y vais vite. Est-ce que j’ai mis la machine en route ? bonne question, se dit-il et il se précipita dans la buanderie.

Maya, désolée et impuissante se contenta de regarder autour d’elle. Au bout d’un moment elle remarqua un papier chiffonné sous son bureau. Elle sortit de son nid douillet à contre cœur et s’accroupit pour ramasser ce qui n’était que le vulgaire brouillon d’un exercice de math. Elle flancha car les forces ne lui étaient revenues qu’en partie et du coup elle s’assit. Ainsi postée, elle scruta le sol autour d’elle dans l’espoir de retrouver le papier qui contenait la traduction.

Sous son lit, une espèce de chiffon se dissimulait derrière un pied. Maya progressa à quatre pattes, s’en saisit et souffla en constatant qu’elle avait retrouvé sa précieuse traduction. Elle réintégra son lit, soulagée.

- Je ne l’ai pas trouvé ! héla de loin son père. Désolé, dit-il enfin, en entrant.

- Ce n’est pas grave, papa, car moi je l’ai trouvé.

 

Maya dévora de bon appétit son repas, elle sentit ses forces à nouveau grandir. La journée passa entre somnolence et lecture. La fillette s’imprégna des textes traduits, les apprit même par cœur, lorsqu’elle en eut assez, elle bouquina une bande dessinée humoristique, histoire de passer le temps. Puis, de temps à autre lorsqu’elle s’en sentait la force, elle essayait d’organiser ses idées à propos du MONSTRE et d’Emma. Elle essayait de trouver le fil conducteur entre son amie et un homme recherché par la police depuis tant d’années. Y avait-il un lien avec les tueurs à la casquette ?  étaient-ils des employés du MONSTRE ? ou alors le lien existait-il plutôt avec le père d’Emma. Il y avait son médaillon qui correspondait presque à la description de celui trouvé sur le corps inanimé de Monsieur Rénald. Y avait-il moyen de retrouver son propriétaire ? non décidément, ce n’était pas le moment de remuer tout ça, elle était encore un peu trop fatiguée pour réfléchir efficacement.

De temps en temps, Monsieur Poulain, faisait une apparition pour contrôler la fièvre de Maya ou bien pour l’alimenter convenablement. Il passait un petit moment avec elle, puis il la laissait se reposer.

Le soir venu, il lui tarda d’offrir à sa fille sa surprise. Aussi, ne voyant pas revenir Robin, il pensa qu’il serait sympathique de fêter les treize ans de Maya tous les deux, en tête à tête.

- Qu’est ce que tu en penses Maya ? Tu veux bien, ou alors tu préfères qu’on attende Robin ? comme elle ne répondit pas il continua. Tu sais, il se fait tard et si ça se trouve il ne rentrera pas ce soir ou alors tard dans la nuit.

Maya se dit que son père semblait tout excité à l’idée de lui offrir son cadeau, alors pourquoi le contrarier.

- Bon, d’accord. Répondit-elle, enjouée. Mais j’ai bien envie de rester au chaud dans mon lit. Je peux ?

- Pas de soucis, je monte le guéridon et tout le nécessaire pour fêter ça dignement.

Elle ne le vit réapparaître qu’une heure après.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 12:54

Il faisait froid sur le scooter de Robin et bien que Maya ait endossé son manteau de laine, l’air glacé la transperçait. Heureusement, le voyage ne fut pas très long. Déjà, au loin, se profilait une cité formée de bâtiments gigantesques, tels des colosses de pierre inertes, assoupis, depuis la nuit des temps. C’est dans ce grand ensemble d’immeubles rectangulaires gris et silencieux, que vivait Karim.

Robin insista pour accompagner sa jeune sœur jusque devant l’entrée du bloc B2. Ils traversèrent une vaste cour, à leur droite un petit centre commercial constituait le cœur, l’organe vital de la cité. Même si les voies étaient désertes, on entendait de la musique exotique émaner de ce lieu de rencontre. Ils poursuivirent leur chemin droit devant et gravirent des escaliers menant sur une autre place agrémentée d’une sculpture aux formes ovoïdes.  Enfin, après avoir tourné un moment, ils repérèrent le bâtiment B. Robin lâcha Maya au pied de l’immeuble et en frère responsable il attendit qu’elle disparaisse dans le hall avant de partir. Des graffitis recouvraient les murs extérieurs qui par la même avaient perdu leur couleur d’origine. À l’intérieur, le couloir avaient profité de semblables décorations. Maya était fascinée,  chaque mot écrit, chaque dessin peint lui racontait une histoire. Sur les boîtes aux lettres ornées, elles aussi, on pouvait à peine lire le nom et l’étage des locataires.

- Pourvu qu’il n’habite pas au douzième, se dit Maya.

Concentrée devant la multitude de boîte à lettres car il en avait un mur entier, elle n’entendit pas qu’on approchait.

- Maya !

Maya se retourna, surprise d’entendre une voix familière.

- Madame Hilly !?

Le professeur avait quelque chose de changé. Ses cheveux blonds lâchés adoucissaient ses traits et la rajeunissait considérablement.

- Tu cherches quelqu’un, je peux t’aider peut-être ?

- Oui, ce n’est pas de refus… je cherche la Famille de Karim Bélouel.

- Ils sont au troisième, viens je t’y emmène.

Elles commencèrent leur ascension par les escaliers car l’ascenseur était  une fois de plus hors d’usage.

- Vous vivez ici ? questionna la fillette.

- Non… non, je viens de temps en temps pour faire du soutien scolaire ou aider à rédiger des lettres, des demandes d’emploi, alors je me suis fait pas mal d’amis, tu vois… Aujourd’hui j’étais invitée… et toi, tu viens voir Karim je suppose.

- Oui, c’est un camarade… j’ai un petit service à lui demander.

- Voilà, nous sommes arrivées. C’est la porte de gauche. Bon… à lundi, Maya.

- Oui, à demain Madame Hilly.

 

Maya marqua un temps avant de sonner. Puis, enfin elle pressa le bouton, Karim l’accueillit et l’invita à entrer.

L’appartement était peu meublé mais très coloré. Les murs aux couleurs chaudes conféraient au lieu une grande intimité. Une odeur forte d’épices planait et  rajoutait à l’exotisme du lieu.

Il y avait sur le sol du salon un magnifique tapis finement ouvragé. Sur la table basse, disposé au centre de la pièce, trônait un service à thé en argent. De la vapeur s’en échappait ce qui fit penser à Maya qu’elle arrivait au beau milieu d’un moment de réunion familiale. Adossés à chacun des murs, installés sur des poufs de cuir jaune, un certain nombre de personnes assises et discrètes semblaient attendre.

De fait, son apparition avait coupé net le brouhaha des conversations. On guettait les réactions de l’invitée, on était curieux de sa personne. Maya était confuse, intimidée par tous les regards scrutateurs qui convergeaient vers elle. Cependant, elle balaya du regard cette sympathique assemblée et découvrit des visages aux teints hâlés, aux sourires empreints de gaieté et de bonté. Ils portaient des vêtements très amples et si colorés qu’on les aurait dit sortis d’une peinture.

Karim la présenta. Maya fit connaissance de son père, de ses deux frères, d’une cousine et de deux oncles qui selon les dires du garçon ne constituaient qu’une infime partie de sa famille. Chacun s’appliqua à la saluer d’une parole de bienvenue. Puis, ce fut au tour de la mère de Karim. Celle-ci déboucha de la cuisine chargée d’un plateau couvert de gâteaux plus appétissants les uns que les autres. Elle dit :

  -Viens, entre n’aies pas peur.

C’était une femme de corpulence imposante animée d’une grande vitalité. Ses gestes étaient précis. Elle servait le thé à la menthe à l’orientale en tenant la théière loin au-dessus de chaque timbale, la ramenant au plus près et passant de d’un verre à l’autre sans marquer la moindre pose. Maya contempla la petite mousse se formant à la surface qui donnait au breuvage un aspect de légèreté. 

Elle s’assit sur le tapis, se débarrassa de son sac et de son long manteau rouge car il faisait bon. Karim, l’accompagna sans un mot, il se contenta de rester à ses côtés.

- Tu aimes le thé ? demanda la mère.

- Oh ! oui, j’aime beaucoup le thé, mais encore plus le thé à la menthe.

- Tiens… attention de ne pas te brûler, c’est très chaud…

- Je vais tâcher de faire attention… Merci Madame.

- Alors, tu as besoin d’un service, à ce qu’il paraît ? dit-elle.

Tout en lui parlant, elle passait d’une personne à l’autre distribuant sa boisson chaude avec adresse.

- Heu… oui… mais c’est confidentiel. Balbutia-t-elle.

- Ne t’inquiète pas, ici, il n’y a que des gens de confiance… Alors, qu’est ce qu’on peut faire pour toi ?

Tous les grands yeux noirs se figèrent sur elle et Maya qui n’était déjà pas si grande se sentit plus petite qu’une fourmi.

- Hé bien… j’ai là des lettres qui sont écrites, je crois en langue arabe…

 J’aurais besoin qu’on me les traduise. Alors, j’ai pensé que Karim pourrait peut-être m’aider…

De concert, le groupe explosa d’un grand éclat de rire sauf Karim qui lui piqua un phare monumental. Maya se demanda quelle bêtise, elle venait de prononcer. Embarrassée, elle se tourna alors vers son ami pour l’interroger du regard, mais celui-ci avait la tête baissée et le nez dans son verre. Certains riaient aux larmes, d’autres se frappaient le genou, ou alors ouvraient grand leur bouche pour laisser saillir un cri strident à la manière d’une sirène.

- Qu’est-ce que j’ai dit de si drôle ? osa questionner Maya.

- Je ne sais pas lire l’Arabe, grommela Karim tout penaud.

- Il n’a pas voulu l’apprendre ! Intervint sa mère en s’essuyant une larme au coin de l’œil avec le bout d’un torchon.

- Oh ! mais ce n’est pas grave, lança, Maya pour désamorcer l’humiliation de son ami. Je vais m’arrang…

- Pas grave ! releva le père en se levant d’un bon et se retournant vers sa femme. Non mais tu entends ça, Waria ? pas grave ! refuser ses origines ça n’est pas grave mademoiselle ?

- Oh, mais ce n’est pas ce que je voulais dire… se rattrapa Maya de plus en plus embarrassée.

- Et que vouliez-vous dire mademoiselle ?

- Je voulais dire que ce n’était pas grave pour moi, mais pas pour lui, c’est tout…

- Arrête papa ! il te fait marcher… viens on va voir mon grand père. Lui au moins il ne se moquera pas de mon ignorance. Argua Karim avec un brin d’insolence.

- Toutes mes excuses Mademoiselle Maya, j’espère ne pas vous avoir blessée… vous comprenez l’humour, j’en suis sûr ! j’en suis même certain…

Karim avait déjà attrapé Maya par le bras pour l’entraîner dans une autre pièce. Elle tenta de répondre au père qui s’adressait à elle sans discontinuer mais en vain, de toute façon les rires intempestifs auraient sans doute couvert sa voix.

- Ils me soûlent mes parents, tu peux pas savoir à quel point ! et tes parents à toi, ils sont pareils ?

- Ben, mon père est moins rigolo… il est vraiment, comment dire, triste… remarque, vue que ma mère est morte, c’est peut-être normal.

- Mince, excuse, je ne savais pas… j’avais oublié.

- Bah, c’est pas grave.

- Pas grave ! non mais écoutez-moi cet énergumène ! pas grave ! fit-il en imitant son père.

Devenus complices ils éclatèrent de rire.

- Voilà, on est devant la chambre de mon arrière grand père. Il est très très vieux, tu vas voir, il a cent quatre ans.

- Ça alors, cent quatre ans ! tu en as de la chance d’avoir un grand-père aussi vieux. Il doit être fatigué, à son âge ?

- Un peu, mais pas tant que ça… c’est un phénomène ! Ah oui, il est un peu sourd. Il faudra que tu parles un peu fort.

Karim ouvrit la porte et Maya resta figée sur place lorsqu’elle entrevit le grand monsieur.

Il était assis près de la fenêtre sur un large fauteuil en rotin au confort sommaire. On lui avait rajouté quelques oreillers de satin pour le caler et parfaire à son bien-être. Ses genoux pliés, remontaient haut devant lui et laissaient deviner combien il devait être grand. Ses mains, longues et fines accrochées vigoureusement aux accoudoirs telles les serres d’un aigle majestueux en disait long sur sa pugnacité sa vigueur à vouloir vivre. Il ne faisait pas partie de ces vieillards qui attendent la mort comme une délivrance, on le sentait habité par une vie riche et pleine et un désir très fort de la poursuivre. Son sourire, la sérénité de ses traits, de ses rides presque inexistantes pour une personne de son âge, confortèrent Maya dans cette impression.

Pourtant la vue qui s’offrait à lui n’avait pas grand chose de réjouissant, rien que de longs Bâtiments gris, pas une once de végétation naturelle, juste quelques plantes ici ou là, décoration inespérée des balcons en béton.

Karim s’approcha de son grand-père et lui parla près de l’oreille d’une voix claire et caressante mais pas aussi forte que ce qu’elle aurait pu l’imaginer. Elle n’entendit pas distinctement les mots, les phrases, mais uniquement le chant léger de sa voix.

Maya ressentit un trouble, elle eut l’impression d’être de trop. Ces deux là étaient unis par une affection profonde et une complicité presque palpable. Admirative de cette peinture semblant sortie de l’atelier de Majorelle, Maya, plongea dans une rêverie aux couleurs orientales.

Elle contemplait de ses yeux larges et fixes le garçon qui se retourna.

- Maya ? apostropha-t-il. Je lui ai parlé de ta demande, il accepte… passe moi tes lettres.

- Oui, tout de suite, réagit Maya.

Elle chercha le courrier dans son sac à dos en tâchant d’être la plus rapide possible, ses gestes étaient saccadés, elle n’avaient plus la commande de ses membres.

- ça va ? demanda Karim, un peu inquiet.

- Si,si… ça va, c’est juste un peu de fatigue. Les voilà, tiens.

Elle lui tendit les lettres, les mains tremblantes.

Une  l’atmosphère troublante régnait. Maya douta une fois de plus à violer l’intimité d’Emma. Mais à cette heure, elle ne pouvait plus reculer. Les yeux mi-clos, elle souhaita s’exclure du lieu où elle se trouvait, désira s’extraire de la réalité qui l’avait ébranlée si durement ces derniers temps.

Karim remis les lettres à son grand père qui chaussa ses lunettes et les lut silencieusement. Le garçon le questionna à plusieurs reprise de son regard de braise, mais le vieillard ne broncha pas. Il resta figé sur le texte, les yeux humides.

Qu’y avait-il dans ces lettres qui puisse tant émouvoir son grand père ? Karim rompit le silence.

- Grand-père ! qu’est ce que tu as ? je ne l’ai jamais vu comme ça, se dit-il.

Mais le vieillard ne lui répondit pas. Il avait l’air ailleurs.

Il se retourna vers Maya qui semblait dormir debout. Il l’interpella.

- Maya ! Maya !

Maya, les yeux fermés, ne réagit pas le moins du monde.

Il s’avança dans sa direction, l’attrapa par les bras et la secoua énergiquement, en vain. Elle perdit connaissance.

Maya était en transe, son esprit vagabondait et s’était mêlé à celui du vieil homme.

Ils étaient sur une plage, face à la mer. Maya fut déconcertée par la force avec laquelle elle avait été attirée dans l’univers de l’homme. Il se tenait droit à ses côtés, géant efflanqué et  malgré tout donnant l’effet d’une grande solidité. Le ciel était lourd, prêt à éclater en orage et la chaleur moite était suffocante. Tous deux ne quittaient pas des yeux la ligne d’horizon et les bateaux éparses qui y cheminaient. Maya, embarrassée, ne trouvait pas la juste formule pour aborder le vieil homme. Elle se contenta de se laisser bercer au son du ressac des rouleaux se brisant sur le sable.

Il prit la parole le premier dans sa langue maternelle. Pourtant, Maya compris tout à fait chacun des mots prononcés, chacune des phrases formées.

- comment cela se peut-il ? se demanda-t-elle. Je suis capable de comprendre cette langue qui m’est étrangère ? Que se passe-t-il à l’intérieur de mon crâne ? je ne ressens aucune douleur, mais ma tête est si lourde !

- Maya, tu possèdes l’œil. Tu vois clair dans l’âme des humains. Dit le vieil homme.

- Je ne sais pas… C’est étrange…

Après un long silence, elle respira profondément, puis elle repris.

- Depuis quelque temps j’ai l’impression d’entrer  dans la pensée des personnes qui me touchent. Comme si mon esprit voyageait dans celui des autres sans aucune limite ni entrave… Dans ces moments je ressens une grande liberté que je ne contrôle absolument pas... Cela me terrifie parfois.

- Aie confiance, ce don peut t’aider à choisir le meilleur chemin qui s’offrira à toi. Mais prends garde cet état n’est sans doute que passager, sache l’utiliser avec prudence et à bon escient.

-  Oui, j’essaierai.

- Quant à tes lettres, ce sont des poèmes qui mettent en garde leur destinataire. Il n’y a rien de ce que tu pensais y trouver. Tout ce que je peux te dire c’est qu’ils semblent avoir été écrits par une grande poétesse, une femme au travail  admirable… Je l’ai rencontrée une fois, il y a très longtemps… C’est son style… Oui… je crois bien qu’il s’agit de Sihême.

- Pourriez-vous me les lire ?

- Mon petit-fils s’en chargera. Maintenant, je dois te laisser.

Il s’éloigna nonchalamment dans la brume de chaleur remontant du sable grillé par le soleil.

 

Maya reprit ses esprits. Elle était allongée sur le lit du grand père, la tête très douloureuse. Ses forces l’avaient abandonnée une fois de plus et elle avait beaucoup de mal à s’arracher d’une sorte de léthargie puissante. Karim se retournant, lui sourit et se précipita à ses côté.

- ça y est Grand-père ! elle a repris connaissance. Alors, Maya ! tu m’as fait une de ces frayeurs !

- C’est mrai ? elle avait des difficultés a articuler convenablement. Elle dut faire beaucoup d’efforts pour émerger.

- T’es tombée, brusquement, comme ça, dans les pommes. Je t’ai, tu m’en excuseras, giflée mais ça n’a rien donné. Alors grand-père t’as touché le front de sa main et il est resté ainsi un bon moment. Puis, tu as repris des couleurs et je t’ai installée sur le lit.

- Hum…

- Oui, grand-père a été guérisseur dans le temps. Je lui ai expliqué ton problème à la tête, et voilà… bon, j’ai ta traduction et figure-toi que ça ne va pas t’aider des masses car ce sont…

- Des poèmes, coupa-t-elle.

- Ben, ça alors ! comment tu sais ça ?

- Je t’expliquerai…

 On avait mis à sa disposition quelques merveilleuses pâtisseries préparées par la maman de Karim et un godet de thé. Maya reprit des forces en dégustant une corne de gazelle enrobée d’une épaisse couche de sucre glace et en se désaltérant de thé.  Le vieillard ne détourna pas une seule seconde son regard des carreaux de la fenêtre, même lorsque Maya, remise, vint le remercier et le saluer.

Elle prit congé de la fabuleuse famille de son ami, non sans un mot attentionné de chacun.

 

Karim la raccompagna jusqu’à l’arrêt de bus le plus proche.

- Je te remercie, Karim, de m’avoir permis de comprendre le message.

- C’est rien… nan, rien du tout… en plus ça a fait plaisir à mon grand-père, ça lui a rappelé sa jeunesse. Alors, tu vois, tout le monde est content, comme ça… Au fait, j’espère que tu ne t’es pas vexée qu’il te réponde pas. Je crois que ça l’a tourneboulé…

Le bus arriva et Maya s’y engouffra mais avant que les portes ne se referment, elle lança au garçon :

- Bientôt, je t’appellerai… tu viendras chez moi et je te présenterai à ma famille ! merci encore…

Le bus s’éloigna et Karim disparut peu à peu.

 

 

 

 

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