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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 17:03

Monsieur Poulain adorait sa fille par-dessus tout. Il connaissait parfaitement ses goûts et cette année plus que les autres il avait eu envie de la gâter. Tant de malheurs s’étaient enchaînés ces derniers temps qui avait accablé son petit ange qu’il se serait coupé en quatre pour la satisfaire.

Il avait concocté un petit plat à base d’épices de curry chères aux yeux de sa fille. En effet, elle était friande de plats et produits exotiques. Il avait assorti la viande de légumes frits et d’une semoule légère et dorée.

- Hum ! ne put s’empêcher de dire Maya en humant le parfum sucré du mets qui lui était destiné. Je parie qu’il s’agit de poulet au curry, non ?

- Bien vu ! tiens installe-toi et mangeons.

Et les voilà, tous deux, se faisant face et se délectant du repas. Le père et la fille ne s’étaient pas retrouvés dans un moment aussi intime depuis bien longtemps, depuis des lustres. Pourtant, ils n’échangèrent que quelques remarques sur le goût des aliments, la forte fièvre de Maya ou d’autres propos très banals. À aucun moment, ils n’abordèrent le sujet du coma d’Emma et tous les évènements qui s’en était suivis. Tant et si bien que pendant ce laps de temps les pensées de la fillette ne convergèrent plus vers les trop fortes émotions qu’elle avait connues depuis peu.

Ils rirent volontiers en évoquant la bataille de boules-de-neige et bien d’autres souvenirs agréables.

Maya avait repris des couleurs et du poil de la bête avec le régime que lui avait imposé son père. Les jus d’orange, les petits plats et sa bonne humeur tout cela avait contribué à ragaillardir la jeune fille.

Son père était gai ! combien d’année s’étaient écoulées sans qu’il ne desserre les mâchoires. Il avait fallu une succession de malheurs pour qu’enfin il se délivre de son poids, de sa souffrance.

Maya en profita pleinement, un papa heureux, elle en rêvait… c’était déjà ça…

Puis vint le moment du gâteau et de la remise du cadeau. Monsieur Poulain jubilait comme si le paquet devait lui être remis à lui.

Il quitta la pièce et revint avec une grosse boîte rectangulaire.

- Bon anniversaire ma belle, prends c’est pour toi. Il posa le paquet sur le lit de Maya.

Pendant que Maya se débrouillait avec son cadeau, il continua à lui parler, comblant ainsi le silence.

-Tu l’as bien mérité… Tu es une excellente élève, une fille adorable… Une jeune fille adorable ! treize ans c’est l’âge de raison…Bon, j’espère que tu vas apprécier et que…

- Oh ! papa ! mais tu as fait une folie ! Un ordinateur portable ! s’écria-t-elle en se jetant dans les bras de son père.

- Non, rien n’est assez beau pour mon ange ! Dit-il en la cajolant.

- Comment tu savais que j’en avais envi ?

- j’ai mené ma propre enquête. Répondit-il avec un  air mystérieux. Je t’ai aussi pris une connexion internet pour tes recherches et tes exposés ce sera plus pratique que d’aller à la bibliothèque.

- Mais papa c’est très cher tout ça, comment tu vas faire pour payer maintenant que tu n’as plus de travail ?

- Ne t’inquiète pas pour ça… c’est quelque chose qui me regarde moi, pas toi. Et puis, j’ai quelques économies… Alors, tu vois, penses à toi et à ton plaisir… D’accord ?

- Mon papa, je t’aime très, très, très fort. Dit-elle en se pressant contre lui.

 

Tout à coup un grand boum dans la porte d’entrée  des pas forts et appuyés résonnèrent dans le vestibule. Aussitôt Maya et son père prirent une attitude de méfiance.  Maya repoussa son ordinateur au milieu de son lit comme pour le protéger d’une éventuelle agression.

Le père et la fille s’immobilisèrent serrés l’un contre l’autre, saisis par la venue impromptue de l’intrus. La détente de la soirée céda la place à une vive angoisse.

Des mots furent échangés, l’une des voix était grave et enrouée, l’autre beaucoup plus discrète. Puis la porte claqua et l’on reconnut la voix de Robin qui héla de l’aide.

Aussitôt Monsieur Poulain, se précipita dans les escaliers pour se porter au secours de son fils. Maya quant à elle eut le réflexe de regarder par la fenêtre. Au loin, une silhouette s’éloignait à grands pas, l’homme portait une casquette…

 

La vue de l’homme à la casquette remplit d’effroi le cœur de Maya qui d’instinct s’élança au-devant de son frère en espérant qu’il ne fut pas blessé. Au moment où elle emprunta l’escalier, elle se demanda s’il ne s’agissait pas d’un avertissement à l’encontre de sa famille. Cette pensée la glaça et un frisson la parcouru, provoquant une onde qui ébranla son squelette en entier. Lors de ce hoquet, elle entendit nettement le son de ses os s’entrechoquant. Cela n’arrêta pas sa course pour autant, pressée qu’elle était de retrouver Robin.

La première vision qu’elle eut du garçon fut cauchemardesque. Son visage  était recouvert du sang coulant de son arcade droite. Elle avait probablement éclaté sous un coup violent. Ses paupières gonflées recouvraient ses yeux. Elle l’observa sans pouvoir prononcer un mot. Il était appuyé contre le mur de l’entré, le visage déformé et bouffi, les mains tremblantes. Monsieur Poulain s’était rendu à la cuisine pour trouver un linge propre et une bassine d’eau tiède afin de le nettoyer.

Maya dévisagea son père qui revenait, des larmes plein les yeux. Elle s’agenouilla près de Robin et éclata en sanglots. Robin impuissant, les bras ballants, se laissa docilement soigner par son père.

- Bon dieu ! Bon dieu ! ne pouvait s’empêcher de répéter Monsieur Poulain.  Il pansait les plaies de son fils avec une douceur extrême.

- Qu’est-ce qui s’est passé mon garçon ? reprit-il.

- Une mauvaise rencontre.

- Je l’ai vu par la fenêtre, c’est l’homme à la casquette. Intervint Maya, pleine de colère.

- Cet homme-là est une bénédiction, c’est lui qui m’a sauvé de mon agresseur. Souffla Robin. Je vais tout vous expliquer, mais s’il te plait, papa, aide-moi à me relever et amène- moi dans le fauteuil que je détende mon corps. Je me sens tout endolori.

Monsieur Poulain s’exécuta et à petit pas il traîna péniblement son fils dans le salon, car il faut dire que Robin était d’un gabarit bien plus carré et Robuste que son père. Il l’installa près du feu qui se mourait dans la cheminée. Une bûche suffit à le relancer grâce aux quelques braises qui subsistaient. Fripon le chat se frotta aux jambes de Robin, il semblait, lui aussi, participer au réconfort du garçon.

Le père et la fille  se rapprochèrent, et attendirent, attentifs, les explications de Robin. L’atmosphère était empreinte de gravité. Sa réaction, une fois réconforté, fut des plus singulières. On aurait pu croire qu’il aurait hâte de se livrer car le moment et le lieu étaient propices à la confidence. Au lieu de cela, il partit dans un grand éclat de rire qui dura plusieurs minutes et presque une éternité pour Maya. Monsieur Poulain et la fillette se regardèrent sans comprendre.

- Robin ! qu’est ce qu’il te prend ? parle mon garçon. Lança le père.

- Excuse-moi, c’est la pression qui redescend… J’ai du mal à me contrôler…et il s’esclaffa de plus belle.

De nouveau, Maya et son père se lancèrent un regard de complicité. Leurs yeux s’étaient arrondis en signe d’interrogation, un sourire se dessina sur leurs lèvres. Le rire se communiqua et bientôt tous les trois furent hilares.

La franche rigolade dura encore quelques minutes, puis, ayant repris leur respiration, tous trois se calmèrent et Robin raconta.

- Ah ! ça fait du bien de se gondoler un peu… Bon, alors commençons par le début. Comme je vous l’avais expliqué, on devait faire une descente dans les catacombes pendant deux nuits d’affilée. On avait bien préparé notre petite excursion, pas vraiment comme lorsque nous prospectons des grottes en pleine nature car c’est moins dangereux. Enfin, du point de vue de la nature. Mais on avait préparé tout ce qui nous semblait nécessaire, à savoir : des lampes, de l’eau des cordes et des radios au cas où se perdait de vue. Hier  on a tracé notre itinéraire pour le soir en nous servant de différents plans et du cadastre. Tout baignait, on s’est engouffré dans les boyaux de la ville en se faisant des petites peurs, histoire de rigoler quoi !

On a suivi notre itinéraire à la lettre. Au début, tous les repères correspondaient bien au plan. Là, on a bien déliré tous les Huit…

- Tu n’avais pas dit que vous seriez quinze ? rectifia Maya.

- Oui, c’est vrai… En fait, on a eu quatre désistements au dernier moment et trois filles se sont dégonflé une demi-heure après le départ. On a chahuté, elles ont pas apprécié du tout ! il faisait noir, il y avait des bruits… Bon, voilà... Donc, on s’est retrouvé à huit dont deux filles, les plus courageuses, bien entendu. La traversée devait se faire en quatre heures au maximum, si on ne s’arrêtait pas en route pour observer toute la zone dont on nous avait parlé…

- Qu’est ce que c’est la zone ? questionna Maya.

- Comment t’expliquer ? ce sont des gens qui vivent en marge de la société et qui se retrouvent là-dessous pour faire des concerts par exemple. Il y en a qui  y vivent. D’autres qui ne font qu’y passer comme nous. Il y a aussi des immigrés qui s’y cachent en attendant d’avoir des papiers et d’être en règle avec la justice. On y trouve des loubards aussi, des gens violents et un peu fous, la preuve… dit-il en montrant ses blessures.

Donc, nous voilà engagés dans les entrailles de la ville depuis près de quatre heures et même plus peut-être, sans croiser la moindre personne et avec le sentiment que nous tournions en rond lamentablement. Les esprits ont commencé à s’échauffer et un sentiment de lassitude s’est emparé d’une bonne partie du groupe. On n’était que quelques-uns à garder notre calme et l’on passait beaucoup de temps à rassurer les autres. Il y avait un hic dans notre itinéraire et l’on n’arrivait pas à le dénicher. Finalement, on s’est décidé à y aller à l’aveuglette et de…

- Qu’est ce que ça veut dire à l’aveuglette ? demanda Maya.

- Si tu m’interromps toutes les minutes, j’y arriverai jamais… à l’aveuglette, au hasard, au pif, quoi ! Bon, j’en étais où ?

- Vous avez pris un chemin au pif, affirma Maya qui suivait avec grand intérêt le récit de son frère.

- Ah oui, voilà… On a choisi d’aller à droite plutôt qu’à gauche à un point d’intersection. Et finalement on a enfin trouvé le passage qui nous menait dans ce lieu dément. En fait, on s’était trompé à cause du tracé imprécis de notre carte. À ce moment-là on jubilait, c’était un endroit très étrange mais fascinant. Il y régnait une atmosphère bizarre, la lumière était verte. Ils avaient réussi à détourner l’électricité de la surface. L’air était suffocant, tellement il y avait de fumée. On a croisé des gens hallucinants avec des cheveux verts et d’autres fringués comme au siècle dernier. On aurait dit que deux époques se côtoyaient, le passé et le futur mais en aucun cas la nôtre avait sa place. On a assisté à plusieurs concerts, de l’électronique, de l’électroacoustique, et du classique aussi. On a même partagé un repas avec des gars complètement illuminés. On a dansé comme des fous. C’était géant !

Enfin, quand la fatigue a commencé à se faire sentir, on s’est rassemblé pour sortir. On a pris un autre chemin que celui qui nous avait conduit jusque-là. Valait mieux suivre les indications que les gens nous ont données. Et puis, badaboum on s’est encore perdu et on a débouché sur des caves plus ou moins occupées. Et on s’est retrouvé malgré nous dans le repère de bandits.

- Oh ! Maya ne pu retenir son cri.

- On était tous complètement crevés, les deux filles étaient soutenues par deux gars et moi j’ouvrais la marche. Je ne comprends pas pourquoi ils ont cru qu’on venait là pour les narguer. En tout cas, ils avaient un air farouche qui nous a fait froid dans le dos. Ils nous ont laissés passer, puis on a continué notre chemin tout en les sentant tout proche dans notre dos. On s’est engouffré n’importe où et là on s’est perdu pour de bon. C’était l’horreur, les filles pleuraient et moi je paniquais intérieurement mais je ne montrais rien pour ne pas affoler l’équipe. Avec Marc on a décidé de se scinder en deux groupes, on avait nos radios ça ne posait donc pas de problème. Au bout de dix minutes j’ai trouvé une sortie et j’ai appelé Marc pour lui indiquer le chemin, les autres sont rentrés chez eux et moi j’ai tenté de joindre Marc en vain. Je suis donc redescendu, j’ai emprunté le chemin qu’avait pris Marc un peu avant mais je l’ai pas trouvé, pas de contact radio non plus. Je me suis aventuré seul et je vous prie de me croire que j’étais loin d’être rassuré. J’ai pris un long couloir et je me suis dit que si, au bout, je ne retrouvais pas Marc je rebrousserai chemin et je sortirai à l’air libre. Mais loin de me douter de ce que j’allais trouver au bout du chemin.

Robin marqua une pause car des souvenirs douloureux revinrent à sa mémoire. Il réclama un verre d’eau fraîche ce que s’empressa de lui donner son père. Puis il reprit.

- Tout au bout, j’avais remarqué un faible éclairage, je me suis engagé dans cette voie sans méfiance. Ma seule crainte était de me retrouver face à un rat agressif mais je ne m’attendais pas à me retrouver nez à nez avec un géant. Il est apparu d’un seul coup, j’ai pas pu distinguer ses traits parce qu’il était en contre jour. On aurait dit un ours qui défendait sa grotte. Je n’ai pas vu arriver le premier coup mais par contre je l’ai senti violemment. J’étais à terre et il s’acharnait sur moi lorsque mon sauveur lui aussi venu de nulle part lui a asséné un grand coup de barre en fer dans le dos. Le géant est tombé inconscient à côté de moi. Je n’ai pas compris pourquoi cet individu avait déployé contre moi autant de violence, je ne l’avais pas menacé !

-  Sauf si tu avais trouvé son repère. Tu comprends, cet homme a certainement quelque chose à cacher, quelque chose qui peut le mettre en danger s’il est découvert. Tu est arrivé par hasard, mais rien ne dit qu’il ne t’a pas pris pour un autre. Observa Monsieur  Poulain.

-  C’est vrai ça, coupa Maya. peut-être qu’il se sentait observé depuis longtemps… Par l’homme qui t’a sauvé, oui c’est ça.

-  Tu veux dire que je me suis pris une raclée à la place du type à la casquette ?

-  Oui, je crois bien. Sinon pour quelle raison se serait-il acharné ? continua Maya.

-  Tu as vu son visage ? demanda Monsieur Poulain.

-  Oui…

-  Alors tu pourras le décrire à la police.

-  Non.

-  Mais pourquoi ! s’écria Maya.

- Parce qu’il était masqué.

- Je suis certaine que tu as trouvé « à l’aveuglette » l’antre du MONSTRE, affirma Maya. Il faudra que tu retrouves le chemin pour que la police coince ce hors la loi.

 

 

 

 

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Published by maya.p.over-blog.com - dans Maya
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