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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 22:52

 

         

Pas de chance l’Autobus lui passa sous le nez, alors pour ne pas perdre de temps, Maya commença le chemin à pied jusqu’à l’arrêt d’après.

Marcher dans les rues illuminées en cette période de Noël n’était pas déplaisant. Le froid lui agressait les doigts et les joues, mais les odeurs de marron chaud l’enivraient. Elle profitait des sourires béats des tout petits enchantés par les couleurs vives, les lumières des devantures des magasins et les sapins de noël bien garnis.

Le bus suivant, s’arrêta et Maya ne fut pas fâchée de se mettre un peu au chaud. Son impatience s’amplifia, à mesure qu’elle se rapprochait de sa destination. Soudain son ventre se noua, elle était arrivée.

Maya connaissait la maison. Elle était composée d’un grand nombre de pièces, bien trop pour abriter un père et sa fille. La chambre d’Emma se trouvait à l’étage, tout au bout d’un couloir, loin des autres chambres et bureau de son père. La porte d’entrée d’époque, au bois finement travaillé, donnait sur la rue.

Maya s’étonna de la trouver entre ouverte. Elle la poussa délicatement, et entendit des éclats de voix, au loin. Poussée par la curiosité, elle se dirigea le plus discrètement possible vers les voix. Plus elle approchait plus son cœur se serrait  car il ne s’agissait pas d’une simple discussion. Enfin tout près, son cœur se fit encore plus petit dans sa poitrine. Elle réalisa alors qu’elle se trouvait au beau milieu d’une violente dispute. Cela ne la regardait pas mais c’était trop tentant. Elle tendit l’oreille et ouvrit l’œil.

L’altercation se déroulait dans le bureau de Monsieur Rénald et par chance la porte était entrebâillée. Maya vit deux silhouettes, l’une de grande taille et l’autre plus corpulente. Les deux hommes s’agitaient tandis que le PDG gisait sur le sol.

Maya tétanisée par la peur, ne pouvait décoller son œil de la fente ouverte au drame dont elle devenait le témoin.

- Qu’est ce qu’on fait maintenant, qu’il nous a surpris ? c’était pas prévu qu’il soit là, hein ? t’avais pas dit qu’il devait pas rentrer avant huit heure, hein ? Putain…On est dans la merde… dit le plus grand en piétinant.

Paniqué, incapable de prendre une décision, il s’en remettait à l’autre, plus calme.

- Alors ! tu peux pas me répondre ? On fait quoi ? s’énerva-t-il. En plus il nous a vu, il va pouvoir témoigner et puis moi je veux plus retourner en prison, tu comprends ? continua-t-il, en trépignant sur place.

- Tu la boucles, maintenant ! ordonna l’autre. Quand je t’entends jacasser comme une vieille poule ça me déconcentre… Bon, tu vas bien m’écouter, ok ? notre boulot c’est de récupérer la chose qu’on nous a demandé de trouver.

- Ouais, mais on l’a pas trouvée, coupa le grand, qui commençait à gigoter de plus belle.

- Je t’ai dit de m’écouter, t’as compris ? Non mais quel crétin !

- Hé ho, tu me parles pas comme ça, toi !

- Oh ! je sais pas ce qui me retient, grommela le gros en chopant le grand par le col et en le menaçant de sa main.

Aussitôt le grand pinça les lèvres pour réprimer un juron. Il semblait le moins malin, et c’est avec peu de conviction qu’il se défendit. Maya remarqua qu’il avait un bandage à la main droite mais elle ne pouvait pas distinguer les traits de son visage à cause de la visière de sa casquette rabattue sur ses yeux. Quant à l’autre il se trouvait dos à elle.

- On a quasiment tout visité dans la maison, y a même rien dans son coffre. On  le trouvera plus maintenant. Fouille-le.

- Pourquoi moi ?

Voyant son comparse hésiter, il insista en sortant une arme de sa poche.

- Ok, ok… il se pencha, puis se ravisa. Et si…

- Si quoi ? répéta le gros exaspéré.

- Et si la fille, elle a ce qu’on cherche ? l’autre, y risque de nous retrouver parce qu’on aura salopé le boulot et tu sais ce qu’il a dit, hein, hein ? y va nous buter, et puis aussi notre famille, s’inquiéta le grand.

Maya eut un haut-le-coeur, elle pensa immédiatement qu’on parlait d’elle.

- T’as pas de famille ! de quoi tu te plains ? fais ce que je te dis, après je le bute. La fille, elle est dans le coma, elle se rappellera de rien à son réveil. Elle, c’est plus qu’un détail maintenant. Fouille le, dépêche.

 Maya fut rassurée, ils ignoraient sa présence.

Le gros commençait à perdre patience. L’autre, retourna les poches de Rénald et  en sortit une petite enveloppe plastique à l’intérieur de laquelle il y avait une petite médaille bleue.

-       Ça y est ! je l’ai, dit le grand et brandissant l’objet !

Il jubilait comme un enfant après une chasse au trésor.

- T’es sûr ?s’enquit le gros.

- Ouais, regarde c’est bien elle, toute bleue avec l’étoile blanche…

Le gros attrapa le petit sachet et le glissa dans sa poche.

- Bon t’as la pièce a conviction pour faire accuser l’autre ?

- Ouais, ça été un jeu d’enfant pour lui voler.

Il sortit un vieux portefeuille de sa poche.

- y devait être accusé de vol mais pas de meurtre. Putain Jean-Marie dans quoi on a mis les pieds… Comment y s’appelle ce pauvre type. Il ouvrit le portefeuille et articula distinctement.

- Poulain, Guy Poulain.

- Ferme-la, non de dieu, lança le gros, visiblement de plus en plus agacé. On s’en fout c’est pas nos oignons et en plus, on va repartir avec un gros paquet.

Le grand jeta le portefeuille négligemment sous le bureau de Monsieur Rénald.

Quoi ? Maya n’en croyait pas ses oreilles, on voulait faire accuser son père du meurtre de Monsieur Rénald. Son sang ne fit qu’un tour. Il fallait qu’elle fasse diversion pour sauver le PDG et récupérer le portefeuille de son père. Mais comment faire ? Un dernier coup d’œil lui donna du cœur au ventre, le plus gros braquait le pistolet sur Rénald qui reprenait ses esprits. Il fallait trouver une solution et vite.

Maya avait remarqué que toutes les pièces de la maison communiquaient systématiquement entre elles par deux portes. Elle fit le tour du bureau en longeant le mur et s’aperçut qu’il ne faisait pas exception. Il fallait qu’elle attire l’attention au loin et qu’elle revienne par le bout du couloir pour atteindre la porte du fond du bureau.

À pas de loup elle se dirigea vers la pièce la plus proche. Une fois à l’intérieur, elle prit soin d’ouvrir la porte du fond qui donnait sur le couloir. Ensuite, elle s’empara d’un vase en faïence de grande taille et le lança de toutes ses forces sur le sol. Aussitôt les hommes réagirent, elle entendit des pas de course venant dans sa direction. Elle eut juste le temps de s’éclipser par la deuxième porte. Elle gagna l’entrée se situant derrière le bureau, sur la pointe des pieds. Elle n’était pas sûre qu’ils étaient sortis tous les deux de la pièce. Elle en eu la confirmation lorsqu’elle entendit des jurons.

- Bougre d’âne, t’avais pas dit qu’il n’y avait personne d’autre?

- Aie, arrête, aie ! tu me fais mal !

Maya compris alors que les deux malfrats étaient ensemble car le plus coriace donnait une bonne correction au plus bête.

Il fallait agir maintenant et discrètement. Elle se faufila dans le bureau, ramassa le portefeuille de son père à la hâte sans regarder autour d’elle et le cala dans la ceinture de son pantalon. Elle embrassa la pièce d’un bref regard et constata avec stupeur que le père d’Emma s’était volatilisé. Elle fut déboussolée l’espace d’un instant, mais pas plus car déjà elle entendait des pas rapides résonner dans le couloir et se rapprocher peu à peu.

- Je suis perdue. Se dit-elle.

Respirant à peine, elle guetta, pour être certaine qu’ils revenaient bien tous les deux. Elle s’enfuit sans bruit par le chemin emprunté précédemment.

- Où est-il passé ? hurla le plus gros. Nom d’un chien ! on l’a perdu.

- y s’est peut-être caché là, sous notre nez. Regarde, y a des portes et des recoins partout.

Maya compris instantanément, qu’elle devait détaler à toute vitesse. Elle s’élança dans le couloir, traversa en trombe l’appartement, atteignit le salon où elle se retourna et donna, avec son sac à dos, un grand coup dans le dossier d’une chaise qui bascula bruyamment sur le sol. Affolée par sa maladresse, elle bondit dans le jardin par la porte vitrée, espérant rejoindre une issue par l’extérieur. En quelques enjambées, légère comme le vent, Maya gagna le fond du jardin. Pas la moindre ouverture, seul, un yeuse se dressait. Elle s’agrippa à la branche qui se tenait à sa portée, se hissa et se dissimula dans un feuillage encore bien accroché. Haletante, la bouche sèche, elle s’obligea à être la plus calme possible.

L’homme à la main bandée déboucha et chercha autour de lui sans avoir l’idée de lever la tête. Il aperçut une autre porte vitrée entr’ouverte, il s’y engouffra.

Le danger écarté, Maya inspira un bon coup et prit son temps pour sortir de sa cachette. À l’instant où ses pieds touchèrent terre, un coup de feu retentit. Maya fit un bond, elle fut désorientée l’espace de quelques secondes. Dans un réflexe vital elle s’accroupit. Elle resta un moment immobile, incapable du moindre geste. Soudain, un chat approcha et se frotta à sa jambe. Cette manifestation chaleureuse la réconforta et la sortit de sa torpeur. L’animal se dirigea vers le coin ouest de la maison. Maya se décida à le suivre, elle rampa à quatre pattes dans les traces du félin. Un autre coup de feu retentit, puis un autre, et encore un autre. À chaque détonation le cœur de Maya s’emballait de plus belle, à chaque fois son souffle s’interrompait. Pourtant, elle se cramponna à la terre et s’achemina tant bien que mal, tremblante, vers un passage. Elle pénétra dans un semi tunnel, couloir interminable des chats errants, se dirigeant peut-être vers un destin tragique.

Un portail sans poignée et un abri  à bois bloquait le bout de l’allée. Une chaîne fermée par un cadenas robuste maintenait la porte close. Sous la base de la porte, un creux dans la terre permit au chat de se faufiler et offrait aussi, largement, le passage à une fillette fluette comme Maya. Elle poussa en avant son sac, se glissa dans la fente, rampa pour atteindre l’autre côté. Puis, se sachant à l’abri, elle se recroquevilla dans un angle, la tête enfouie dans ses genoux et sanglota.

 

Ce furent sans doute les voisins qui donnèrent l’alerte à cause du début d’incendie qui prit dans la maison. Maya, qui n’avait pas bougé de son refuge, se décida à en sortir  en entendant les sirènes. Il ne lui restait que quelques mètres à parcourir, ses jambes étaient molles, les quelques pas qui la séparaient de la rue lui parurent très longs. Il fallait pourtant sortir de cette impasse, il fallait surtout ne pas se faire remarquer.

Il y avait du monde autour de l’entrée de l’immeuble. L’enfant n’eut pas de mal à se frayer un chemin et se fondre parmi les badauds. Une ambulance était garée au coin de la rue, la police était présente aussi. La porte de la maison était ouverte, et comme dans une fourmilière, des gens entraient d’autres en sortaient, tous portaient un uniforme. Maya avait contenu sa frayeur, à présent se sachant en sécurité, la fillette se sentit nonchalante, ses jambes se  dérobèrent sous son poids, elle vacilla. Soudain une main épaisse l’empoigna, elle sursauta. Une vision d’effroi associée à une sensation de froid la saisit.

- Que fais-tu ici jeune fille ? Ce n’est pas un endroit pour toi, gronda, de sa voix grave, le Capitaine Piole en la secouant légèrement.

- J’avais rendez-vous avec Monsieur Rénald, assura Maya encore sous le choc des images qui s’étaient formées dans son esprit.

Ces paroles lui étaient sorties spontanément de la bouche. Elle n’avait pas menti mais elle n’avait pas réussi à dire précisément la réalité des choses qu’elle venait de vivre. Oui, elle avait rendez-vous, mais elle avait aussi assisté à l’agression. Pourquoi n’arrivait-elle pas à en parler au Capitaine ? subitement muette, elle blêmit.

- Qu’y a-t-il Maya ? s’inquiéta le Capitaine Piole. Ça ne va pas ? Tu es toute drôle… il lui prit les mains et lui palpa le front. Mais, tu es  toute glacée. Tu n’as rien à me dire ? Il la toisa d’un regard scrutateur.

Maya fit non de la tête. C’était trop difficile de parler, trop difficile de confier ce dont elle avait été le témoin.

- Allez file,  rentre vite chez toi. Lui ordonna-t-il.

Il prononça ces paroles avec un brin fermeté que Maya, qui le côtoyait régulièrement, n’avait jamais relevé dans son caractère. Sans doute lui aussi était-il sous pression. Il la regarda disparaître dans la foule. Maya ne pouvait quitter les lieux sans savoir. Aussi, elle rebroussa chemin, se posta derrière un attroupement assez dense pour la  dissimuler et tendit l’oreille afin de glaner quelques informations. Un  homme revenant de l’immeuble s’arrêta tout près d’elle et avertit un groupe de personnes.

- Il est mort, lança-t-il, le PDG est mort ! Une balle en pleine tête ! L’avait pas qu’à foutre les gens dehors, ce salaud !

- Ouais ça, c’est bien fait pour sa gueule…

Maya ne voulu pas en entendre d’avantage, elle fit profil bas et quitta ce lieu sinistre. Maintenant elle savait qu’Emma avait été attaquée, le doute n’était plus possible. Des larmes tièdes roulèrent le long de ses joues pâles.

 

 

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Published by maya.p.over-blog.com - dans Maya
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