Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de Maya.P
  • Le blog de Maya.P
  • : des romans, des contes, des histoires pour les petits, tout un espace dédié à la jeunesse mais pas seulement...
  • Contact

Recherche

Pages

4 mars 2010 4 04 /03 /mars /2010 14:45

Maya ne put échapper à Madame Hilly qui l’attendait devant la porte du centre de documentation du collège. Celle-ci remarqua la mine froissée de la fillette et s’abstint de tout commentaire pouvant l’embarrasser. Elle ne releva pas son retard et se contenta de l’accompagner auprès de ses camarades qui commençaient la mise en page de l’hebdomadaire. C’était une femme pudique, profondément humaine cachée derrière de grosses lunettes aux montures en écaille. Ses cheveux tirés lui donnait une allure austère et un brin sévère. Perspicace, elle avait immédiatement compris que Maya n’était pas dans son assiette.

En effet, le matin, la fillette était partie à toute vitesse, car malgré la sonnerie stridente et répétitive de son réveil, elle s’était rendormie à poings fermés. Joaquim dut la secouer plusieurs fois pour la sortir du lit. Elle eut juste le temps de sauter dans ses vêtements, de glisser le journal d’Agathe dans ses affaires, de croquer dans une pomme pour ne pas partir le ventre vide et de filer directement vers l’arrêt de bus.

 

Sarah et Malika travaillaient à la gazette du collège avec Maya. En général les articles traitaient des évènements de la semaine, la cantine, les problèmes que pouvaient rencontrer les adolescents. On y trouvait des rubriques consacrées aux animaux, aux métiers, aux voyages, bref on ne manquait pas de matière à développer. Le sujet le plus important de la semaine était l’accident d’Emma et Maya désirait qu’on accorde à cet événement sa juste place. Bien entendu, compte tenu de la nouvelle de l’assassinat du père d’Ayma, elle n’entendait pas traiter l’affaire en la banalisant mais au contraire, elle souhaitait donner son avis et ses soupçons concernant l’évènement . Elle voulait par-dessus tout faire réagir les lecteurs. Ses deux camarades avaient écrit un article dont elle n’était pas satisfaite.

- écoute, Malika, je trouve que tu devrais développer un peu plus. Emma est aujourd’hui dans le coma, son père a été tué. On peut dire qu’Emma a été agressée, que ce n’est pas un accident comme on a voulu nous le faire croire dans la presse régionale. C’est la première chose que nos lecteurs doivent lire,  expliqua Maya.

- Ok, mais qu’est ce que je fais de l’article sur le métier d’éthologue ? Il est long et la semaine dernière on l’a déjà remplacé.

-  Je vais réfléchir, peut-être qu’il y a moyen de le raccourcir un peu.

- Alors là, pas question ! s’indigna Sarah, j’y ai travaillé deux semaines. J’ai pas envie qu’on en retire un seul mot.

- D’accord, opina Maya on a qu’à sacrifier le paragraphe sur les coquillages…Elle s’arrêta tout net. Ce ne serait pas l’article d’Emma ? demanda-t-elle.

- Hum, hum, approuva Sarah d’un mouvement de tête.

- Donne-le moi, s’il te plait, j’aimerais le lire.

  L’article ventait la beauté des coquillages de l’île de Paradis. On y trouvait une description et le polaroïd d’un collier identique à celui qu’Emma lui avait offert. L’île de Paradis avait été évoquée par le père d’Emma et  le collier de coquillages, elle le portait en ras de cou. Persuadée que ce fil conducteur la mènerait quelque part, elle chercha une piste, un détail qui pourrait la mettre sur la bonne voix. En vain, cet article ne lui apportait rien de plus qu’elle ne connaissait déjà mais il ne lui semblait pas abouti. Cela lui donna l’idée de chercher dans la documentation d’Emma.

- Vous n’auriez pas vu le dossier d’Emma sur cet article ?

- Si, il est sur le bureau de Madame Hilly, répondit Malika. Alors, qu’est ce qu’on fait, on le supprime ?

- Oui, supprimez-le. Approuva sans hésitation Maya. Il est incomplet, de toute façon.

Le professeur confia bien volontiers la petite pochette à Maya qui s’installa sur une table isolée afin d’en examiner le contenu tranquillement. Elle y trouva des découpages de revues, quelques gros titres provenant de magazines divers, d’anciens articles rédigés.

Elle Eplucha toute la documentation, lisant le moindre papier, scrutant la moindre image à l’affût d’un détail parlant. Le dossier au complet était étalé, sur la table, sous ses yeux. Rien ne la frappait, elle allait renoncer quand le bout d’une petite enveloppe de kraft brun  se dégagea tout à coup. Comment ne l’avait-elle vue avant ?

Elle la renversa pour en vider le contenu. Deux enveloppes blanches de petit format glissèrent. Immédiatement, Maya reconnut les lettres. Elles correspondaient exactement aux images imprimées dans son esprit au contact d’Emma à l’hôpital.

Le souffle coupé, elle réprima avec difficulté un vertige et dut soutenir sa tête trop lourde. Si elle avait pu, elle l’aurait retirée et posée sur la table. Cela n’échappa pas à Madame Hilly qui s’enquit de sa santé.

- ça va bien, s’empressa de répondre Maya, je réfléchis.

Elle fixait les deux enveloppes blanches. Tout concordait, les timbres, l’écriture, la forme des enveloppes.

Un instant, elle hésita à les lire, à entrer dans l’intimité de son amie. Pourtant c’était nécessaire si elle voulait faire avancer l’enquête. Elle mit de côté ses réticences, tira délicatement le papier blanc et tout aussi soigneusement le déplia.

Maya fronça les sourcils, elle ne comprenait rien du tout, pas le moindre mot. Les inscriptions étaient très élégantes tout en rondeur, surmontées de petits points de temps en temps. Pour sûr, il s’agissait d’une langue étrangère, mais laquelle ? pas du russe, l’alphabet était bizarre mais rien à voir avec ces caractères là. Non ça ressemblait d’avantage à une écriture nord africaine. Elle en était Maintenant certaine, mais pas plus avancée.

Pour finir le tampon de la poste illisible empêchait de déterminer l’origine de l’envoyeur.

La deuxième lettre était presque identique à la précédente. La déception de Maya  fut grande. Elle, qui croyait avoir fait une découverte exceptionnelle. En tous cas, en l’état, ces courriers n’étaient pas exploitable.

« va falloir mettre quelqu’un dans la confidence… quelqu’un de confiance qui sait lire l’Arabe. Ça va pas être du gâteau… » songea-t-elle.

 

Tout au long de la journée, elle pensa à ces lettres mystérieuses qui allaient sans doute lui en apprendre beaucoup sur son amie. Elle pensa aussi au journal de sa tante Agathe qui pourrait peut-être lui révéler un peu de son histoire à elle.

Pendant les cours, elle flotta. Son corps était présent mais sa pensée vagabonde. La réalité présente ne l’atteignait plus, les quelques piques désagréables qu’on lui envoya n’eurent aucun effet. Elle ne répondit pas, elle ne prit pas la fuite, non… elle passa son chemin sans voir, sans entendre, sans reconnaître.

Le coton qui l’enrobait était confortable et doux et c’est dans cet état d’esprit que se déroula sa journée au collège.

 

Son père l’attendait devant l’établissement, lui aussi était perturbé par la situation actuelle. Il se sentait observé et suivi, se retournait constamment pensant surprendre un éventuel agresseur ; dévisageant tous les hommes portant une casquette, s’imaginant qu’ils pouvaient être l’un des brigands. Mais il n’y avait ni bandit, ni tueur, rien que des gens normaux vaquant à leurs occupations ordinaires. Cette appréhension l’accompagna jusqu’à ce qu’il récupère sa fille. 

-       Alors ta journée ? tenta le père.

-       Bof… fit la fille

Puis, sur le trajet de l’hôpital, à bord leur vieille voiture, ils n’échangèrent pas un mot chacun préférant garder pour lui ses peurs. Maya, le nez collé au carreau du véhicule regardait sans les voir les passants, la ville et ses lumières.

- Joaquim va demander à prolonger sa permission pour rester davantage avec nous. Ça te fait plaisir ? finit-il par dire.

Maya la mine réjouie esquissa un petit sourire.

- Tu sais ma chérie, faut pas t’en faire on est là tous unis pour te protéger.

- Mais qui va protéger Ayma maintenant ? elle n’a plus personne. Chuchota la fillette.

- Elle nous a nous. On est là pour elle aussi, fais-moi confiance.

Ils étaient arrivés. Le chemin avait été long, le trafic, l’allure lente, et les pensées lointaines.

La portière claqua. Maya, droite, face à l’établissement gris s’engageait sur le passage clouté, lorsqu’elle se ravisa et revint sur ses pas. Elle se pencha vers la vitre baissée de son père.

- Je t’aime papa…

- Moi aussi je t’aime, ma petite fille...

Ils se séparèrent. Maya fila et s’engouffra dans le bâtiment.

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by maya.p.over-blog.com - dans Maya
commenter cet article

commentaires