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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 17:33

Le lendemain Maya et son père se préparèrent pour le rendez-vous. La fillette choisit les affaires les plus élégantes à ses yeux. Elle voulait faire bonne impression si ses espérances se révélaient vraies. Elle avait sorti de sa garde-robe un joli pantalon en velours brun foncé, orné de broderies sur le bas, et un chemisier à fleurs roses ainsi qu’un pull violine tricoté par Mamie. Elle vérifia que son collier de coquillage était en place autour de son cou et y rajouta la chaîne et le médaillon que Mamie lui avait offert.

Elle coiffa méticuleusement ses cheveux et les agença de sorte qu’ils eurent un peu plus de volume. Elle contrôla le contenu de son sac à dos. La stalactite de Robin rejoignit le journal d’Agathe et la lampe de Joachim dans la poche frontale. Elle passa son joli manteau en laine rouge et ses bottines fourrées, elle était fin prête.

Quant à Monsieur Poulain, il revêtit un vieux costume démodé qui avait peu servi. Il noua sa cravate assez maladroitement, récupéra un petit mouchoir en dentelle en guise de pochette et pesta contre lui lorsqu’il découvrit qu’il avait égaré un bouton de manchette. Ah ! Il avait fière allure dans son veston noir à lignes grises et ses mocassins de cuir ombré.

Il endossa le duffle-coat que Robin voulu bien lui prêter. Lui aussi était fin prêt.

Leurs tenues respectives furent  saluées par l’exclamation admirative de Robin qui les embrassa chaleureusement et les mit pratiquement à la porte. Puis, le père et la fille prirent place dans la voiture et ils démarrèrent. Ils ne desserrèrent pas les dents pendant la route. Monsieur Poulain était concentré sur sa conduite un peu plus dangereuse en ces temps de neige et de verglas. Maya, elle, laissait vagabonder son imagination au gré des paysages qu’elle s’amusait à apparenter à des animaux ou des humains. Elle avait développé ce sens du fabuleux dès l’enfance pour dédramatiser ses inquiétudes ou ses peurs.

 

Ils arrivèrent les premiers dans le restaurant. La salle était vaste et claire, on avait disposé des plantes vertes tout autour de la baie vitrée qui donnait sur la rue. Cette décoration conférait au lieu des allures de jardin, de fraîcheur estivales. On avait aussi mis l’accent sur un mobilier, dépareillé avec goût, qui offrait un joli cachet à l’ensemble de la salle. Sur chacune des  tables, était dressée de la vaisselle  aux formes peu ordinaires car sans doute dessinée par un artiste.

On les accueillit avec courtoisie, on les débarrassa de leurs manteaux et on les conduisit à la table réservée par Laura Simon.

Le père et la fille intimidés par la beauté de l’endroit prirent une pose peu naturelle. Ils se sentaient mal à l’aise et pas à leur place. Les seuls restaurants qu’ils avaient coutume de fréquenter étaient des établissements familiaux où l’on cuisinait des plats courants mais goûteux ou bien à la Pizzeria « chez Mama » car ils étaient friands de cuisine italienne.

Les minutes passaient avec la lenteur du parcours d’un escargot sur une feuille de vigne. Ici, ils osaient à peine respirer, « chez Mama » il y avait toujours du bruit, les gens parlaient fort et riaient aux éclats quelques fois. Cela devenait de plus en plus stressant, quand deux élégantes femmes entrèrent dans le restaurant.

« Etaient-ce elles ? n’étaient-ce pas elles ? » Maya les scruta de son regard clair et franc.

- Papa ! Ce sont elles, chuchota-t-elle.

En effet, elles se dirigèrent droit sur eux et leur tendirent la main pour les saluer.

- Bonjour Monsieur Poulain, bonjour Maya. Je suis Laura Simon et voici Marie mon amie.

Laura Simon était une grande fille rousse. Elle portait ses cheveux très courts, à la garçon, d’ailleurs elle en avait l’allure avec ses vêtements qui flottaient sur son corps longiligne. Elle portait un jean ample et un chemisier blanc qui retombait par dessus. Son maquillage était discret, seulement un peu d’ombre à paupière et du Rose sur les lèvres. Elle était charmante. Sa compagne, Marie, était brune  et ses cheveux épais retombaient en cascade sur ses frêles épaules. Sa tenue était plus féminine, même si en ces temps de rudesse hivernale on préférait le pantalon aux robes. Le sien était en toile noire, sur le haut du corps, elle portait un bustier de coton écru dont les manches étaient froncées sur le bas. Elle avait orné son décolleté  d’un pendentif en verre de Murano. Son visage était mis en valeur par un maquillage léger. Son regard de braise hypnotisa Maya et son père.

- Vous avez regardé la carte en nous attendant ? demanda Laura, pour briser le charme.

Le père et la fille firent non de la tête. Ils ne lâchaient pas des yeux Marie.

Marie, elle, semblait s’efforcer à retrouver des bribes de mémoire. On la sentait mal à l’aise, hésitante.

- Merci Maya d’avoir accepté de venir, finit-elle par dire… Tout en parlant elle tournait, entre ses doigts délicats, la serviette de table bleu pâle pour se donner une contenance. Ses yeux cherchaient, désespérément, au loin une accroche providentielle. J’ai… Continua-t-elle, hésitante. Je… Je crois au plus profond de moi que je te connais… J’ai eu, je crois, une sœur qui te ressemble si fortement...

Maya avait concentré toute son attention sur Marie. Si elle avait regardé son père elle aurait pu voir son visage s’allonger. Elle aurait pu voir ses yeux se brouiller de larmes retenues. Elle aurait pu remarquer sa poitrine qui se soulevait à intervalles rapides.

Il se leva, soudain, et se jeta dans les bras de Marie.

- Agathe ! Bon dieu ! Je te croyais morte ! et il éclata en sanglot.

Ils restèrent là, un moment, enlacés. Lui tremblant d’émotion, elle le caressant affectueusement.

On lui apporta de l’eau et Maya l’aida à s’asseoir.

- Agathe, tu es la sœur jumelle de Jade la mère de Maya…

- Vous en êtes certain Monsieur Poulain ? demanda Laura.

-  Oh que oui, j’en suis certain ! Je vous le jure sur la tête de ma petite Maya la prunelle de mes yeux. 

- Pourquoi ma sœur n’est-elle pas avec vous ?

- Pour une simple et bonne raison, Jade est morte il y a dix ans.

Monsieur Poulain raconta la maladie de Jade quelques mois après la naissance de Maya. Il lui expliqua combien elle avait été d’un secours inestimable en s’occupant de Jade pendant des mois. Il répéta les mots qu’elle avait prononcé après la mort de sa sœur, « Guy je te jure je trouverai le coupable. ».  Il lui signifia qu’elle était la seule à penser qu’il s’agissait d’une agression et pas d’un accident et que c’est peu après lui avoir parlé qu’elle avait disparu. Il lui apprit qu’elle avait une enfant et un petit ami qui à l’époque faisait des études. Mais, il pleura abondamment en lui avouant qu’il ne savait pas où ils étaient et ce qu’ils étaient devenus car après la mort de Jade plus rien n’avait compté à ses yeux, seulement de survivre pour Maya. Il ne se souvenait même plus du prénom de la fillette ni du nom de son père, ce garçon qu’il n’avait rencontré que deux ou trois fois.

- J’ai tout oublié Agathe, et puis nous nous connaissions si peu. Tout ce que je peux te dire c’est qu’à l’époque tu vivais à plusieurs centaines de kilomètres d’ici dans la petite ville de Maguelone et que ta fille doit avoir à peu près l’âge de Maya.

- Alors j’ai une enfant, fit Agathe pensive. Je m’en doutais… Peut-être me reste-t-il encore un peu de famille ici ?

- Malheureusement, non. Ton père est mort de chagrin après ta disparition. Non… Il ne te reste que nous ici. 

-  Avec ces informations tu vas pouvoir faire des recherches sur ta fille, intervint Laura. On fera paraître des annonces dans la presse, on va monopoliser toutes nos connaissances et tu verras on retrouvera ta fille. Vous avez peut-être conservé des documents, des photos ? demanda-t-elle à Monsieur Poulain.

Mais avant que son père ne réponde, Maya prit la parole.

- Oui, on a un grand coffre à la maison avec des photos et du courrier, et il y a même des jouets et des petits vêtements de bébé… Et j’ai trouvé ce journal qui vous appartient, ajout-t-elle en tendant l’objet à Agathe.

Agathe saisit le cahier avec émotion, sa gorge se noua lorsqu’elle l’ouvrit et reconnut son écriture maladroite et illisible. Elle seule pouvait la déchiffrer sans effort.

Pour rompre ce silence lourd de souvenirs, lourd de souffrances, Laura prit à nouveau la parole.

- C’est fabuleux ! vous rendez-vous compte ? Je suis tellement heureuse pour toi Marie ! Maintenant c’est peut-être à moi de vous expliquer ce qui s’est passé pendant tout ce temps. J’ai rencontré Marie, excusez-moi Agathe, il y a environ six ans. Je suis médecin dans un hôpital et ce jour là j’allais finir ma garde lorsqu’on m’a emmené une jeune femme famélique et malade, très malade. Mon collègue était en retard et j’ai décidé de prendre cette patiente qui si on ne s’occupait pas d’elle en urgence risquait de perdre la vie. Elle souffrait de divers symptômes, la malnutrition était le plus évident. On l’a mise sous perfusion immédiatement, puis on s’est attaqué au reste. Il lui a fallu plusieurs mois pour se remettre sur pied. Je pense qu’elle a subi un choc psychologique important après que vous l’ayez vue pour la dernière fois. Elle a sans doute erré pendant un temps, puis elle a été accueillie par une communauté au sein de laquelle elle a dû travailler dur  et subir des pressions importantes. Ils ont fini par l’abandonner, c’est comme ça qu’elle est arrivée dans mon service. Bien entendu, elle n’avait plus de papiers d’identité depuis des années peut-être même depuis sa disparition. On s’est employé a lui en donner une nouvelle. Peu à peu, nous sommes devenues des amies. Elle s’est formée et est devenue mon assistante. Voilà, elle n’a jamais refait sa vie… Depuis des années nous multiplions les recherches mais en vain. Il a fallu cette photo dans ce journal local, qui en plus n’est pas diffusé dans notre région car nous vivons à cent kilomètre d’ici.  Quelqu’un l’a oublié et c’est le hasard qui a fait que Marie soit tombée dessus. Cette histoire est sans doute complètement dingue, mais quel bonheur, n’est-ce pas ?

Le serveur arriva juste à ce moment pour prendre la commande et attendit patiemment que chacun eut choisi. Le repas se déroula agréablement, Monsieur Poulain et Maya promirent d’Aider Agathe dans ses recherches. Maya les convia à sa fête d’anniversaire le dimanche suivant. Elles acceptèrent avec joie. Ils apprécièrent le repas et découvrirent des goûts nouveaux, très différents de leur alimentation habituelle.

Lorsqu’ils se quittèrent sur le pas de porte du restaurant, Agathe serra Maya dans ses bras si fort que la fillette en perdit presque la respiration. Ce contact direct déclencha en elle des flashes troublants. Cela faisait quelque temps qu’elle n’avait pas été en proie à ces désagréments étonnants, et cette fois-ci les symptômes furent décuplés. Sa tête se fit lourde et douloureuse, sa température monta brusquement et Maya perdit connaissance.

Les images étaient brouillées et sans dessus dessous, il y avait des fillettes l’une brune et l’autre blonde, et puis des visages inconnus tournoyant au dessus d’elle. Et tout d’un coup, l’agression… Mon dieu ! c’était lui, c’était le MONSTRE, elle le voyait à travers les yeux d’Agathe. Quel être effroyable ! quelle immonde bête ! Maya ressentait les sensations d’Agathe, la terreur se mit à l’envahir. Mais elle désirait le voir, regarder son visage en face pour l’identifier. Il avançait droit sur elle menaçant, « montre toi, allez montre ton vrai visage, vas-y !» pensa Maya. La figure du Monstre se brouilla et un autre visage apparut, celui d’une enfant brune comme Agathe. « Je connais cet enfant pensa Maya, je connais ses traits… »

Maya reprit connaissance, allongée dans le canapé du restaurant. Les visages de son père, d’Agathe et Laura étaient penchés sur elle et on pouvait y lire l’inquiétude et la compassion. Monsieur Poulain L’aida à se redresser et comme elle se plaignit de la tête, il lui fit prendre son comprimé accompagné d’un verre d’eau.

Maya reprit des couleurs et grâce au morceau de sucre qu’un serveur lui apporta sur une minuscule assiette aux bords taillé en dentelle, elle retrouva un peu d’énergie.

Maya étant remise de son petit malaise, tout le monde quitta  le restaurant en se donnant rendez-vous pour la fête de la fillette.

A la voiture le père et la fille se retrouvèrent et purent enfin se parler. Monsieur Poulain ne démarra pas tout de suite.

- Qui aurait dit que nous retrouverions la sœur de ta maman ? Cette histoire est merveilleuse, non ? ça nous met un peu de baume au cœur, après tous ces malheurs. Se confia Monsieur Poulain.

-  C’est vrai papa, moi qui pestait après ce journaliste ! c’est quand même grâce à lui qu’elle a pu nous retrouver… papa !

- Oui ?

- Je crois qu’on va découvrir d’autres choses encore. Je le sens…

- Quoi d’autre mon ange ?

- C’est une sensation que j’ai en moi, elle me brûle la tête.

- Tu as mal ?

- Ce n’est pas une douleur, papa, ce sont des pensées, ce sont des images qui me viennent et qui me hantent.

Il l’attira tendrement contre lui et frotta doucement son crâne avec la paume de sa main pour en chasser les visions néfastes.

- Tout ceci va s’effacer, ma chérie, je te le promets…

Puis, il lui donna un baiser. Des larmes d’impuissance ruisselaient dans le creux de ses joues.

 

 

 

 

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Published by maya.p.over-blog.com - dans Maya
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