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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 22:39

Le lendemain, Monsieur Poulain accompagna sa fille jusque devant la chambre d’Emma, mais depuis la mort de sa femme, il ne souffrait plus les hôpitaux. L’odeur qui planait, le blanc des murs le ramenait à cette maudite période de sa vie.

Il embrassa sa fille et la laissa affronter seule la dure réalité.

Lorsqu’elle entra dans la chambre blanche de l’hôpital, toutes ses idées abracadabrantesques la quittèrent. Emma était là, endormie sur son lit immaculé, les bras le long du corps posés pardessus le drap. Ses cheveux noirs encadraient son visage serein et tranchaient avec son teint pâle.

Au début, Maya ne sut pas quoi faire. Elle était triste de voir son amie inanimée et se sentait infiniment démunie et impuissante. Elle finit par s’asseoir sur une chaise à côté du lit, avec beaucoup de douceur elle prit la parole.

-  Emma, c’est moi, Maya. Tu vois, je suis là, je ne t’abandonne pas. Notre serment tient toujours !  Je voudrais tant t’aider, tu sais… Je voudrais Comprendre ce qu’il s’est passé. Si seulement tu pouvais m’entendre !

A cet instant, une infirmière entra dans la pièce. Elle tirait un gros chariot à deux étages sur lequel étaient disposés des flacons, du coton et une multitude de produits de soin.

- Elle t’entend ! dit-elle. Tu peux lui parler. Les personnes qui sont dans le Coma sont prisonnières de leur corps mais leur cerveau fonctionne. Tout ce que tu pourras lui dire, lui sera bénéfique. Tu peux même lui lire une histoire si tu veux… Maintenant, je vais te demander de sortir… je dois lui faire des soins, ça ne sera pas long.

Maya lâcha la main d’Emma. Elle avait eu une drôle de sensation à son contact. Des images, des flashs de coquillages multicolores, s’étaient imposés à elle. Maya sortit, ôta la blouse, le bonnet et les patins obligatoires pour la circonstance. Elle observa à travers les carreaux de la porte son amie, étendue et molle aux gestes précis de l’infirmière.

Pourquoi cette image de coquillage hantait tout son esprit ? Pourquoi se sentait-elle si vulnérable si fatiguée tout à coup ?

Elle traversa le long couloir blafard, plongée dans ses pensées. Elle aurait pu croiser le Président en personne qu’elle ne l’aurait même pas remarqué. Aussi sursauta-t-elle quand on l’attrapa par le bras.

- Tu es Maya, l’amie de ma fille, dit l’homme… Je suis son père.

Maya fut si surprise qu’elle ne put prononcer un seul mot.

Maya et Monsieur Rénald ne s’étaient jamais vraiment rencontrés. Tout au plus Maya l’avait aperçu à quelques reprises, mais de loin. En revanche, l’homme identifia facilement la fillette dont des clichés traînait ça et là dans la chambre de sa fille.

- Viens, lui dit-il, j’ai quelque chose pour toi. C’est bientôt ton anniversaire, non ?

- Oui, répondit-elle avec une petite voix.

- Emma t’avait préparé un cadeau. J’étais certain que tu viendrais… attends, je vais te le donner, il est là dans la chambre… Je reviens.

Une  minute plus tard, il rappliqua avec le paquet qu’elle avait entrevu à l’assemblée générale. Le trouble envahit Maya.

- Tiens, c’est pour toi. Je  sais qu’elle tenait beaucoup à te l’offrir.

- Qu’est ce que c’est ? s’étonna-t-elle ?

- Regarde…

Maya ouvrit le sac et en retira un petit ras de cou.

- C’est un collier de coquillages, poursuivit-il. Ils viennent de très loin, d’une île appelée le paradis.

- C’est magnifique, s’émerveilla Maya, elle examina l’objet aux couleurs flamboyantes.

«  Ce sont les coquillages que j’ai vu en prenant la main d’Emma ! » se dit-elle avec effroi. Elle eut la sensation étrange d’être une extraterrestre capable de recevoir des informations directement de cerveau à cerveau.

- Emma en possède un aussi, reprit Monsieur Rénald. Je lui ai placé dans la poche de sa chemise… Elle y tient beaucoup car ces deux colliers appartenaient à sa maman. C’est à peu près tout ce qui lui reste d’elle… Elle doit vraiment beaucoup t’aimer pour te l’offrir…

Il hésita quelques secondes

- On ne se connaît pas mais… j’aimerai bien discuter avec toi, ça te dirait de venir boire le thé demain après midi ?

Son regard implorant se planta dans les prunelles de Maya.

- eh bien, c’est que j’ai cours demain… mais je peux venir après… vers cinq heures, ça vous va ? répondit-elle spontanément.

- c’est Parfait…Au fait, rajouta-t-il avant de s’éloigner, le Capitaine Piole m’a téléphoné, Emma a eu un accident. Il ne faut plus que tu t’inquiètes à ce sujet. Il ne nous reste plus qu’à souhaiter qu’elle se remette vite.

Elle ne savait pas pourquoi, mais il lui sembla que cet homme lui mentait au sujet de l’accident d’Emma. Quelles pouvaient être ses motivations ? cherchait-il à la protéger ?

Ils se séparèrent et Maya ressentit un élancement à la tête. Elle se sauva rejoindre son père qui l’attendait à l’accueil.

- Papa ! dit-elle. J’ai très mal à la tête, tu sais là. Elle montrait le côté gauche de son crâne. Il ne me reste plus beaucoup de comprimés pour mes douleurs, tout juste trois. ( Elle en ingurgita un. ) Il faudrait que j’aille voir le Docteur Masson.

- Demain je te prendrai un rendez-vous. Dis-moi… comment elle va Emma ?

- Elle va comme peut aller quelqu’un dans le coma papa. Mais tu dois en savoir quelque chose, non ?

Elle faisait allusion à sa mère qui était restée dans le coma durant plusieurs semaines avant de s’éteindre. La question embarrassa son père car il n’aimait pas parler de cette période difficile de sa vie. Il se tut, comme il l’avait toujours fait jusqu’à présent. Maya le relança.

- Tu ne m’as jamais expliqué pourquoi elle s’est retrouvée dans cet état.

- Papa, je veux savoir, j’en ai le droit, dit-elle en le regardant directement dans les yeux. J’aurai treize ans dans cinq jours, tu avais promis… il faut que je sache, papa…

Monsieur Poulain se leva, courbé en avant. Il se déplia lentement afin d’obtenir une posture stable. Puis, il posa son bras autour des épaules de sa fille et la pressa affectueusement contre lui.

- Rentrons, dit-il. Je vais tout t’expliquer… 

 

Ils arrivèrent dans leur modeste maison du quartier des Odes. Le mois de décembre était particulièrement rigoureux cette année, aussi Monsieur Poulain  fit un bon feu dans la cheminée. Les bûches de bois sec craquèrent lorsque la flamme parvint à les lécher. Armé d’un soufflet l’homme attisa le feu qui peu à peu emplit, de sa douce chaleur, le petit salon. Maya, emmitouflée dans le gros pull râpé qui lui servait de robe de chambre et ayant gardé ses mitaines, s’était recroquevillée dans le vieil et unique fauteuil de la pièce.  Son père la couvrit d’une polaire épaisse et la frictionna vigoureusement.

- Je vais nous faire un bon chocolat chaud et deux tartines au miel. Qu’est ce que tu en dis ? lui entonna-t-il. Il avait dans la voix une gaîté contredite par l’expression abattue de ses yeux.

Maya hocha la tête pour signifier son approbation. Seuls, le bout de son nez et ses beaux yeux clairs étaient encore visibles sous le monticule de vêtements qui la couvraient.

Quelques minutes plus tard son père revint avec un plateau sur lequel les deux chocolats fumaient et les tartines dégoulinaient du miel de mille fleurs. Il le posa sur le petit guéridon en bois tout près de Maya. Une effluve sucrée piqua les narines de la fillette qui poussa un petit soupir et se détendit. Lui, tira une chaise et s’installa le plus confortablement possible. Il ne savait pas par quel bout commencer. Il fixa le petit guéridon aux courbes élégantes et fines, puis il prit une gorgée de chocolat chaud et se lança.

- Tu vois ce guéridon Maya ? 

Elle se retourna vers l’objet, surprise du démarrage leur conversation.

- Eh bien, continua-t-il, c’est moi qui l’ai conçu et façonné de mes propres mains. À l’époque c’était mon métier, je dessinais, imaginais et réalisais des meubles. J’ai appris mon métier avec le vieux Rubis que j’aime comme un père, tu le connais nous allions souvent  lui rendre visite pendant l’été, autrefois. Cet homme avait des mains d’or et m’a transmis sa passion pour le bois. C’est lui qui m’a aidé à m’installer. Il m’a prêté les outils et m’a même trouvé le local où je me suis établi. Je vivais une époque heureuse, petit à petit j’ai réussi à maîtriser mon art et les affaires ont commencé à marcher. Alors je me suis dit qu’il était temps de fonder une famille. J’ai pris pour épouse Myriam une amie d’enfance, je la connaissais bien, c’était une brave fille. Nous nous aimions bien et je pensais qu’on serait heureux tous les deux, j’ai compris bien des années plus tard que pour former un couple cela ne suffit pas. Aussi, après la naissance de tes frères les disputes ont commencées. Nous n’étions jamais d’accord et elle ne voulait pas que je mêle de l’éducation de mes enfants. J’ai essayé de faire des efforts, malheureusement rien de ce que j’entreprenais ne la satisfaisait. Petit à petit je me suis lassé des conflits perpétuels et je me suis investi davantage dans mon travail que j’adorais…(il marqua une pose, but un peu de son chocolat et repris sa respiration pour continuer) Un jour, une cliente est venue me faire une commande, c’était ta maman. Dès le premier coup d’œil, je suis tombée amoureux d’elle et elle aussi je crois. Elle était douce, blonde avec de grands yeux clairs comme toi. Elle venait souvent à l’atelier surveiller l’évolution de la console que je fabriquais pour son père. Au fil de nos entrevues, nous avons sympathisé jusqu’au jour où je l’ai invitée à dîner. Je m’en souviens comme si c’était hier. Le restaurant, les couleurs de sa robe son parfum enivrant… Quelle soirée merveilleuse ! ce fut magique. C’est ce jour là, le vingt deux septembre que notre histoire a commencé. Nous nous sommes aimés dans la clandestinité pendant des mois. Ce furent les mois les plus heureux mais aussi les plus difficiles de ma vie tant j’étais tiraillé par ma double vie. Mais, je ne voulais faire de peine à personne.

Maya regardait son père d’un œil scrutateur, elle goûtait chaque parole, chaque mot avec intensité. Elle découvrait un père inconnu jusqu’alors, un père heureux. Ce n’était pas celui qu’elle avait entendu pleurer si souvent le soir, c’était un autre homme.

- Et puis, continua-t-il, ta mère est tombée enceinte. Il a fallu que j’avoue tout à Myriam et que je demande le divorce pour pouvoir épouser Jade, ta maman. Mais Myriam a eu du mal à accepter. J’ai abandonné ma maison, je vivais dans mon atelier en attendant de pouvoir m’installer avec ta maman. Puis, Myriam a  finalement décidé de partir de la ville en emmenant mes garçons. Je les ai perdus de vue pendant des années. Les choses se sont calmées et la vie a repris son cours. Tu es arrivée au monde un jour de neige. Tout était blanc dehors, on aurait dit que la nature s’était immaculée pour te recevoir, comme pour accueillir un ange. Tu étais si jolie que toutes les infirmières étaient tombées en extase devant ton berceau. Je me souviens encore, lorsque je t’ai prise dans mes bras. Nous étions près de la fenêtre et je t’ai montré les étoiles qui étincelaient ce soir-là. Ah ! que je voudrais tant retrouver ce bonheur passé !                                      

Après l’accouchement, la santé de ta maman s’est dégradée. Sa tête était douloureuse et les fièvres l’ont prise. Elle avait des hallucinations, entendait des voix et voyait des images atroces. Moi, je devais continuer mon travail, je n’avais pas la tête à ça, mais il fallait payer les factures. Alors, ta tante Agathe, la sœur jumelle de ta maman, est venue nous épauler. Elle aussi avait une enfant en bas âge. Je la connaissais très peu car elle vivait à plusieurs centaines de kilomètres de chez nous. Mais ce que je peux te dire, c’est qu’elle s’est occupée de ta maman admirablement. Elle lui préparait des décoctions pour la calmer, l’alimentait comme un nourrisson, lui parlait, la massait... Elle est restée plusieurs mois à son chevet, hormis le dimanche où elle allait rejoindre son ami, un jeune étudiant, le père de sa fille. Petit à petit, Jade a repris quelques forces. Un jour, elle est sortie toute seule… il marqua une pose, et la gorge serrée il continua.

Ce jour-là on l’a retrouvée mourante dans les bois. On a pensé à un accident, une mauvaise chute car elle était encore fragile. Seule Agathe était persuadée qu’il s’agissait d’une agression. Je me souviens bien de sa colère et de ses larmes. Elle se sentait responsable. La dernière fois que je lui ai parlé elle m’a dit : « Guy, je te le jure, je trouverai le coupable ».

Maya eu un sursaut, elle ne put s’empêcher de faire le rapprochement avec sa propre réaction au sujet d’Ayma. Elle avait donc une tante Agathe ! Elle ouvrit plus grand les yeux comme si elle allait plus facilement capturer les mots prononcés par son père.

- Et puis elle a disparu, continua Monsieur Poulain, personne ne l’a plus jamais revue. Le père de ta maman, ton grand père, n’a pas supporté la disparition de ses deux filles. Il s’est éteint l’hiver suivant d’une mauvaise grippe. Qu’il repose en paix… il nous a légué tout un tas d’objets et de papiers que je n’ai jamais eu le courage de trier. Il y a sans doute des photos de ta mère et de sa sœur. Tout est au grenier dans un coffre, si tu veux y jeter un coup d’œil…

- et le mari d’Agathe, il est devenu quoi ? tu le sais ?

- Non, après la mort de ta mère, j’ai plus eu envie de rien… j’étais détruit. Je n’ai tenu bon que pour toi… j’ai même abandonné mon métier de menuisier… j’ai préféré repartir de zéro dans l’usine KOOR. On m’a donné ma chance et voilà, ma chérie… il faut encore recommencer.

Il se leva, le visage serein, sans nul doute heureux de s’être délivré d’un poids.

- maintenant, si tu veux bien, je vais aller m’allonger un peu… ah oui ! j’allais oublier. Le petit guéridon là, c’est le meuble que ta maman m’avait commandé pour son père.

Il s’éloigna nonchalamment et Maya resta avec toutes les images, les moments de la vie de son père. Le cœur débordant d’émotion, elle pensa au coffre dans le grenier à côté duquel elle était passée maintes et maintes fois sans savoir quoi que ce soit des précieuses informations qu’il détenait. Elle allait enfin comprendre bien des choses. Pour l’heure elle était bien trop fatiguée pour entreprendre des recherches, elle se laissa bercer par flamme chaleureuse et s’endormit profondément.

 

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Published by maya.p.over-blog.com - dans Maya
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