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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 12:46

Le ciel d’un bleu profond illuminait la ville. Le soleil se leva et la blancheur des paysages la veille passa le relais aux couleurs vives. La neige s’était volatilisée, fondue à la chaleur de l’astre de feu.

Maya se réveilla en douceur, un rayon lumineux lui chatouilla la joue. On était dimanche et habituellement,  papa se faisait un plaisir de ramener des croissants pour le petit déjeuner.

Elle descendit à la cuisine ramenant sur son dos, comme la traîne d’une princesse, sa couette encore chaude. En arrivant une odeur suave de café et de viennoiserie lui picota les narines. Son père attablé, sa tasse fumant encore, dégustait un croissant doré et croustillant en lisant le journal. La fillette le salua et le contourna pour aller s’asseoir à sa place habituelle, face à lui.

- Ton chocolat est prêt, mon ange. Il lui passa un thermos qui renfermait la boisson chaude.

- Joaquim dort toujours ?

- Non, il est parti tôt ce matin… il m’a chargé de t’embrasser et de te remettre… il posa son journal et se leva pour aller chercher un petit paquet rangé sur le buffet.

Maya, les yeux encore bouffis de sommeil, plongea sa main dans le plat contenant les croissants appétissants, sans lâcher la couette qui l’enveloppait. Au moment même où elle attaqua la pâtisserie, son regard s’arrêta sur la photographie en première page du journal.

- Mais c’est moi ! s’exclama-t-elle. Papa ! tu as vu ? ah, il ne m’a pas ratée… regarde, non mais quel !… j’ai pas voulu papa. Je te le jure… MAYA POULAIN, mon nom est écrit en gros… qu’est ce qu’il raconte ce voleur de photo ? Maya Poulain qui a découvert la cache du Monstre nous a accordé une interview exclusive… Oh ! non. Quel sale menteur ! jamais je ne lui ai parlé à ce…

- Calme-toi Maya, après tout, c’est bien ce que tu as fait. Tu as réussi à démasquer le Monstre.

- Mais je crois que je me suis trompée. En le voyant j’ai cru que… Tu sais… il ne nous avait rien fait.

- Ma chérie, tu apprendras avec le temps qu’il existe des personnes qui peuvent être imprévisibles. S’il est malade, il peut paraître inoffensif à un moment et se révéler incroyablement violent et impitoyable à un autre moment. N’y pense plus. S’il est vraiment innocent, s’il n’est pas le monstre que la police recherche depuis tant d’années, il sera relâché… Tiens ouvre le cadeau de Joaquim… je crois que ça va te plaire.

Soucieux de passer à autre chose, il lui tendit le paquet enveloppé d’un papier cadeau aux motifs de Noël. Il la débarrassa du journal qu’il dissimula sous une pile de vieux magazines.

Maya pensive, observait son cadeau et le retournait entre ses mains semblant ne pas savoir par quel bout le prendre. Monsieur Poulain, la pressa un peu.

- Allez, Maya, ouvre le… c’est pour tes treize ans.

Il admirait sa fille. Ses cheveux blonds bouclés, ses grands yeux bleus et sa carapace de molleton qui traînait sur le sol loin derrière elle, lui conférait un air majestueux.

- demain, c’est mon anniversaire… observa-t-elle un peu tristement.

- Allez, il va fondre si tu continues à le tripoter comme ça dans tes mains !

Maya déchira vigoureusement l’emballage et ouvrit le paquet. Elle découvrit l’objet et un petit mot de Joaquim.

- Oh ! s’exclama-t-elle. Une lampe frontale ! 

Elle la sortit de son emballage et après un petit réglage se la posa sur la tête.

- Tu m’éblouis ! s’exclama son père qui jouait au papa renfrogné et jaloux.

- Vous êtes en état d’arrestation, Monsieur Poulain, pas un geste, restez où vous êtes… Commanda la fillette armée d’un croissant. Elle est superbe ! tu as vu ça papa ! elle est puissante hein !

- Pour ça oui !

Maya s’empara du petit mot de son frère et le lit à haute voix.

- Que cette lampe illumine ton chemin aussi loin que tu le souhaites… en plus elle est encore plus belle que celle de Robin… mais chut… ne lui dis pas car il serait jaloux et il risquerait de te la chiper… Je t’embrasse, petite sœur, joyeux anniversaire. Ton frère dévoué, Joaquim. Ps : n’hésite pas à me téléphoner si tu penses avoir un problème.

 - Alors ça te plait ?

- Quelle question ! Bien sûr qu’elle me plait cette lampe ! je vais la ranger dans mon sac, comme ça je l’aurai toujours avec moi.

  Maya prit son petit déjeuner toute joyeuse. Elle ingurgita goulûment sa boisson chocolatée et deux énormes croissants.

Monsieur Poulain fut satisfait de sa réaction, elle n’aborda plus l’affaire du journal. Il pensa qu’elle l’avait oublié pour l’instant. Le cadeau de Joaquim avait été une admirable diversion.

 

Un peu plus tard dans la matinée. Maya se prépara pour aller visiter Rose sa voisine. Elle vérifia que son sac contenait bien les lettres. Rassurée, elle y rajouta sa lampe qui désormais ne la quitterait plus au même titre que son collier de coquillage. Elle n’oublia pas le thermos qu’elle avait rempli de thé à la bergamote tout spécialement pour Rose.

  Le soleil brillait et le temps s’était infiniment radouci, aussi elle ne revêtit que son pull crème. L’air était vif et à chaque expiration, un petit nuage de buée s’échappait de la bouche de Maya. Les rues étaient déserte, aucun bruit ne venait perturber la tranquillité du quartier, mise à part, de temps à autre le ronron fugace d’une automobile.

Maya était tout excitée lorsqu’elle approcha du petit portail bancale qui séparait la rue du monde de Rose. Bientôt, elle aurait des informations qui lui permettraient de comprendre pourquoi à cette heure, Emma était dans le coma.

Elle ouvrit le portillon et aussitôt les trois chiens de la maisonnée se ruèrent vers elle pour lui faire la fête. Ils se faisaient pressants, la léchaient, la bousculaient de leurs pattes avant, attendaient impatiemment la récompense avant de relâcher leur prisonnière. Ils la connaissaient bien et savaient que Maya avait toujours pour eux une petite friandise dans ses poches. Ce matin-là, perturbée elle n’y avait pas pensé. En fouillant bien, elle récupéra dans son pantalon un vieux biscuit oublié, aussitôt elle le partagea en trois et dispersa les morceaux loin d’elle pour se libérer des effusions canines et enfin avancer vers la cabane.

Rose l’accueillit avec son sourire édenté et son visage tout ridé, tout froissé comme une vieille pomme fripée abandonnée dans un plat. Ses cheveux étaient cachés sous un foulard râpé par les années. Ce petit bout femme si maigre, si minuscule semblait fragile à tel point, qu’on aurait pu la bousculer d’un souffle. Elle portait une blouse sombre en guise de robe et un gilet bleu roi aux mailles larges qui la protégeait peu de la rudesse des températures.

 -  Bonjour, Rose. Je t’ai  emmené du thé à la bergamote, dit Maya en entrant.

La maison de Rose, aussi délabrée à l’intérieur qu’à l’extérieur, recelait de recoins pris d’assaut par un lot de vieilleries repoussantes. Meubles ou objets en fin de vie recouvraient une utilité chez Rose.

Maya n’attendit as son invitation pour s’asseoir car elle la savait très peu bavarde. Elle tira une chaise bancale face à la minuscule table encombrée de papiers gras, de vaisselle sale et de restes alimentaires.

Pendant ce temps, Rose allait et venait en trottinant à la recherche de deux verres à peu près propre. De dos on aurait dit une fillette maladroite sur ses jambes frêles. Elle dégota deux tasses ébréchées à l’aspect convenable et les posa sur la table. Puis, elle s’installa face à la fillette qui servit le thé.

- Tu as besoin de quelque chose, Rose ? tu as assez de fioul pour ton chauffage ?

- Oui. Répondit-elle en souriant. Elle souriait tout le temps…

- Et des pommes de terre, il t’en reste ?

- Ça va, j’en ai encore un peu… Tu es bien bonne avec moi Maya… Tu penses aux vieilles personnes…Tu es généreuse, ma fille.

Maya rougit, elle n’aimait pas trop les compliments, même s’ils lui allaient droit au cœur. Pendant un laps de temps, elles gardèrent le silence. Rose contempla l’enfant de ses yeux vifs et pointus en arborant toujours le même sourire. Elles consommèrent la boisson chaude, à petites gorgées, pour en apprécier davantage le parfum. Finalement Maya se décida à prendre la parole.

- Rose, j’ai un service à te demander…

- Tout ce que tu veux ma fille…

- J’ai deux lettres que j’ai trouvées dans les affaires d’Emma. Tu sais ce qui lui est arrivé ?

- Oh !oui, la malheureuse !

- Ces lettres sont écrites, je crois, en langue arabe… Est ce que tu peux me les traduire ?

- Fais voir.

Maya sortit les lettres de son sac et les déposa devant la vieille dame. Dès qu’elle les entrevit, Rose s’assombrit. Elle les repoussa d’un geste brusque et se leva d’un  seul coup, trop rapidement sans doute car elle tituba quelques secondes. Elle se précipita vers le tiroir d’un buffet en formica, en sortit une clé et ouvrit la porte du meuble. Elle s’inclina pour en examiner l’intérieur, marmonna quelque chose et referma la porte. Puis, elle continua son va et viens dans la maison, ignorant Maya et agitant sans cesse sa tête de gauche à droite.

- Non, non, non… balbutia-t-elle.

Devant un tel spectacle, Maya resta perplexe. Elle se leva pour prendre congé et, maladroitement elle fit tomber les lettres au sol, à ce moment précis le Capitaine Piole entra. Il ramassa les lettres, à ses pieds, et les tendit à Maya.

- Ton père m’a dit que je te trouverai ici… tiens. Il faut qu’on parle.

Rose était parti se réfugier dans le coin le plus accessible de la maison et tâchait de se dissimuler désespérément derrière un bout de tissus accroché au mur. Ses yeux trahissaient l’angoisse.

Après avoir, glissé les lettres dans son sac, Maya tenta de rassurer Rose. Elle ne l’avait jamais vue dans un tel état, qu’y avait-il sur ces lettres qui puisse autant l’effrayer.

- Je dois te laisser Rose, je pars avec le capitaine, mais je repasse bientôt, je te le promets.

Maya quitta la vieille Rose le ventre noué.

 

 

 

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Published by maya.p.over-blog.com - dans Maya
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