Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de Maya.P
  • Le blog de Maya.P
  • : des romans, des contes, des histoires pour les petits, tout un espace dédié à la jeunesse mais pas seulement...
  • Contact

Recherche

Pages

28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 23:01

                

    « Cet après-midi Monsieur Rénald PDG de KOOR a été assassiné à son domicile d’une balle en pleine tête. Malgré l’arrivée des secours en un temps record, Monsieur Rénald, défiguré, a succombé à ses blessures. La police mène l’enquête et aucune piste ne semble se détacher pour le moment. Monsieur Rénald n’avait plus beaucoup d’amis dans la région en raison des nombreux licenciements dont il était à l’origine. Ses méthodes étaient décriées par l’ensemble des ouvriers de l’usine. Peu ou pas de dialogue et souvent une grande distance avec ses employés. Pourtant l’homme, travaillait dans l’ombre à l’élaboration d’un projet dans un secteur de pointe qui aurait pu sortir la région de la crise dans laquelle elle est plongée depuis bientôt trois ans. Sa mort, va retarder le projet et du coup porter un grave préjudice aux travailleurs laissés sur le carreau. Il comptait le rendre public prochainement, n’est-ce pas Monsieur Mauron ?... »
 

Maya avait tiré une chaise jusque devant le poste de télévision, son père se tenait debout à ses côtés. Ils s’étaient rapprochés pour mieux voir et mieux entendre les nouvelles.

- Nom d’un chien, le monde est devenu fou ! s’exclama Monsieur Poulain.

Très énervé, anxieux, ne tenant pas en place, il arpenta la pièce de long en large.

Serrant Fripon dans ses bras, Maya était captivée par les images diffusées au journal télévisé. Le chat venait de rentrer le jour même après trois mois de fugue. Il se frottait sur la joue de sa petite maîtresse et ronronnait bruyamment. Sa chaleur, ses câlins apportaient un peu de bien être à Maya.

« Finalement, le père d’Emma était un homme bien… » pensa-t-elle.

Elle fut coupée dans sa réflexion par son père.

- Tu dis qu’on a voulu me faire accuser du meurtre… mais qui…qui pourrait m’en vouloir… qui tiendrait à m’expédier en prison. Faut une bonne raison pour ça ! j’ai jamais fait de mal à personne, moi ! Maya, tu es sûre qu’ils ne t’ont pas vue ?

- Certaine, papa… il faut que je te parle de quelque chose…

Monsieur Poulain n’écoutait pas, il était tout à ses pensées. Perturbé, il se gratta nerveusement le haut du crâne.

- Et tu n’as pas vu leurs visages ?

- Non, papa. Je te l’ai déjà dit… Ils portaient des casquettes avec leurs visières rabattues sur leurs yeux. En plus, ils étaient de dos ! il y en avait le petit et gros et le grand à la main bandée.

- Ce sont forcément des gens que je connais. Mais qui ?

Il replongea dans ses pensées et marmonna jusqu’à ce qu’il entende Maya l’appeler pour la troisième fois.

- Papa ! s’il te plait, écoute-moi. J’ai quelque chose d’important à te dire.

Il s’arrêta tout net.

- Tu te souviens d’autre chose, ma puce ?

- Non, c’est pas ça… Eh bien… C’est juste… qu’il y a des trucs bizarres qui se sont passés.

- Ça ! je comprends, vu ce qui vient de t’a…

Maya se dégagea du chat qui s’était lové sur ses genoux et se redressa d’un coup.

- Papa ! laisse-moi t’expliquer, implora-t-elle, exaspérée.

Elle attrapa son père par les mains et le poussa dans le fauteuil. Puis, elle s’installa sur ses genoux imitant Fripon, et l’enlaça. Un moment, ils se réconfortèrent l’un l’autre, puis elle se décida à lui parler.

- Voilà, hier et puis aujourd’hui j’ai eu de drôles de choses qui se sont passées dans ma tête. Lorsque j’ai rendu visite à Emma, je l’ai approchée et je lui ai tenu la main, parce que c’était plus facile comme ça pour lui parler. Et j’ai eu une apparition, des images qui se sont fixées dans ma tête. Après j’étais toute bizarre. Ensuite, je me suis rendue compte que ces images correspondaient à quelque chose qui existe vraiment et que je ne connaissais pas avant de l’avoir vu dans mon cerveau.

-  Ah ! et c’était quoi ?

- Le collier de coquillages, dit-elle en montrant son ras de cou. Et Aujourd’hui, pareil, lorsque je l’ai touchée ce sont des lettres qui sont apparues. Comme si Emma tentait de me faire passer des messages.

-  Et ces lettres tu les as ? demanda Monsieur Poulain intrigué.

-  Non, je ne sais pas où les trouver… papa ? papa ! répéta Maya.

Monsieur Poulain était reparti dans ses rêveries. Sa tête était devenue une usine à gaz prête à exploser. C’était trop pour lui, trop d’informations, trop d’émotions, trop de tout. Il répondit avec l’automatisme d’une machine, le regard lointain.

- Oui, mon ange.

- Tu crois qu’il y a un lien entre Emma et nous ?

Non, Monsieur Poulain ne pouvait pas répondre à ça. D’ailleurs il n’en savait rien, ensuite il souhaitait un peu de tranquillité. Il ne répondit pas et dans ses yeux Maya lut son impuissance.

Elle embrassa affectueusement son père et monta en direction de sa chambre, mais elle se ravisa et pensa qu’il était le moment pour elle de faire connaissance avec le passé de sa mère et découvrir les secrets de la malle léguée par son grand père.

 

Pour atteindre le grenier, il lui fallait mettre en place une échelle et se munir d’une des lampes torche de son demi-frère. Robin revenait régulièrement chez son père depuis deux ans. Il était amateur de spéléologie et possédait une collection de lampes très performantes. Cependant, il n’aimait pas qu’on entre dans sa chambre pour se servir. Maya savait très bien qu’elle risquait d’avoir des ennuis s’il s’apercevait de son emprunt. D’autant plus qu’elle ne s’entendait pas très bien avec lui. Tant pis, les circonstances étaient particulières, et puis il rentrerait sans doute pas ce soir.

Elle hésita entre trois lampes, finalement elle opta pour celle qui se portait sur le front car elle était la plus pratique, laissant ses mains libres de toute action.

Le plus difficile pour elle fut de déplacer la grande échelle et de la caller convenablement à l’entrée du grenier. Une fois en place, Maya gravit les barreaux et poussa le battant de la trappe de toutes ses forces. En retombant, le panneau déplaça un gros nuage de poussière, derrière lequel à la lueur de la lampe, se dessinaient des formes fantomatiques. Maya grimpa et s’évanouit dans l’épais brouillard, découvrant au fil de ses pas, un meuble abîmé ici quelques jouets anciens par là. Au passage, elle reconnu sa vieille bicyclette et aussi son cheval à bascule qu’elle appelait son cheval à idées, Toto ( c’est ainsi qu’elle l’avait baptisé) lui soufflait toujours des idées rigolotes. Elle caressa sa longue crinière et s’attendrit un court moment sur son cavalier, Ferdinand l’ours chevalier. Les souvenirs se bousculaient à mesure que Maya progressait. Enfin, elle aperçut le coffre, objet de ses interrogations, relégué dans un coin sombre, camouflé sous une épaisse couche de poussière et quelques toiles d’araignées patiemment tissées par leurs propriétaires.

L’objet en question, avait la taille d’une grosse malle dans laquelle elle aurait pu entrer tout entière. Il était constitué de cuir de bonne facture, retenu à chaque coin par une rangée de clous dorés disposés dans un parfait alignement. La serrure ne servait plus mais, on imaginait quelle pouvait être la taille de la clé qui jadis en gardait l’accès, car elle sembla gigantesque au regard de la modeste main de Maya.

La fillette était en émois, elle attendait des réponses à tant de questions ! elle releva le couvercle sans empressement et le fit reposer sur le mur. Les circonstances lui laissaient penser à une chasse au trésor. Pas de joyaux ni de bijoux merveilleux à découvrir mais un trésor de souvenirs inestimables.

On avait rangé les objets personnels d’un côté et le courrier de l’autre. En fouillant Maya trouva quelques vêtements de bébé, robes de dentelles qui avaient dû ravir les parents en leur temps, quelques chaussons et hochets d’une époque lointaine. Une boîte à sucre métallique  recelait de bracelets, montres , bagues, chaînes en or et autres bijoux de pacotille.

Maya les inspecta un à un et découvrit une gourmette gravée au nom de Jade, sa maman. Elle s’imagina le poignet potelet de sa mère paré de ce bijou, cela la fit sourire.

Du côté du courrier, on trouvait aussi quelques photographies laissées en vrac avec de temps en temps un commentaire au verso. Il y avait son grand père à l’allure fière dans son costume de militaire, et aussi un portrait de sa grand-mère. Tous deux étaient réunis, elle en robe blanche, lui gominé et fringant le jour de leur mariage. Puis, elle dégota une photo des jumelles qui semblaient deux princesses endimanchées. Maya n’eut aucun mal à reconnaître sa mère, elle lui ressemblait tellement ! Elle était plus petite, plus blonde que sa sœur et avait gardé à l’âge adulte sa bouille d’enfant. Maya était joyeuse de voyager ainsi dans le passé de sa mère à travers des images de vacances, de fêtes de noël ou bien d’anniversaires. Elle pouvait reconstituer l’enfance ou du moins l’imaginer grâce à ces petits bouts de vie. Enfin, elle découvrit tout au fond de la malle, un journal intime. Le cœur battant, elle espéra que ce fut celui de sa maman. Malheureusement, il appartenait à sa tante Agathe. Cela n’altéra en rien la curiosité de Maya qui ne résista pas à le feuilleter. L’écriture était si dense qu’elle préféra se le réserver pour plus tard et le lire au repos. Elle continua donc son inspection s’arrêtant ça et là sur une carte postale ou sur une lettre manuscrite mais plus rien ne fut digne d’intérêt pour l’instant.

Elle s’apprêtait à refermer la malle lorsqu’une voix forte se fit entendre.

« oh non, pitié, pas Robin ! » pensa-t-elle. Elle se saisit du journal et galopa jusqu’à l’ouverture de la trappe. 

Lorsqu’elle s’y pencha, quelqu’un l’attendait au bas de l’échelle.

 

Le jeune homme observait sa sœur, bras croisés, jambes écartées, un sourire narquois aux lèvres. Son visage était  en partie masqué par l’obscurité qui régnait dans le couloir.

- ça va te coûter cher, se moqua-t-il.

Maya eut un mouvement de recul, pensant qu’elle devrait affronter Robin. A ce moment-là le rayon de sa lampe frontale illumina le visage enjôleur de Joaquim.

- Joaquim ! s’écria-t-elle.

- C’est bien moi, pour vous servir, jolie princesse. Et il fit une révérence digne d’un seigneur du quinzième siècle.

Dans sa hâte, Maya manqua de tomber trois fois de la grande échelle. Ses maladresses la conduisirent à lâcher  le précieux  journal qui termina sa chute sur la tête de Joaquim.

- Oh pardon ! dit-elle une fois droite sur ses pieds, puis dans un élan elle s’agrippa au cou du malheureux garçon à demi assommé et entoura son torse avec ses jambes.

Il l’accueillit dans ses bras musclés et ensemble ils firent plusieurs tours sur eux-mêmes. De grands éclats de rires remplirent l’étage.

-  Hé, tu n’aurais pas pris un peu de poids depuis la dernière fois ? fit-il en la posant sur le sol.

-  Non cher Monsieur, j’ai pris des centimètres ! répondit-elle en se mettant au garde à vous. Alors c’est comment l’armée ? tu t’entraînes très fort ? tu fais des parcours ? tu sais, comme dans les films quand on voit les soldats grimper, sauter, courir, se rouler dans la boue ! tu as une arme ? montre, montre moi ta mitrailleuse…

- Mais petite sotte, tu crois que j’ai le droit de me balader avec mon arme ? Je suis en PER-MI-SSION, dit-il en lui ébouriffant les cheveux d’un geste affectueux. Allez, file ranger la lampe de Robin avant qu’il ne s’aperçoive de ton intrusion dans sa grotte.

-  Chef oui Chef ! Maya s’exécuta tel un petit soldat.

Joaquim ramassa le cahier à ses pieds et le tendit à sa sœur.

- Et n’oublie l’objet de ton délit, sans quoi je te mets au cachot.

- Au cachot ?

- Parfaitement ! pour tentative de bosse, lui dit-il en exhibant son crâne rasé.

 

Maya était heureuse du retour inopiné de Joaquim. Ils s’entendaient si bien tous les deux malgré leur différence d’âge ! Joaquim avait toujours été un garçon plein de vitalité, mais un peu difficile à canaliser. Il avait souhaité vivre avec son père bien avant Robin et s’était attaché à sa petite sœur immédiatement. Leur complicité, leurs jeux incessants ravissaient leur père qui retrouvait un peu de joie de vivre à leur côté. Cela faisait six mois qu’il n’était pas rentré de sa garnison située à des centaines de kilomètres.

Le repas fut improvisé par Monsieur Poulain, apaisé par la venue de son fils. Ils prépara des œufs brouillés accompagnés de lard fumé, ( il en gardait toujours dans le réfrigérateur ) le plat préféré de Joaquim. Maya raconta ses mésaventures de la journée, Joaquim fut révolté à l’idée qu’on puisse impliquer sa famille dans cet imbroglio. Il leur conseilla de continuer à vivre comme si rien ne s’était passé. Il dit :

- Maya, demain tu iras au collège. Il ne faut pas qu’on se doute de quoi que ce soit. Tiens, voici mon numéro de téléphone, il l’inscrivit sur un post-it et lui tendit. Si tu te sens menacée appelle et j’arrive, ok ? la rassura-il en lui pinçant la joue. Maintenant, va te coucher car il est tard, avec papa on doit parler.

Maya tombait de sommeil, elle obéit sans poser de problème même si elle avait rudement envie de profiter encore de son frère chéri. Toutes ces émotions en une seule journée l’avaient éreintée. Elle monta les escaliers au ralenti, se traîna jusqu’à son lit accueillant, se glissa sous la couette moelleuse et s’endormit comme une marmotte.

Cette nuit-là, Maya rêva de deux malfaiteurs portant des casquettes. Ils la pourchassaient, mais elle leur échappait sans cesse, trouvant toujours une issue dans le dédale des pièces d’une immense maison. Leur corps sans figure, leurs casquettes flottant au-dessus d’une masse sombre et béante épouvantèrent la jeune fille. Oui, la nuit de Maya fut des plus agitées.

 

Partager cet article

Repost 0
Published by maya.p.over-blog.com - dans Maya
commenter cet article

commentaires