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9 juillet 2015 4 09 /07 /juillet /2015 15:31
MISSION STELLAIRE
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9 juillet 2015 4 09 /07 /juillet /2015 10:42
ATELIER D'ÉCRITURE DE HAÏKUS
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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 15:29

Il y eut l’attentat et tout de suite après, la mobilisation générale. C’était l’été 1914 avec sa chaleur âcre du mois d’août et ses tons délavés qui couvraient les paysages. Les gens comme la nature revêtaient des couleurs passées, ils étaient blafards, ils étaient comme anesthésiés par la nouvelle. Une guerre, encore une ! qui aurait dit qu’elle arriverait comme ça, après l’assassinat de l’héritier d’un trône si lointain ! Malgré tout je restais insouciant, je venais tout juste d’avoir vingt-deux ans et je passais tout mon temps libre avec Marie.

À l’usine où je travaillais sur la chaîne de conserves de fruits, les hommes parlaient bas. Je les entendais chuchoter que notre tour viendrait et qu’il faudrait bientôt partir pour combattre nos ennemis, les Allemands. Les jours passant, certains clamaient qu’ils allaient s’engager dans ce combat pour la France, d’autres préféraient prier pour ne pas être obligé d’y aller et d’autres encore faisaient profil bas et se taisaient. Des clans s’étaient formés et ils commençaient à se regarder en chiens de faïence. Moi, je me tenais à l’écart des conversations des hommes.

Les femmes aussi bavardaient dans la stricte pièce sombre où le patron permettait une petite pause dans la journée. Marie était parmi ces femmes inquiètes et tristes de voir bientôt partir leurs fils, leur mari, leur père ou leur frère. Je l’observais de loin, pour ne pas éveiller les soupçons sur notre liaison.

Marie était la fille du patron, mais elle venait souvent dans l’usine distribuer des boissons rafraîchissantes aux femmes quand la chaleur se faisait encore plus lourde. Les ouvrières lui étaient reconnaissantes de cette humanité, de cette proximité. C’est d’ailleurs elle qui avait obtenu de son père que les employés puissent profiter d’une pause pour se délasser de leur travail harassant dans le milieu de la journée.

Je l’admirais pour ça. Cette jeune femme si intelligente, si libre !

Je la regardais se déplacer, comme aurait pu le faire un ange, un peu au-dessus du sol, aérienne dans ses robes diaprées et gaies.

-       Elle est pas pour toi.

Germaine, ma sœur, elle aussi ouvrière à l’usine, s’était rapprochée de moi.

-       De quoi tu parles ?

-       De la Marie. Si tu crois que je l’ai pas vu ton petit manège.

-      

-       Je te préviens, juste.

-       Ça va. C’est pas tes oignons.

Germaine avait raison…Comment, Marie, avait-elle pu être séduite par moi ?

Je n’étais qu’un ouvrier comme les autres qui sentait la sueur et le labeur. Je n’avais pour moi ni l’instruction ni la finesse d’esprit d’un Martin, cet instituteur qui lui tournait autour depuis belle lurette. Pourquoi m’avait-elle choisi moi ?

Ces questions, je ne me les posais que lorsque embringué dans la guerre, je me retrouvais déchiré dans la fosse d’une tranchée, labouré et exténué par les combats.

Mais avant d’être mobilisé, avant de partir pour cette boucherie inconcevable, je n’étais qu’un jeune homme inconscient et léger. La guerre pourtant toute proche restait vague pour moi. Je n’y pensais pas, je n’avais d’yeux que pour Marie, petite fée légère et grave à la fois.

Dès que nous le pouvions, nous nous retrouvions dans notre repère secret, une petite ruine à une demi-heure de marche de l’usine sur le sentier qui menait au col Ferret.

 Là, isolés, entre les murs anciens abandonnés où jamais personne n’osait se rendre car ils avaient la réputation d’y abriter les esprits de sorcières ancestrales, là, nous étions bien. Nous parlions peu, je n’avais jamais su comment parler aux filles, je me contentais de les embrasser simplement, cela me satisfaisait et elles ne me repoussaient jamais.

Avec Marie c’était différent, elle me fixait de ses yeux clairs et frondeurs et j’oubliais qui j’étais, j’oubliais mes origines modestes et je rêvais de mon avenir avec elle. Adorable mutine, jolie comme une peinture d’art, miniature dessinée de main de maître, Marie m’envoûtait. J’aimais Marie et, je le sentais dans mon cœur qui explosait à chacun de ses baisers enflammés et parfumés, Marie m’aimait.

 

Un matin, les gendarmes vinrent à la maison, et ils expliquèrent à mes parents que ce serait bien si j’allais me battre au côté de mes camarades, qu’il le fallait, pour la France. Moi je vis ce qu’un retour triomphal pouvait m’apporter. Marie n’était pas de mon monde et même si j’économisais pendant toute ma vie je ne pourrais jamais être assez riche pour demander sa main et me faire accepter par ses parents. Je n’étais qu’un petit ouvrier ignorant, travaillant dur sur une chaîne, reproduisant chaque jour, chaque instant, le même geste ridicule qui consistait à coller des étiquettes sur des boîtes rondes, métalliques.

La guerre devait être brève, pas plus de trois ou quatre mois, c’était ce qu’on pouvait entendre

des conversations dans les bars. Alors, je m’y engageai, je ne le savais pas encore, pour mon plus grand malheur.

Avant que je parte pour de bon, Marie et moi, nous étions rejoints dans notre petit nid, au sein de notre maison délabrée. C’était un dimanche en fin d’après-midi, j’avais apporté du vin, un casse-croûte  et une couverture en pilou pour la poser sur le sol cabossé et permettre à Marie de s’allonger douillettement pour regarder le ciel et ses étoiles.

Le ciel en était farci ce soir-là, il scintillait partout et à l’occasion une étoile filante le perçait brièvement.

Les yeux de Marie brillaient comme les étoiles du ciel et malgré son sourire, des larmes traversèrent ses joues pâles. Elle pleurait la pauvre, elle semblait dire : « ne pars pas ! ne pars pas ! je t’en supplie. »

Elle ne me dit rien de tout cela, elle s’abstint de supplier et préféra s’extasier devant les astres s’offrant à nous.

Sa voix, habituellement si ferme et directe, tremblait et semblait s’éteindre par moments comme une chandelle trop consumée, au bord de l’extinction. Je la serrais contre moi et je pus enfin lui souffler à l’oreille ce que je n’avais jamais osé lui dire, tant elle m’intimidait jusqu’alors. Maintenant, je me sentais plus fort, je lui confiais tout mon amour et je lui promettais de revenir vite pour l’épouser et qu’après la guerre, son père et sa mère ne pourraient rien me refuser.

Jamais, je n’avais tenu de corps aussi frêle dans mes bras, jamais je n’avais caressé de cheveux aussi doux. Ses boucles brunes dégringolant juste au-dessus de moi, vinrent conquérir mes épaules en cascade, ses larmes chaudes qui ravinaient ses joues aux rondeurs de l’enfance, s’égrainaient sur mes lèvres comme une pluie d’automne salée.

Je l’aimais, je l’aimais tant ! Nos deux corps, pour la première fois, ne firent plus qu’un et c’est sans un mot que nous nous perdîmes dans nos étreintes fusionnelles. 

 

J’emportais avec moi le moment inoubliable partagé avec Marie, j’emportais ce secret et cet amour infini qui, je le croyais fermement, me donnerait tout le courage nécessaire pour me battre. Mais la guerre n’est pas comme on se la figure, elle est sournoise et cruelle et bien que Marie ne quitta jamais mon esprit, il y eut maintes tristes et effroyables périodes où je perdis courage.

Pendant à peu près un an nous traversâmes le pays pour combattre avec mon régiment qui subit tant de perte que je m’estimais heureux d’en être encore l’acteur et d’accueillir avec mes rares camarades de la première heure les nouveaux arrivants.

Les jours de courrier nous exultions.

-       Une lettre pour toi La Débrouille !

La Débrouille c’était le surnom qu’on m’avait donné en raison de mon habileté.

« Bien cher frère, j’espère te trouver en bonne forme… Tu dois être dans les tranchées maintenant… fais bien attention à toi…est-ce que tu mets l’écharpe que je t’ai envoyée pour te  tenir chaud et… pour, Marie fais-toi une raison, oublie-la. Andrée m’a appris qu’elle est partie précipitamment, depuis bien longtemps, chez sa tante… Papa a été malade, on a dû faire venir le docteur… on t’embrasse tous, Germaine. »

Depuis six mois, déjà, ou plus encore comment savoir nous perdions la notion du temps et les calendriers ne nous aidaient souvent qu’à repérer les saisons, nous avions pris une sorte de relais dans une tranchée au Nord Est de la France.

L’hiver était sorti de sa léthargie subitement et nous avait surpris quand le moral des troupes était déjà au plus bas. Le froid me brûlait les doigts et mes lèvres dures, fendues à maints endroits et restant ouvertes, me forçaient à respirer par la bouche l’air pestilentiel qui régnait autour de nous. La boue de la tranchée était devenue une carapace sur mon uniforme, me protégeant, je tentais de le croire, des projectiles de l’ennemi.

Il était en face, à guetter le moindre mouvement dans notre camp. Je l’imaginais  monstrueux, se dressant telle une machine froide et sans pitié, prête à nous dévaster, nous massacrer.

La veille on nous avait envoyé en avant pour franchir le rebord de la tranchée, à découvert, nos corps exposés aux balles qui sifflaient de toutes parts. J’avais peur, mes dents se choquaient entre elles avec tant de résonance que mon camarade Louis, aussi peu rassuré que moi, m’implorait du regard de faire cesser ce bruit. Comme si ce petit claquement pouvait réveiller le monstre de ferraille qui nous menaçait, là-bas de l’autre côté des barbelés.

À la suite de nombreuses tentatives nous dûmes regagner notre tranchée.

Le vent se leva et son souffle finit après des heures exposés à sa rogne par nous anesthésier le corps et finalement l’esprit.

Mes yeux, seule partie de moi encore mobile, s’arrêtèrent sur Louis. Il semblait tout juste sorti de l’enfance, des tâches de rousseur recouvraient les ailes de son nez trop court. Je vis à son regard fixe qu’il était parti, qu’il avait quitté cet enfer définitivement. Le froid, la peur et aussi les salves de tirs qui venaient d’éclater avaient eu raison de lui. Un filet de sang s’échappa de sa bouche enfantine.

Ma poitrine se serra et mon souffle se fit plus court. Je cherchais l’air dans le ciel d’un bleu cyan parfait quand une petite forme luminescente et blanche passa au-dessus de moi. Comme un ange descendu du ciel pour me protéger et me permettre de retrouver, Marie, ma Marie, mon amour, ma vie.

Il était temps pour moi de rentrer, de quitter ce chaos et cette vie sauvage. Il était temps de saisir ce signe, cette forme immaculée flottant, légère comme le pétale d’une fleur printanière pour sortir de cet enfer.

Je n’avais pas eu de permission depuis des mois et les précédentes ne m’avaient pas donné la possibilité de rentrer chez moi pour retrouver la chaleur des miens. La seule compensation de ces repos  mal distribués était de me protéger un temps du spectacle d’un carnage sans nom et des morts violentes de mes camarades.

-       Tu veux une clope ?

Mathieu me sortit de mes pensées.

-    À quoi tu penses ? à ta bonne amie ? Tu as une lettre ?

-       Non, pas de nouvelle de Marie, plus depuis un moment… C’est un secret. J’en ai juste de ma sœur, pas très souvent.

-       Ah ! ah ! Marie est une femme mariée, hein ? se moqua-t-il en me tendant la cigarette.

Je l’allumais et tirais sur ma première bouffée avec une telle force qu’elle m’enflamma la poitrine comme un brasier et pourtant je la dégustais cette cigarette comme si elle pouvait être la dernière. 

-       Ah ! ça fait du bien…

-       Alors tu m’en dis plus sur ta Marie !

-       C’est la fille de mon patron à l’usine.

-       Une bourge alors ! tu t’embêtes pas mon cochon !

Il réussit à me tirer un petit sourire et je m’autorisais un moment de détente.

     -     Des nouvelles de Robert ?

Robert avait choisi de fuir la guerre en abandonnant son poste.

-       Tu n’as pas su pour Robert ? Ils l’ont rattrapé à vingt bornes d’ici, il est passé en conseil de guerre et après ils l’ont exécuté, au peloton !

-       Putain de guerre !

-       Ça tu l’as dit, c’est une putain de guerre.

Je pensais à Alphonse qui avait voulu dégager des barbelés son jeune frère agonisant, un coup de mitrailleuse les avait terrassés et envoyés ensemble, au ciel. Puis à Paul le pauvre qui avait perdu la raison et s’était promené à découvert dans le No man’s land comme dans un pré, ramassant des restes humains comme s’il s’agissait de fleurs. Un obus l’éclata en mille morceaux.

La boucherie continuait et elle ne cesserait jamais et je n’avais qu’une chose en tête rejoindre Marie, la tenir dans mes bras, respirer son parfum, caresser ses mains fines, me perdre en elle et oublier ce cauchemar, oublier l’horreur.

Je voulais être blessé juste suffisamment pour ne pas mourir et juste ce qu’il fallait pour être évacué. J’arpentais, avec difficulté et lassitude, la tranchée boueuse à la recherche d’une pointe rouillée ou souillée qui une fois sous ma peau pourrait m’infecter, un peu, c’était une combine que Mathieu avait eue d’un autre. C’était un simple truc pour quitter cette pourriture, cette saloperie de guerre, juste de quoi fuir et rentrer chez moi.

J’étais désespéré.

-       La Débrouille !

-       Oui, mon commandant.

-       Tu vas te rendre sur le poste avancé, en éclaireur, voir ce qu’il se passe là-bas. Ça fait plus de six heures que j’y ai envoyé Maurice. Je trouve ça louche qu’il soit pas encore rentré. J’ai bien peur que les boches aient pris le contrôle de la ruine. Alors tu te fais discret et tu me zigouilles tout ce qui n’est pas Français.

-       Bien mon commandant.

Maurice, on le surnommait La Danseuse car il s’arrangeait toujours pour passer entre les balles et éviter les obus. Il était illuminé, presque fou, il n’hésitait jamais à exécuter les ordres les plus discutables et il fonçait, persuadé qu’une bonne fée le protégeait. Six heures sans nouvelles, ça signifiait qu’il était claqué et que moi j’allais le suivre, je n’en réchapperais pas. J’étais mort, s’en était fini de moi, de mes rêves, de Marie, car il me fallait pour accomplir ma mission traverser le No man’s land, franchir la gadoue et la petite bute où tant de soldats s’étaient faits crever.

Je n’avais plus de larmes à verser sur mon visage sali par les poussières, seules des sueurs froides laissaient de petites traînées claires le long de mes tempes où mes cheveux gras se collaient par paquets. Je regardais mes mains tremblantes, mes ongles noirs de terre, mes paumes gercées. J’écoutais mon cœur vibrer palpiter une dernière fois dans mon ventre serré qui me torturait de douleur.

Je me hissais hors de la tranchée lorsqu’un obus éclata à quelques mètres de moi… Ma dernière image fut celle du cratère creusé dans le sol et sa gerbe de terre s’élevant dans le ciel comme un feu d’artifice opaque et sanglant, ma dernière pensée ne fut que pour elle, Marie, ma petite Marie.

 

Lorsque je me réveillais, j’étais dans un hôpital de fortune. J’avais été évacué immédiatement après l’explosion de l’obus qui avait tué mon commandant et plein d’autres soldats malheureusement sur sa trajectoire. Des éclats s’étaient plantés partout dans mon corps et même dans mon crâne. Je souffrais atrocement, tant que les médecins avaient décidé de m’injecter de la morphine jusqu’à mon rétablissement. Cela dura des mois, des mois d’images floues, de vagues sensations, de cauchemars abominables.

Puis un jour, les images furent plus claires. Juste en aplomb deux yeux verts m’observèrent.

-       Marie ! m’écriais-je.

-       Non, désolée, je ne suis pas Marie. C’est votre fiancée, non ?

J’eus l’impression que la question lui avait échappé. Un halo rosé enflamma ses joues.

-       Vous l’avez souvent appelée quand je vous veillais... Moi c’est Pauline.

Elle me tendit une main carrée chaude et pleine d’énergie et je sentis sa compassion à son contact.

-       Je suis votre infirmière… Vous revenez de loin, Gaspard.

-       Combien de temps ?

-       Longtemps… Cela fait plusieurs mois que je suis à votre chevet et avant moi il y a eu Jeanne. Tenez, elle me tendit le calendrier, nous sommes le 13 juin 1917 et vous êtes arrivé en janvier.

Un silence gêné ponctua sa phrase.

-       La guerre est finie ?

-       Non, malheureusement, elle n’est pas finie, mais vous allez pouvoir…

-       Rentrer chez moi ?

-       Oui, je vous le promets, dès que vous aurez repris des forces.

Elle avait parlé avec la douceur d’une maman qui se veut rassurante pour son enfant. Pauline raviva mes espoirs de retour.

 

Ils m’avaient retiré le bout de ferraille de la tête, j’en gardais une imposante cicatrice sur le sommet du crâne, bientôt cachée par ma chevelure abondante. Mon corps s’était remis de ses multiples contusions et blessures mis à part une petite perte de mobilité à la hanche. Quelques semaines suffirent à me reconstituer et enfin je pus rentrer.

Dans le train qui me ramenait chez moi, j’eus le temps de penser à mes parents, ma sœur et aussi et surtout à Marie. Comment m’accueillaient-ils après trois années sans les voir, presque sans nouvelles. Marie m’avait-elle oubliée ? Au fond, la guerre n’avait servi à rien. Je rentrais sans gloire, affaibli, maigre et boiteux, je me sentais un peu minable, loin du jeune garçon conquérant et vaillant que j’avais pu être. J’étais certain que Marie ne m’avait pas attendu et qu’elle avait épousé Martin l’instituteur, et finalement c’était mieux comme ça.

La nuit était tombée lorsque j’arrivai à la gare, exténué par le long voyage. Le ciel s’était peu à peu rempli d’étoiles, il me rappela ma nuit avec Marie à la ruine et j’eus un pincement au coeur. Je reconnaissais les odeurs d’herbe coupée, de bois humide. J’étais chez moi, enfin !

De la gare, il me fallait marcher environ vingt bonnes minutes pour gagner la maison de mes parents. Ces vingt minutes furent les plus longues de ma vie. Enfin devant la porte, j’entrais non sans une certaine appréhension.

Je lus la surprise sur leurs visages fatigués, soucieux et vieillis car je crus qu’ils ne me reconnurent pas au premier abord. Soudain, ma mère et ma sœur s’accrochèrent à moi comme les breloques d’un bracelet et se mirent à pleurer, parler fort, questionner, embrasser, remercier le ciel. Mon père, lui, assis sur sa chaise spectateur ne bougea pas d’un pouce, sur ses genoux un marmot gazouillait. Puis, il se décida à parler.

-       Te voilà de retour mon fils.

Je ne saurais l’expliquer, mais, à ses mots je fondis en larmes et je tombai à genoux. Je chassais toutes les horreurs, les monstruosités, les atrocités dont j’avais été le témoin et l’acteur durant ces trois longues années, dans le flot de mes larmes contenues depuis si longtemps. Je pleurais mes amis, mes camarades, mes complices, tous ces malheureux perdus à jamais. Je pleurais sur mon retour pitoyable alors que je le souhaitais triomphal.

Mon père poussa en avant l’enfant avec une délicatesse que je ne lui connaissais pas. Je remarquais le va et vient de sa pomme d’Adam et son visage adouci par les années même s’il s’était creusé.

-       Va Baptiste, n’aie pas peur. Dis bonjour.

Je regardais mon père étrangement, quand l’enfant aux yeux clairs m’encercla de ses petits bras potelets comme s’il me connaissait depuis toujours. Je cherchais du regard Germaine qui  se tenait en retrait dans un coin de la pièce d’où je perçus quelques sanglots étouffés.

-       C’est ton fils ? demandais-je surpris.

-       Non, c’est l’enfant de Marie, le tien. C’est l’enfant de votre amour. Je me suis trompée, rajouta ma sœur…

À côté d’elle, dissimulée dans l’ombre, j’aperçus la pointe chatoyante d’une robe vibrer. Marie, ses yeux clairs rougis par l’émotion, apparut dans la lumière, je m’élançais dans ses bras tendus, l’enfant solidement attaché à mon cou…

 

 

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Published by sylvie - dans nouvelle
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16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 11:37

 

Coque de noix le petit bateau de pêche et Zip le remorqueur adorent faire la course sur l’eau turquoise de la crique des méduses. Zip part en premier, il crie : « je suis le plus puissant ! » mais Coque de noix finit la course avant lui ! il clame: «  je suis le plus résistant ! »

Ils s’inscrivent à la GRANDE COURSE autour de l’île aux mouettes ! c’est une course qui dure deux jours !

Dans la file d’attente des bateaux géants roulent les mécaniques. Ils se moquent.

« C’est pas une course pour les minus ! Ah ! Ah ! »

« On n’est pas des minus ! » s’énerve Zip. Coque de noix lui souffle : « laisse les parler ces taules froissées ! »

Le grand jour arrivé, les deux amis sont sur la ligne du départ. Des copains, sont venues les encourager. « Bon vent les amis ! »

Zip a le trac. « j’ai mal au ventre ! » Coque de noix le rassure : « T’inquiète pas Zip, on va les surprendre ! »

Soudain, le départ est lancé : « un, deux, trois, prés, partez ! »

Un gros Chalut donne un coup de rein puissant. Coque de noix a juste le temps de l’éviter. Il crie : « attention Zip ! »  mais Zip parti en trombe se cogne.

Sa coque est fissurée. «  c’est foutu pour moi ! bonne chance ! » lance Zip déçu.

Coque de noix a la gorge nouée :  « Tu vas me manquer ! »

Tout à coup, des nuages assombrissent le ciel. Il se dit « La tempête n’est pas loin ! ».

Un vent fort se lève. Les bateaux lourds ont du mal à avancer. Des vagues géantes leur barre le chemin. Ils boivent la tasse !

Mais coque de noix, lui vole ! il saute au-dessus des vagues ! Il gagne du terrain !

Soudain, il capte un message de détresse : « à moi ! je vais couler ! »

Lulu le petit chalutier s’est renversé.

Coque de noix profite d’une rafale pour voler à son secours. Il lance sa corde et tire pour redresser le malheureux. « Oh hisse ! oh hisse ! »

« Tu m’as sauvé la vie ! je ne l’oublierai pas ! » crie Lulu à son sauveur qui file déjà.

Le soir, la tempête se calme et les étoiles brillent. Coque de noix, se repose un peu. Tout à coup un cri perçant le fait sursauter. « Hiiiiiii ! j’ai perdu ma maman ! » C’est un baleineau.

Ni une ni deux Coque de noix prend les choses en main : « T’inquiète pas on va la retrouver ! »

Il met en marche sa sonde : « Elle est au sud ! Viens, je t’accompagne ! »

En un éclair, il réunit la maman et son petit. « Je serai toujours ton ami ! »  chante le baleineau heureux.

Coque de noix reprend sa course mais les autres participants sont loin devant.

Pourtant lorsqu’il entend un sanglot : « j’ai perdu mes rames ! comment faire pour rejoindre mon navire ! ». Coque de noix n’hésite pas une seule seconde.

« Pas de souci ! je te remorque ! » Il lance son filet sur la barque triste et la hisse. Puis, il l’amène jusqu’à son navire. Une fois sur le pont, elle s’écrie « Je te dois une fière chandelle ! ».

Coque de noix est déjà loin. Il vogue vers la course. Les autres ont tous franchi la ligne d’arrivée qui n’est plus très loin. Il rassemble toutes ses forces et pense  « Je suis si fatigué ! Je n’y arriverai jamais ! ». À bout de souffle, il se met à Tanguer.  Il tousse :  « kof ! kof ! »

Baleineau l’entend, il fonce.  « mon ami je vais t’aider ! ». Avec son jet il le propulse en avant. « pchittt ! ».

Lulu alerté aussi accourt. Il lui passe un peu de carburant. Coque de Noix reprend un peu de force. Il arrive le dernier longtemps après le premier.

Pourtant, un accueil triomphal l’attend : « Bravo ! Bravo ! »

C’est la barque qui a tout raconté des exploits de son héro.

Coque de noix vole la vedette au vainqueur car il a un grand cœur !

Zip est là pour l’acclamer dans le port on l’entend plus que tous : «  vive coque de noix ! »

L’an prochain il recommencera, en attendant il va s’entraîner dans sa crique préférée !

 

 

 

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16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 11:35

 

 

Au fin fond de la forêt, là où les enfants ne vont jamais, vit petit Grrr le petit ogre. Petit Grrr ne connaît pas les enfants et il meurt d’envie d’en voir un. Son papa lui dit :

-       Il y a très longtemps nous mangions des enfants. Des petits, des gras, des gros, des qui croustillent !  maintenant c’est fini ! C’est trop dangereux !

-       Mais je veux juste me faire un ami ! répond tristement petit Grrr.

-       Ce n’est pas possible !  Ils sont souvent méchants et cruels ! rajoute maman.

Mais petit Grrr est très curieux. Alors il décide d’aller voir de ses propres yeux.

Il traverse la grande forêt et arrive sur un chemin. Sur un panneau, il lit : Promenade des enfants. Juste à côté il y a un gros rocher. Petit Grrr se dit :

-     Je vais me cacher derrière le gros rocher.

Soudain, une touffe de poil se précipite sur lui. Sa langue rose lui fait des chatouillis entre les orteils. Petit Grrr se tortille et lâche un gros éclat de rire. Et lorsqu’il se retourne Horreur ! petit Grrr a très peur !

-         AHHHHHHH ! hurle-t-il.

Petit Grrr est nez à nez avec une fillette.

-         Hiiiiiiiiii ! s’égosille la petite fille.

Tous deux sont comme deux statues de pierre. Ils ne peuvent plus bouger. Puis, Petit Grrr prend son courage à deux mains.

-         Je suis petit Grrr ! Et toi tu es qui ?

-         Miranda, marmonne la fillette pas très rassurée.

Puis, sans le moindre regard pour petit Grrr, Miranda appelle son chien.

-         Mordicus ! arrête de lécher Cet OGRE ! Il Va te DÉVORER !

-         Pas du tout ! proteste petit Grrr.

Miranda est très pressée. Elle file sans dire au revoir.

Le lendemain, petit Grrr revient au même endroit. Il est un peu en retard car c’est jour de roulé boulé dans la boue de champignons moisis. Miranda, assise sur le rocher, mange des Bonbons.

-         Bonjour, Miranda ! Tu es très jolie aujourd’hui. S’exclame petit Grrr qui veut se faire une amie.

-         Toi tu es moche et tu sens mauvais ! C’est quoi ton parfum ? PROUT ?

Miranda ricane et passe son chemin. Elle ne partage pas ses bonbons.

Petit Grrr, est un peu triste. Miranda est un brin moqueuse. Pour la conquérir, demain il lui apportera des fleurs.

-         Quoi ! Des pissenlits et des chardons ! s’écrie-t-elle.

Miranda jette le bouquet. Petit Grrr pousse un grand soupir. Ses parents avaient raison. Les enfants sont trèèès méchants.

-         Dis- donc ! lance-t-elle. Tu connais le dentifrice ?

Elle se pince le nez et s’exclame :

-     Ta bouche sent les ÉGOUTS !

C’est trop fort !  Petit Grrrr en rage montre ses dents pointues.

-      Et mes dents comment tu les trouves ?

-         BEURK ! DÉGOUTANTES ! répond la fillette en haussant les épaules.

À ces mots, petit Grrr ouvre grand sa bouche et englouti d’un seul coup la fillette désagréable.

De retour chez lui petit Grrr raconte tout à ses parents.

-         Tu es un vrai petit ogre ! clame papa. Je vais ouvrir une bonne bouteille de jus de chauve-souris pour fêter ça !

Mais maman s’étonne.

-         Tu as aimé  manger une fillette ?

-         Oh non ! c’est pas bon ! C’est fade et amer comme de la salade ! alors je l’ai recrachée !

-         Ah je préfère ça ! Nous ne mangeons plus les enfants même lorsqu’ils le méritent. Si nous voulons vivre tranquillement dans notre forêt, il faut que tu promettes de ne plus recommencer.

-         Je promets, maman. Murmure petit Grrr.

-         Bien ! entonne papa, Miranda a eu juste une grosse peur et toi mon petit Grrr tu ne l’as pas gardée sur l’estomac. Ça mérite bien un grand verre de jus de chauve-souris !

Petit Grrr et ses parents trinquent joyeusement.

Le soir avant de s’endormir, petit Grrr pense : Peut-être que des enfants gentils ça existe aussi!

 

 

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16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 11:34

 

 

                                                                       1Un service à rendre

Je m’appelle Bobine et je vis tout en haut de la tour Montcalm, au onzième étage. Souvent je m’ennuie car je n’ai pas de frère ni de sœur. Alors, des fois j’aide maman. C’est très amusant car elle est couturière ! et justement ce soir maman me demande un petit service.

-        J’ai besoin de fil doré pour finir la robe de Mademoiselle Grognon ! va vite à la mercerie m’en chercher.

Après elle me donne un petit baiser sur le front. Elle fait toujours ça maman.

Vite, j’enfile mon gilet et je cours prendre l’ascenseur.

-    Zut ! Zut ! et re-zut ! il est bloqué !

Je prends l’escalier. Au neuvième, je rencontre le vieux Monsieur Firmin qui grogne.

-       Cette foutue machine est encore cassée ! avec mon cœur malade, je ne peux pas descendre tous ces escaliers !

Touki son chien a envie de faire pipi.

-       Je peux sortir Touki si vous voulez !

Monsieur Firmin me tend la laisse de son chien avec un sourire.

 

2Une descente en flèche

Je m’accroche à la laisse de Touki et je continue ma descente. Et là je vais super vite, remorquée par Touki qui est trèèès pressé.

Au septième étage, je tombe nez à nez avec Madame Clarinette qui peste.

-       Je ne peux pas descendre avec ma poussette ! comment je vais faire pour acheter mon pain !

J’ai juste le temps de lui dire :

-        Si vous voulez je passe devant la boulangerie, je vous prends une baguette !

J’entends au loin sa réponse :

-        Bobine tu me sauves la vie !

Je suis déjà au sixième étage. Le cinquième, le quatrième, le troisième et le second je ne les vois pas passer !

Quand j’arrive au premier étage je tire un bon coup sur la laisse de Touki. Je suis un peu essoufflée.

-       Pff… Pff… On se calme Touki ! Pff… Pff…

J’essaie de reprendre mes esprits. Soudain j’entends une voix…

 

3Une voix connue

J’entends la petite voix de Mamie Quenouille qui roule les r.

-       Viens ma fille s’il te plait ! je dois te parrrler

Mamie Quenouille est super gentille, mais elle est aussi super bavarde ! alors je lui explique.

-       J’ai pas trop le temps mamie ! je dois sortir Touki, ramener du pain à Mme Clarinette et du fil pour maman.

-       Ne t’inquiète pas pourrr ça. Viens prrendrre un bout de Gâteau.

Mais mamie est super convaincante aussi !

Je laisse Touki dans le couloir.

-       Touki ne bouge pas, je reviens.

J’entre chez mamie. Elle me sert un méga morceau de gâteau à l’orange dont elle a le secret. Et, ensuite, elle prend un air vachement mystérieux pour me parler de son stylo…

-    Tu vois ce stylo, c’est un beau stylo non ?

Je le regarde bien, il ressemble à un stylo normal. Mais pour faire plaisir à Mamie je lui dis :

-       Il est très beau !

Et puis, elle fait les gros yeux. Elle avance sa tête toute ridée vers moi et elle me dit tout bas :

-       Tu sais garrrder un secrrret ?

Alors moi je reste la bouche ouverte un morceau de gâteau accroché à mes dents.

 

4Le Secret de mamie Quenouille

J’ai juste le temps de refermer ma bouche pour entendre l’histoire la plus bizarre que j’ai jamais entendu…

-       Tu vois ce stylo Bobine, il est magique !

Mamie Quenouille raconte qu’elle est une fée et qu’elle aimerait bien prendre sa retraite. Que ça fait longtemps qu’elle m’observe. Que je suis parfaite pour prendre sa suite. Et patati et patata… Moi je me dis qu’elle est un peu dérangée. Mais quand même ça m’intrigue.

Elle prend ma main et me met le stylo dedans. Elle ferme les yeux, pour mieux se concentrer. Après, elle récite une formule qui dure une éternité : Abricabradada, bougligli, bloulagala.

Moi je pense, au secours ! à moi ! à l’aide ! mamie Quenouille est une sorcière !

Mamie ouvre enfin les yeux et elle dit :

-        Voilà, le stylo est à toi. Je t’ai donné le pouvoirrr ! Mais attention il faudrrra être prrrudente !

Mamie m’inquiète. Je me promets d’en parler à maman après les courses.

 

 

-     Tu es la nouvelle petite fée ! prrrends bien soin de ton stylo magique et méfie toi des sorrrcièrrres qui pourrrraient te le chiper.

Sept coups viennent de sonner à la vieille horloge du salon. J’en profite pour me sauver.

-       Je dois y aller mamie, ça va fermer ! Merci pour tout !

Smack ! je dépose une bise sur sa joue molle.

-       N’oublie pas, Bobine, ne dis rrrien à perrrrsonne ! Bouche cousue !

-       Ouiiii mamie à toute !

Je sors en trombe et là horreur ! Touki s’est échappé !

J’arrive essoufflée à la boulangerie.

-       Il n’y a plus de pain ! me dit le boulanger désolé.

 En plus le rideau de la mercerie est tiré. C’est affreux ! je pleure beaucoup.

 

5Le stylo magique

Mes larmes me mouillent tout le visage.

-  C’est trop bête ! je vais me faire gronder ! tout ça à cause de ce fichu stylo ringard !

Je gribouille nerveusement un morceau de papier que j’ai trouvé dans ma poche en espérant un miracle. Je dessine une tête de chien et en même temps je pense :

-       Si seulement Touki était là !

Soudain je sens un grand coup de langue sur ma joue. C’est Touki ! Youpi !

Je me demande si c’est un hasard ou bien de la magie. Le stylo frétille entre mes doigts. On dirait qu’il a envie d’écrire. J’écris : pain.

Je finis à peine qu’une grosse voix m’appelle. C’est le boulanger !

-   Bobine ! Cette baguette était cachée la coquine !

Génial ! je prends la baguette ravie. Il me reste à trouver le fil pour maman.

Sur le petit bout de papier, je marque : fil.

Rien, il ne se passe rien du tout… Je suis si déçue !

Tout à coup je marche sur quelque chose qui roule. Zip ! je glisse. Heureusement Touki est là pour me rattraper. La chose s’est coincée sous ma chaussure.

-       Une bobine de fil dorée !

Je n’en reviens pas ! le stylo de Mamie Quenouille est vraiment magique !

Je cours la remercier pour ce cadeau extraordinaire !

 

 

 

 

6la fée Bobine

Quand je cogne à la porte de mamie, personne ne répond. Je trouve juste un mot collé : Partie en vacances autour du monde !

J’aurais bien aimé lui poser tout un tas de questions ! Tant pi, je vais me débrouiller.

Première chose, réparer l’ascenseur. Allez zou, faisons marcher le stylo magique ! un petit crayonné et le tour est joué !

Quand j’appuie sur le bouton de l’ascenseur.  Ça marche. Waw ! les portes s’ouvrent !

Arrivée au septième étage Madame Clarinette me fait un triomphe !

-       Mes invités sont arrivés. Il ne manquait que du bon pain ! Tiens voilà des bonbons.

J’empoche une poignée de bonbons trop contente.

Au neuvième, Monsieur Firmin est de bonne humeur.

-       J’ai pu voir la fin du match de foot, on a gagné ! merci Petite, et pour toi voilà une pièce.

Alors là, trop cool, des sous !

Après avoir remercié Monsieur Firmin, je file à la maison.

-       Maman ! J’ai ton fil !

-       Vous voyez Madame Grognon, ma fille m’a ramené le fil qu’il fallait.

Madame Grognon rumine dans sa barbe. Maman se met à sa machine et finit la robe en un rien de temps.

-     Elle est magnifique cette robe ! dit Madame Grognon avec un grand sourire. Bravo Madame la couturière !

Une fois Mme Grognon Partie, maman me dit :

-       Viens ici, ma fille chérie, que je t’embrasse ! tu m’as ôté une grosse épine du pied !

J’ouvre des yeux ronds.

-       Grâce à toi Madame Grognon est partie SA-TIS-FAI-TE ! tu veux que je te dise quelque chose…

Maman me chuchote à l’oreille :

-    Tu es une vraie petite fée !

Je lui murmure en clignant de l’œil :

-       Tu ne crois pas si bien dire, maman !

Le soir dans mon lit, je pense à mamie. J’ai hâte qu’elle rentre de son voyage car j’ai mille questions à lui poser…

 

 

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Published by Maya - dans petit roman
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16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 11:26

Résumé :

Antonin, qui a beaucoup d'imagination, surprend ses parents en train de parler de lui. Les mots qu’il saisit lui laissent penser qu’il a découvert un secret de famille…

 

1 Les photos volées.

Depuis que je suis capable de tenir un appareil photo dans mes mains, je photographie tout ce qui m’entoure. Avant j’aimais bien faire des photos souvenir. Je photographiais mon gâteau d’anniversaire, le trou de souris avant que papa ne le rebouche ou mes copains en train de faire les andouilles devant moi.

Je photographiais mes pieds tous les deux mois pour observer leur croissance. 

Je photographiais les poubelles vides, pleines, renversées et même brûlées ( ça arrive quand des vandales croisent le chemin de votre poubelle).

J’ai eu ma période chaussure. J’aimais bien prendre en photo des chaussures de toutes sortes. J’allais dans ma rue et là, j’avais toutes les chaussures que je voulais. Des grosses, des minuscules chaussures de bébé, des pointues, des brillantes, des abîmées, des à lacets, des à scratch, il y en avait pour tout les goûts.

Maintenant, j’adore faire des images volées à gauche à droite, surprendre les gens dans des actions.

Chaque matin, Persil le chien des voisins fonce sur Maximilien quand il dépose le journal dans leur boîte à lettres. Il l’effraie, le fait sursauter avec ses aboiements hargneux. Pour saisir l’expression de Maximilien et la colère de Persil, il a suffi de me poster à un endroit stratégique dans le jardin. Tout près du rosier grimpant qui se trouve juste à côté du portail des Barthélemy. Là, caché parmi les roses et leurs épines j’ai planté mon œil digital. Click ! et j’ai immortalisé leur mimique. Maximilien, les yeux ronds, les sourcils en parenthèses, la bouche ouverte. Persil, les crocs dehors, la babine retroussée, l’œil furieux.

Idem pour papa. Lorsque qu’il part au travail, il oublie presque toujours quelque chose. Quand ce ne sont pas ses clés de voiture ou sa veste bleu marine c’est sa sacoche. Dans ces cas-là, il revient toujours en s’exclamant « où ai-je la tête nom d’une pipe ! ». Il fait, alors, une drôle de grimace. Il fronce les sourcils et remonte en triangle sa lèvre supérieure. Cela ne dure qu’une seconde ou deux, difficile de capturer une expression aussi fugitive ! Après de nombreux essais infructueux, j’ai immortalisé son visage tout crispé. Je lui ai montré et il a bien ri. Papa a bon caractère.

J’adore explorer le monde autour de moi. Plus tard je deviendrai un grand explorateur.

 

2 Les mots capturés

De temps en temps, J’aime me lever tôt même si c’est les vacances. Car c’est tôt le matin qu’on peut capturer des images intéressantes. Aujourd’hui, j’explore la maison et ses alentours. Muni de mon mitrailleur d’images, je tombe sur une conversation entre papa et maman. Ils parlent d’eux et puis ils parlent de moi aussi, dans la cuisine. La cuisine c’est l’endroit où on se dit tout. Chez nous c’est comme ça, si on a quelque chose d’important à se confier, on se le dit dans la cuisine. Peut-être par ce que c’est l’endroit le plus souvent fréquenté par nous trois. Je les regarde un moment. Papa a des petits yeux tristes et abattus, un peu comme ceux des saint-Bernard. Maman se tient la tête, ses beaux cheveux bruns trempent dans sa tasse remplie de café. J’attends, le moment me paraît propice à un reportage. Mais au fond, je ne me sens pas fier car j’ai l’impression de leur voler un moment intime.

Ils ne me voient pas… Je les entends… Ils disent Antonin par-ci, Antonin par-là, patati et patata... Ils parlent de moi. Ils chuchotent même. Je tends l’oreille, je retiens mon souffle, car ma respiration m’empêche de bien entendre tout. Au passage j’attrape un bout de phrase qui m’alerte. « Il va falloir en parler à Antonin. ». Puis quelques mots surgissent en désordre dans des bouts de phrases difficiles à saisir entièrement : « Antonin », « trop », « n’est pas », « enfant », « il aime », « notre ».

À cet instant, quand je comprends les bribes de mots qu’ils prononcent. Quand je les rassemble comme on reconstitue un puzzle (je suis fort en puzzle), c’est comme si je prenais un violent coup de point dans le ventre. « Antonin n’est pas notre enfant, il aime trop… ».

Je sens mon cœur se serrer dans ma poitrine comme une éponge desséchée au soleil. Après, j’ai du mal à avaler ma salive qui devient tout d’un coup épaisse et grasse. Je respire à fond, et je réfléchis.

« N’est pas notre enfant… il aime trop… »

De quoi veulent-ils parler ? les mots résonnent dans ma tête. Qu’est ce que tout cela signifie ?

 

3 Mes parents ne sont pas mes parents

Depuis mercredi, je pense beaucoup à la conversation entre papa et maman. Je les regarde aussi. Ils ont l’air gêné, pas bien dans leurs baskets, pas comme avant. Ils se forcent à me sourire. Papa qui aime bien faire des blagues très drôles, eh bien là il est nerveux comme un nouveau dans la classe qui veut à tout prix se faire remarquer.

Je réfléchis aussi dans ma tête. Je me dis : « mes parents ne sont pas mes vrais parents ». Et j’ai un truc qui me serre la gorge, comme une noisette coincée et qui  ne veut pas descendre dans mon estomac. Je me dis «  Peut-être, qu’ils viennent de se rendre compte que le docteur s’était trompé à la maternité. Peut-être qu’ils m’ont tout bonnement adopté quand j’étais bébé mais qu’ils ne voulaient pas me le dire mais que maintenant ils regrettent. Peut-être que je ne suis pas leur fils… Peut-être même que je suis le fils d’un boucher, j’adore la viande. Ou d’un très grand mathématicien, je suis nul en math. Ce n’est pas très logique ça ! Ou alors, peut-être que je suis le fils d’un grand photographe, vu que j’adore prendre tout en photo.  Peut-être même, que je suis le fils de quelqu’un de célèbre… »

Cette dernière idée me séduit car elle me console. Après tout qu’est ce que ça change ? rien du tout. Mes parents restent mes parents, je les aime. Je les adore même, car ils sont attentifs et doux, ils sont affectueux et généreux.

Mais à bien regarder, mon père est petit et trapu alors que je suis grand pour mon âge et maigre. Il a un crâne d’œuf, moi j’ai beaucoup de cheveux. Ses yeux sont aussi clairs et ronds que les miens sont sombres et en forme d’amande.

Je ne ressemble en rien à ma mère qui est petite et menue. Ses yeux sont étroits et sont long nez est droit. Rien à voir avec le mien plutôt court et rond.

Avant de surprendre la conversation de mes parents, je vivais comme un aveugle. Maintenant je sais que je suis quelqu’un d’autre.

 

4 On a de la Visite

Maintenant que je sais que ma famille n’est pas vraiment ma famille, je ne me sens plus obligé d’en aimer certains membres.

Par exemple… Ma tante Sophie, la sœur de maman.

Sophie, c’est ma bête noire, toujours à dire des choses blessantes. Du genre «  Tu as un visage d’ange ». Est-ce qu’on peut avoir le visage d’un ange lorsqu’on est brun aux yeux noirs ? les anges sont de jolis blondinets ailés incapables de la moindre bêtise ! Horrible ! Je suis loin d’être un ange. Je préfère être un pirate et sanguinaire qui plus est ! Surtout en présence de Sophie…

Parfois, elle se hasarde à lancer « ce qu’il est drôle cet enfant ! » alors que je dis ma récitation très sérieusement. Est ce qu’on est drôle dans ce cas ? On dirait qu’elle fait tout pour m’embêter, pour me rendre furieux ! Mais ça, ce n’est rien à côté de ce qu’elle m’a fait pour mes sept ans.

Cette date est à marquer au fer rouge ! elle avait mis en oeuvre une de ses attaques souterraines pour mettre dans la tête de maman qu’il ne fallait pas couper mes boucles brunes. « Il tellement mignon avec ! On dirait une fille ! ». Mais, je ne suis pas une fille ! je suis un garçon avec des biscotos et tout ce qu’il faut !

J’avais négocié longtemps pour avoir la même coupe que Clément tout en brosse. Maman avait beaucoup hésité, car entre parenthèses, elle aussi aimait mes boucles. Mais elle était sur le point de craquer, j’avais tout fait pour, quand Sophie est arrivée avec ses gros sabots pour anéantir mes plans.

Après, j’ai attendu mes neuf ans pour obtenir ma coupe ultra courte de vrai homme. Cette perte de temps et la déception de Clément à ma fête d’anniversaire, on avait prévu de jouer à bagnard s’évade, m’a obligé à prendre une décision super dure. J’ai décrété que Sophie était mon ennemie jurée. Aujourd’hui, ce qui me console d’avoir pris cette si dure décision c’est que Sophie n’est pas vraiment ma tata.

 

    -   Antonin descend s’il te plait ! On a de la visite ! Et ne traîne pas !

Depuis l’autre jour maman est très nerveuse et de temps en temps il lui arrive de prendre ce ton autoritaire pour m’appeler. Et en cet instant précis où elle me hèle, je n’ai pas trop envie de sortir de ma chambre. Je lis mon livre favori, celui qui parle du grand explorateur et photographe Ferdinand Archer. C’est papa et maman qui me l’ont offert, l’année dernière. Maintenant, je suis certain que c’était pour me mettre sur la voix… C’est donc ça… Alors, je suis peut-être le fils de Ferdinand Archer…

 

-       Antonin !

Si seulement ça pouvait être papi. Ça fait longtemps que je ne l’ai pas vu. Avec papi, on rigole tout le temps et puis il m’apprend à jouer à la pétanque.

« Quand tu seras grand, tu seras un champion de pétanque ! » papi, c’est le roi du compliment ! je l’adore !

Mais j’ai un mauvais pressentiment, quelque chose me dit que Sophie est dans le coin… je reste donc tranquille dans mon lit…

 

Depuis quelque temps, maman a de la visite presque tous les jours. Françoise, la pipelette, la sœur de papa est venue passer quelques jours. « La pipelette » c’est le surnom que lui donne papa parce que d’après lui elle a la langue bien pendue. Elles ont passé beaucoup de temps dans la cuisine à papoter devant une tasse de thé ou peut-être que c’était du café.

Hier c’était Janine, ma mamie qui ne l’est pas vraiment puisque c’est la mère de maman qui n’est pas vraiment ma maman. D’ailleurs, je l’appelle Janine tout court. Mamie, je trouve ça un peu hypocrite, maintenant que je sais que nous ne sommes pas de la même famille. Elle n’a pas eu l’air surpris. Enfin, en tout cas elle ne m’a fait aucune remarque. Elle m’a juste embrassé de ses bisous collants et humides un peu plus fortement que d’habitude. Comme si elle avait quelque chose à se faire pardonner.

 

-       Antonin !!!

Maman me rappelle à l’ordre, Je ne tiens pas à bouger d’un pouce. Je suis bien calé dans mon lit.

      -   Antonin ne fait pas le sourd ! Tu sais bien que tante Sophie n’aime pas les enfantillages !

Oh ! non ! mon pressentiment se révèle exact. Pas envie de la voir, pas envie de supporter  ses remarques désagréables. Mais maman insiste une nouvelle fois. Alors, contraint et forcé, je sors l’attirail pour la circonstance.

Enfin prêt, j’emprunte la rampe d’escalier à califourchon, je glisse à toute vitesse jusqu’en bas et zou je termine ma descente vertigineuse par un petit saut de cabri. Me voilà face à mon ennemie jurée.

 

 

 

5 Le face à face

-   Tiens, il me semble que tu as pris quelques centimètres depuis la dernière fois, dit-elle.

Cette remarque, je la prends pour un compliment. Alors, je décide de gratifier mon ennemi d’un sourire. Ce qui m’étonne c’est qu’elle ne dit rien de rien sur ma tenue spéciale invasion de Sophie. J’ai pourtant fait un effort aujourd’hui. Salopette de ski, cagoule et bonnet, gants, cape de Batman sans oublier mon magnum 35 au cas où elle me ferait sa sempiternelle et détestable remarque. Je n’hésiterais pas une seule seconde, je l’abattrais comme un ours. Et tant pis si ça fait de la peine à maman. Je buterai sa sœur si jamais elle ose me dire…

-       Qu’il est beau, cet enfant ! tête d’ange et gueule d’amour ! tout ton portrait soeurette !

Elle a osé la vile sorcière… Ma main serre le pistolet, je vais éliminer cette vipère malfaisante. Elle ignore que Sandrine n’est pas ma vraie maman. Elle ignore que je suis forcément un Archer. Mon doigt s’apprête à appuyer sur la détente, mais maman me coupe dans mon élan.

-       Antonin, allez, dis bonjour à tante Sophie. Et tu vas me faire le plaisir de retirer ta cagoule.

Ça jamais qu’elle n’y compte pas ! D’un bond je donne un bécot dégoûté à tante Sophie et je file me réfugier à l’abri, sous la cage d’escalier.

-       Vous avez pu lui parler ? Il a l’air un peu perturbé…

-       Non pas encore, mais il va falloir.

-       Tu penses qu’il se doute de quelque chose.

-       Non, c’est impossible.

Elles chuchotent, mais j’entends quand même tout ce qu’elles se disent. Alors comme ça, Sophie, la vieille bique, est au courant que maman n’est pas ma vraie maman. Et donc elle sait qu’elle n’est pas ma vraie tata. Mais pourquoi elle dit toujours que je ressemble à maman alors ?

Et puis un garçon ressemble à son père, pas à sa mère. C’est scientifiquement impossible.

Ma tête tournicote. La place sous l’escalier n’est pas très confortable. Le danger étant écarté je sors de ma cachette pour regagner ma chambre en catimini et retirer mon déguisement qui me tient trop chaud en plein mois d’août.

 

 

6 Maman est  triste

Depuis quelques jours papa rentre de plus en plus tard du travail. Il ne mange plus tellement le soir avec nous. Bien souvent je vais me coucher sans l’avoir vu et quand je me lève, il est déjà parti au travail.

Je vois bien que maman est triste. Peut-être qu’ils ne sont pas d’accord. Peut-être que quand ils ont su que je n’étais pas leur vrai fils, ça a tué leur amour.

Mais moi je vais leur dire que je les aime quand même. Vrais parents ou pas, je les aime beaucoup.

-       Maman, qu’est ce que tu as ? pourquoi tu es triste ? Tu t’es disputée avec papa ?

-       Non, mon ange.

Quand c’est maman qui m’appelle son ange, c’est pas pareil que quand c’est Sophie. Dans la bouche de maman c’est beau d’être un ange !

Elle m’attrape par le menton et me regarde droit dans les yeux.

-       Je suis juste un peu soucieuse. Mais ça va aller.

-       Mais pourquoi, il n’est presque plus à la maison papa ?

-       C’est parce qu’il est à l’hôpital ?

-       À cause de son travail ? il y a beaucoup de malades en ce moment ?

-       Oui, mon cœur, c’est exactement ça, papa a beaucoup de travail.

Papa est docteur. D’habitude, il travaille dans son cabinet, il ne va jamais à l’hôpital. Alors, ça doit être ça… Il y a eu un échange à l’hôpital, les docteurs se sont trompés de bébé. On m’a confondu avec un autre. Papa doit faire des recherches dans leur fichier pour retrouver leur vrai enfant.

C’est pour ça que maman est triste et qu’elle me serre si fort dans ses bras. Comme si bientôt je devrai les quitter, comme si je ne vivrai plus avec eux dans peu de temps…

J’ai peur… Je n’ose pas dire à maman que je sais tout. Pourtant j’aimerai la rassurer.

Il faut que je sache si mon père est Ferdinand Archer. Il faut que j’en aie le cœur net. Il n’y a qu’un moyen de le savoir, c’est de lui écrire.

 

 

 

7 La lettre

Dans le livre qui raconte les exploits de Ferdinand Archer, il y a tout un tas de vieilles photographies. C’est en les regardant à la loupe que je vois tout de suite  qu’il me ressemble drôlement. Les mêmes cheveux ondulés. Bon, sa couleur à lui c’est roux mais je ne désespère pas que les miens changent. Ça se peut ! Le grand frère de Clément, il était tout blond avant et maintenant il a les cheveux bruns comme moi, alors !

J’ai aussi son nez, rond au bout. J’ai ses yeux en fente, ses mains fortes et quand je serais grand j’aurais sa grosse barbe rousse en broussaille. Et le plus frappant c’est sa petite cicatrice près de l’œil droit, on a exactement la même. Moi, c’est Persil la chienne des voisins qui me l’a faite un jour où elle était encore de plus mauvaise humeur que d’habitude. Clack groumpch !  elle m’a mordu.

Si c’est pas un signe ça ! il paraît qu’il y a des évènements qui se répètent de génération en génération. Maman, le dit tout le temps à papa quand elle est en colère après lui. Elle lui répète qu’il est comme son père et dans sa bouche ça n’a pas l’air d’un compliment. D’ailleurs, je trouve ça injuste car papi est le plus parfait des papis de la terre entière ! Mais si papa n’est pas vraiment mon papa, alors papi n’est pas mon vrai papi… J’ai un haut-le-coeur. Je suis triste…

 

Sur le livre il y a une adresse de marquée. Il ne me reste plus qu’à rédiger la lettre. Je m’applique et de ma plus belle écriture j’écris :

 

Monsieur Archer,

Vous ne me connaissez pas mais, on est de la même famille. Je crois que vous êtes mon père. Je vous ressemble beaucoup et je fait des photos d’exploration, pareille que vous. J’ai la même cicatrice que vous à coté de mon œil droit, aussi.

J’aimerai bien vous rencontré.

Signé : Anto

 

8 Clément

Finalement c’est plaisant de penser qu’on est le fils d’une célébrité. Bientôt j’aurai la réponse à ma question. Je suis presque sûr de la réponse. Quand il va lire ma lettre, Ferdinand Archer sera heureux de me retrouver. Mais moi je lui dirai, qu’il n’est pas question que je quitte ma famille. Je l’aime ! mes parents seront heureux et tout redeviendra comme avant. Comme avant que je surprenne leur conversation dans la cuisine.

Cet après-midi maman a des choses à faire. Du coup, je vais à la piscine municipale avec Clément. C’est sa maman qui nous y emmène. Elle est gentille Véronique, elle m’aime bien. Elle me dit que je suis son préféré ! parmi les copains de Clem bien sûr ! et puis avec elle je suis certain de me régaler avec un bon goûter. C’est encore les vacances, mais plus pour très longtemps. La rentrée c’est pour la semaine prochaine. Il fait encore très chaud, alors cette baignade tombe à pic. Les employés ont ouvert le toit de la piscine, c’est encore plus chouette.

Pour l’instant, je n’ai encore parlé à personne de mon secret. Clément, c’est mon meilleur copain, à lui je dis presque tout.

Après une heure de plongeons et de volley, on décide de s’allonger sur la pelouse qui borde la piscine. Véronique, nous donne notre goûter, une brioche au beurre et une barre de chocolat. Vraiment délicieux ! c’est en dégustant mon quatre heures que c’est arrivé. C’est venu comme ça.

-  Clem ! si je te disais que mes parents m’ont adopté ?

-  C’est quoi encore cette connerie ?

-   Ben, l’autre jour j’ai entendu mes parents discuter. Ils disaient que je ne suis pas leur fils.

-    Mais, n’importe quoi !

-   C’est vrai, je te jure.

-   Mouais.

Clément, fait la moue. Il tord son visage long et mince, et avance sa bouche en avant, l’air de dire. « Ne me prends pas pour une andouille ».

Je poursuis mon histoire et quand j’arrive à Ferdinand Archer, le voilà qui se redresse et me lance.

-       T’es débile mon vieux. T’as de la chance d’avoir une vraie famille. Et tu voudrais être le fils d’un héro de bande dessinée ? T’es nul dans ta tête mon pote !

Ses grands yeux noisette brillent. Et je ne saurais dire si c’est l’émotion ou le soleil qui lui brûle les yeux.

-       Mais je te jure, j’ai entendu mes parents parler de moi. Ils disaient que je ne suis pas leur fils. J’ai tout entendu !

-       T’es sûr d’avoir tout compris ? et puis ton histoire de Ferdinand Archer, excuse moi, tu l’as inventée pour te faire mousser.

Il ramasse sa serviette et s’installe un peu plus loin.

Je m’en veux un peu de lui avoir raconté mon secret. Comment peut-il réagir autrement ? Ses parents sont séparés depuis qu’il est bébé et son père, il le connaît à peine.

Je le rejoins, déçu, traînant un peu des pieds. J’aimerais qu’il pense à autre chose mais il se retourne et il me dit :

-       T’as rien pigé, mon gars. Mais, je ne te dirai rien car maman m’a fait promettre.

La conversation est close. Je pense qu’il me jette à la figure cette méchante phrase par simple jalousie. J’ai des parents adoptifs formidables et un père qui est une célébrité.

Ça l’emmerde que je sois le fils d’un homme connu alors que lui il est l’enfant de gens normaux.

 

9 La réponse

Ça y est, elle est arrivée la réponse à ma lettre. L’enveloppe longue, bleue, avec un arbre dessiné sur le côté droit est posée sur mon bureau. À l’intérieur, il y a un carton d’invitation.

«  Vous êtes invité à rencontrer Ferdinand Archer à la librairie LA PAGE, Paris 12ème, samedi 27 août à partir de 15H00. »

 Mais c’est aujourd’hui ! C’est génial ! je vais pouvoir rencontrer  Ferdinand Archer !

À la maison, ça bouge dans tous les sens. J’entends des portes qui claquent, des talons qui résonnent. Quelle heure est-il ? quoi, dix heures ! wow, j’ai trop dormi.

Je descends.  Maman est prête à partir.

-       Tu as vu, ma crevette, je t’ai posé un courrier sur ton bureau. Maintenant, je dois me sauver. Papa m’attend dans la voiture.

-       Qu’est ce qu’il se passe ?

-       Papa et moi, on t’expliquera à notre retour. Promis juré !

Elle me fait un salut militaire et se penche vers moi. Juste avant de m’embrasser, elle rajoute.

-       C’est ta tante Sophie qui va s’occuper de toi.

À ce moment, je ne me contrôle pas et paf, ça part tout seul.

-       Oh ! non pas elle !

-       Comment ça, pas elle ? c’est comme ça que tu accueilles ta tata ?

Sophie sort de la cuisine comme un polichinelle de sa boîte.

Maman dit :

-       Je me sauve !

La porte claque et me voilà en tête à tête avec tante Sophie. La journée va être rude. Et dire que j’avais l’occasion de rencontrer Ferdinand Archer.

-       Bon, allez Antonin ! Je sais que tu n’aimes pas que je te titille, mais tu connais le dicton : qui aime bien châtie bien. Et puis la journée risque d’être longue, alors autant être amis, non ?

Elle me tend, la main pour que je claque ma paume sur la sienne. Ce que je fais. Pour une fois elle a raison Sophie.

-       À la bonne heure ! tu sais, j’ai prévu une journée d’enfer ! pour commencer. Tu vas aller te préparer et ensuite on va manger une pizza géante !

-       J’aime pas la pizza.

-       Alors on peut aller chez le chinois à deux pas de chez moi, il en a un excellent !

J’acquiesce d’un hochement de tête et je ne peux réfréner un petit sourire. Elle sait y faire la Sophie. Sa bonne humeur est contagieuse.

-       Bon ! après on peut se faire une toile, si tu veux ?

-       Une toile ?

-       On peut aller au cinéma. J’ai vu que « la guerre des étoiles » passe au…

-       Non, j’aimerais mieux aller à la librairie LA PAGE car il y a Ferdinand Archer qui sera là. J’ai même une invitation !

-       Ça marche !

Tante Sophie m’épate, mais c’est quand même mon ennemie jurée, alors je me méfie.

Je me prépare à la hâte. J’enfourne dans mon sac à dos, mon livre, mes dernières photos et mon appareil. Et nous voilà partis !

Le repas est génial. Je peux commander tout ce que je souhaite. Sophie dit oui à tout. Finalement, elle sait être cool quand elle veut.

Au fil du repas j’ai une petite boule qui vient se poser sur mon ventre et qui est si lourde que je n’arrive pas à finir mon plat. Et dire qu’il y a encore le dessert !

-       Tu as les yeux plus gros que le ventre, mon gars ! C’est pas grave. Ta tante Sophie est très gourmande. Je vais m’en charger.

Elle me dit ça en roulant des yeux. Sa figure est si drôle que je ne peux m’empêcher d’éclater de rire. Je suis content d’être avec elle. Elle s’occupe bien de moi. Elle est gentille. Je me sens prêt à tout lui pardonner.

Elle regarde sa montre et s’exclame. 

-       Faut y aller mon grand, sinon on va rater ton rancard !

-       Mon quoi ?

-       Ton rendez-vous ! oh ! va falloir que je fasse ton éducation en expressions !

Sophie me fait rire, elle m’apprend des choses et finalement elle n’est pas si mal.

 

10 La rencontre

Lorsqu’on arrive à la libraire, on est très en retard et celle-ci est noire de monde. Je me sens tout petit au cœur de cette masse informe d’adultes. Ils se pressent, les uns contre les autres et ne font pas attention à moi. Ils me marchent sur les pieds, me poussent sans me voir. Sophie m’aide à me frayer un chemin. Elle tient ma main fermement et de peur de perdre mon précieux appareil photo je le serre contre moi. Enfin nous débouchons sur une longue file. Après une attente pénible et longue, me voilà face à lui, mon idole, mon père. Je suis un peu déçu car il n’est pas pareil que sur les photos. Il est vieux. Sa cicatrice au coin de l’œil baille comme une petite bouche. Son nez épais et granuleux ressemble à l’intérieur d’une grenade. Ses cheveux sont crépus et mal ordonnés. J’ai peur de lui parler, j’ai peur de lui demander. Mais il le faut. Je me lance.

-       Je… Vous… J’ai…

Il me regarde avec ses gros yeux fatigués. Et me fait un large sourire.

-       Tu ne serais pas Antonin, par hasard ?

-       Heu… oui…

-       Tu sais que je n’ai jamais reçu une lettre aussi drôle de toute ma vie ! Arthur, viens que je te présente mon fils.

Un grand type, à la barbe naissante et aux jambes sans fin, s’avance.

-       Ben ouais, c’est tout ton portrait. Y a pas de doute. AH ! AH !

J’ose à peine ouvrir la bouche, tellement j’ai honte. Les larmes me montent aux yeux et dégringolent malgré moi sur mes joues cramoisies.

Sophie est aussi surprise que moi. Elle ne sait pas quoi dire.

-       Eh bien !, je vais te dire un truc. Avec l’imagination que tu as tu iras loin, mon bonhomme ! Tu m’as emmené ton travail ? des photos ?

Je lui fais oui de la tête comme un petit muet. Je cherche dans mon sac, mais mes mains tremblent. Les photos sont sorties de leur poche et se sont éparpillées. Quand enfin, j’arrive à les rassembler, je les lui tends un peu honteux.

Il prend un long moment pour les regarder. Il les examine minutieusement.

-       C’est pas mal du tout ! tu as du talent.  Mais tu dois mieux cadrer pour mieux saisir la force de l’instant. Tu veux que je te dise, tu n’es pas mon fils car je n’ai pas d’enfant. Mais, si j’en avais un je voudrais qu’il soit comme toi.

Il se penche vers moi. Et il me chuchote à l’oreille.

-       Si tu continues à aimer la photographie, dans quelques années, quand tu seras un peu plus grand, je te prendrai comme stagiaire. Si ça te dit ?

-       Oh ça oui ! ça me dit trop !

Miracle j’ai retrouvé ma voix.

-       En attendant, Arthur mon ami, va te donner ma vraie adresse et mon numéro de téléphone. Comme ça on pourra rester en contact. Si ta maman le permet.

Il dit ça en regardant Sophie. Et du tac au tac je lui réplique :

-       Ce n’est pas ma mère et d’ailleurs je ne sais pas qui est ma vraie maman !

Sophie réagit aussitôt.

-       Qu’est ce que c’est que cette histoire ?

-       C’est vrai je les ai entendu, papa et maman dans la cuisine. Ils parlaient de moi à voix basse. Ils disaient que je ne suis pas leur fils.

-       Mais non, voyons ! Tu as mal compris, Antonin !

-       Quelle imagination ! vraiment Antonin tu m’épates ! Ah ! Ah ! Ah ! s’exclame Ferdinand Archer mort de rire.

Moi, je suis mort de honte… J’ai juste le temps de récupérer un peu. Ferdinand Archer se doit d’être attentif à ses autres admirateurs. Alors, après une brève photo souvenir et un au revoir chaleureux, Arthur me donne le numéro de téléphone et l’adresse complète de l’explorateur. Sophie et moi nous sortons en sueur d’avoir dû lutter pour traverser la foule encore plus épaisse et compressée. Enfin à ciel ouvert, elle s’accroupit à ma hauteur et me questionne du regard. Je ne sais pas quoi lui dire de plus. Je sais ce que j’ai entendu. Elle dit :

-       Je vais t’expliquer…

Sophie place sa bouche au creux de mon oreille et me raconte. Mon cœur bat à tout rompre. Il est plus léger car je retrouve ma vraie famille mais j’ai un lourd poids sur l’estomac. Alors, je lui dis :

-       Maintenant, je veux rentrer.

Elle m’attrape énergiquement par la main et m’entraîne dans son tourbillon plein de dynamisme.

-       La maison c’est par là !

Et nous volons littéralement, tels les oiseaux migrateurs qui ont une destination toute déterminée.

 

11 Les retrouvailles

Mes pieds effleurent à peine le perron de la maison. J’appuie de toutes mes forces sur la poignée grippée de la porte d’entrée. Elle cède brutalement et va cogner sur  le mur. La voix est libre, je file à l’intérieur. Dans le salon trône papi, mon papi… Il est installé dans un fauteuil roulant. Je n’ai pas l’habitude de le voir ainsi, lui qui est toujours si vaillant ! Des coups de tambour résonnent fort dans ma poitrine.

-       Papi ! Mon papi !

-       Hé ! hé ! je vois que tu es content de me voir, mon petit lapin.

-       Je sais tout, papi. C’est tante Sophie qui m’a tout expliqué. Elle m’a dit que papa et maman se sont inquiétés pour toi car tu as attrapé un méchant virus. Et qu’ils n’ont pas voulu me le dire car ils savent que je t’aime beaucoup ! mon papi chéri ! Et c’est pour ça qu’ils ont fait des messes basses. Ils ont voulu me protéger.

-       Tu vois maintenant, tu n’as plus à te tracasser car je suis guéri.

-       Et on va fêter ça ! s’exclame papa.

 

Le soir, toute la famille est réunie. Maman a préparé des pâtes à la milanaise car elle sait que c’est le plat préféré de papi. Mamie Janine a ramené une bonne tarte aux pommes. C’est la chef des desserts ! moi je fais des portraits de tout le monde et c’est pas triste !

Je suis le plus heureux, entouré de ma vraie famille. Et finalement, c’est vrai que je ressemble à maman. Sophie m’a montré des photos d’elle à mon âge, on est presque pareil ! presque car moi je suis un garçon, faut pas l’oublier !

Elle m’a expliqué que l’hérédité c’est quelque chose qui peut venir de nos lointains ancêtres et même nos goûts et tout. Elle m’a même révélé qu’elle aussi, lorsqu’elle était petite fille, elle photographiait tout. Mais elle m’a confié que je suis bien meilleur photographe qu’elle. Elle m’a promis de garder le secret de la lettre envoyée à Ferdinand Archer. Sophie n’est plus mon ennemie jurée, c’est ma tata copine !

La soirée passe en un éclair. Je suis étalé sur le canapé du salon quand maman s’approche de moi et me couvrant de petits bisous elle me dit :

-       Alors, Toto chéri, Sophie m’a raconté ton après midi et ta rencontre avec Ferdinand Archer. C’est formidable ce qu’il t’a proposé ! tu te rends compte! Stagiaire du grand Ferdinand Archer ! je suis fière de toi, mon grand ! très fière !

 

Plus tard, allongé dans mon lit, les yeux collés au plafond, je pense. Je me dis que Clément avait raison. J’ai de la chance d’avoir une vraie famille, une famille aussi formidable !  Lundi c’est la rentrée des classes, je lui dirai à Clément. Je lui dirai : «  T’avais raison sur ma famille, toi t’es vraiment mon meilleur pote ! »

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15 mars 2010 1 15 /03 /mars /2010 15:18

Lunon

I / LE SOLEIL A DISPARU

Il était une fois, un petit garçon nommé LUNON. Il vivait dans un petit village haut perché, accroché au flan d'une montagne presque miraculeusement. Depuis toujours les villageois profitaient du bien-être prodigué par le soleil très proche d'eux et c’est dans cette atmosphère chaleureuse et bienfaisante que LUNON grandit.

Mais un jour le soleil ne se leva pas et tout changea. Les couleurs cédèrent la place à la grisaille, la chaleur au froid, le sourire aux larmes, bref le bonheur devint malheur.

Les animaux commencèrent à s’éteindre petit à petit d’ennui et de désespoir. Le soleil leur manquait, il manquait à tous. Peu à peu les réserves de nourriture, elles aussi, s’épuisèrent et la faim s’empara des villageois. Le village était très isolé et le froid glacial qui régnait empêchait toute communication avec ceux du bas. Les hommes qui tentèrent de traverser la grande forêt bleue pour aller chercher de l’aide furent contraints de rebrousser chemin.

Un grand conseil s’organisa et chacun prit la parole. Autrefois, lorsque le soleil brillait, on s’écoutait. Mais le malheur rendit les gens irrespectueux et leurs cris de colère et de peur résonnèrent dans le village.

Le soleil est tombé derrière la montagne !

Voilà des semaines qu’on ne l’a pas revu, il nous a abandonné !

 - Pourquoi le soleil a-t-il disparu, pourquoi la lune nous nargue-t-elle ? Il y a bien une raison à tout ça ! hurlait-on

Quelqu’un veut notre malheur ?

Oui, c’est ça, c’est la faute de QUELQU’UN ! répondait-on

Qui était, ce QUELQU’UN ! Qui était le responsable de ce désastre ! Le silence se fit, les gens se dévisagèrent puis quelques regards s’arrêtèrent furtivement sur LUNON.

Ces mots retentirent dans la tête de l’enfant, serrant son petit cœur dans sa poitrine.

II  /  LUNON SE MET EN ROUTE

LUNON était un enfant secret et timide, de petite taille, à dix ans et il en paraissait huit. Il vivait heureux avec sa maman et son grand-père. Sa chevelure argentée, couleur de la Lune, faisant sa particularité lui avait valu son prénom.

Voilà six mois que l’obscurité avait envahi le pays. LUNON, accoudé à la fenêtre de sa chambre, observait la lune.

Une, deux, trois, … , Cent  étoiles, il y a cent étoiles qui clignotent dans le ciel ! pensa-t-il. Toi Lune tu sembles heureuse d’occuper le ciel à toi seule ! Mais maman ne cesse de pleurer et les villageois de se disputer. Je t’en prie Lune, laisse revenir le soleil !

Des larmes coulèrent sur ses joues pâles. Il pensa, alors, qu’il fallait agir mais comment faire lorsqu’on est un enfant…

La maison était endormie, avec précaution LUNON se vêtit chaudement, enfila ses grosses bottes fourrées et n’oublia pas son sac. Il y avait disposé soigneusement une pomme de terre froide, un morceau de pain dur et surtout sa flûte qui ne le quittait jamais.

Il était bien décidé à aller à la rencontre de la lune, mais il ne savait quel chemin choisir.

 Il pouvait passer par le col VERTIGINEUX, mais il avait le vertige ou bien par les marais, ils étaient bien trop humides. Il ne restait plus que la grande forêt bleue. LUNON opta pour cette solution, bien qu’il sût qu’il y courrait le plus grand des dangers, l’inconnu.

 III / LUNON FAIT UNE RENCONTRE

LUNON marchait regardant droit devant lui. Un vent glacial s’infiltrait sous ses vêtements, il était transi. Il sentit ses membres s’engourdir peu à peu et le sommeil le gagner. Alors, il sortit sa flûte et joua. Il joua timidement car il ne sentait plus ses doigts gelés et ses lèvres durcies par le froid. Mais il persévéra et joua, joua, joua de tout son cœur. Alors un petit miracle se produisit, à chaque nouvelle note c’est un peu de chaleur qui lui revenait.

LUNON retrouva toute son énergie, et, comme il la puisait dans la musique, la forêt se remplit de ses morceaux enjoués. Les notes chantaient, réveillant les animaux qui s’étaient endormis.

Lorsque LUNON sortit de la forêt, il était heureux. Il lui jeta un regard triomphant qui semblait dire : « Maintenant ! je n’ai plus peur de toi ! ».

Puis il s’installa sur un gros rocher et engloutit sa petite pomme de terre froide et son pain. Puis il regarda la lune. Comme elle était belle ! Comme elle était grande ! Comme elle était proche !

Il était si fasciné, si envoûté qu’il n’avait pas remarqué le petit oiseau multicolore qui tournoyait près de lui.

IV / UN AMI QUI S’APPELLE MOUCHE

LUNON ! LUNON ! pépiait l’oiseau.

Qui me parle ? Répondit l’enfant

C’est moi !

Qui ça moi ? Je ne vois personne d’autre que moi.

Le petit oiseau se posa alors sur le bout de son nez.

Et là, tu me vois mieux comme ça ?

Ce que tu es minuscule ! Tu es un oiseau ? S’écria LUNON.

Oui, mais on m’appelle MOUCHE.

MOUCHE ! quel drôle de nom pour un oiseau ! Mais tu le portes bien…

-     Écoute-moi bien LUNON, ta marraine a besoin de toi.

Besoin de moi ? Ma marraine ? Quelle marraine ?!!

Ta marraine la Lune, petit étourdit !

Ma marraine la Lune ?!! C’est plutôt moi qui ai besoin d’elle. Et si j’ai fait tout ce chemin, c’est pour lui demander de libérer le Soleil ! Fit LUNON avec une moue en colère.

Mais le Soleil n’est pas prisonnier de la Lune ! C’est plutôt la Lune qui est prisonnière… Mais je n’ai pas le temps de t’expliquer.

Puis l’oiseau se tourna en direction d’un grand sapin, et s’adressa à un mystérieux interlocuteur.

Maintenant tu peux sortir.

V / UN VOYAGE FANTASTIQUE

Alors, une ombre gigantesque se dessina peu à peu sur le sol, couvrant LUNON et la prairie qui l’entourait. Un souffle puissant l’accompagna, balayant le feuillage des arbres et la chevelure de l’enfant. L’aigle royal se posa majestueusement près de lui. LUNON se demanda comment un animal qui faisait au moins cinq fois sa hauteur avait pu aussi bien se dissimuler à lui. C’était étrange, tout était étrange mais il ne craignait rien, il se sentait bien, si bien.

- Il s’appelle GORDE, c’est l’aigle le plus gentil que je connaisse. Dit MOUCHE rompant le   lourd silence. Écoute le bien, car ma mission s’arrête là. Adieu LUNON ! Puis il disparut dans les airs.

Malgré le départ de MOUCHE, LUNON restait confiant.

Petit humain. Dit l’aigle de sa grosse voix caverneuse. Petit humain monte sur mon dos et je te conduirai auprès de la Lune.

À chacun de ses souffles, ses plumes aux nervures robustes se soulevaient. LUNON s’approcha et s’agrippa solidement à l’une d’entre elles.  En se hissant il enfouit son visage dans le plumage et sentit la douce chaleur de l’animal.

Il s’installa le plus confortablement possible. Il était prêt pour le décollage. Tout doucement le brave GORDE prit son envol. LUNON saisit fermement le plumage du col de l’animal, il y enfouit ses mains profondément, et s’y accrocha de toutes ses forces.

Tiens-toi bien petit, nous allons très haut dans le ciel.

Je vole ! je vole !  Ne put s’empêcher de crier LUNON.

Émerveillé, il pouvait contempler le paysage qui coulait comme un long serpent géant, en dessous de lui.

VI / LUNON RENCONTRE LA LUNE

La rapidité avec laquelle l’aigle se déplaçait avait donné le tournis à LUNON. Un moment, il crut que sa tête allait exploser. Plus ils s’élevaient, plus tout semblait si petit, si minuscule. Seule la Lune grandissait, grandissait, grandissait et avec elle la lumière s’accrut. Le court voyage prit fin, l’enfant et l’aigle se retrouvèrent face au disque argenté qui se dressait magnifiquement devant eux.

Ma Lune, voici LUNON votre filleul. Dit GORDE.

Tu parles à la Lune ? Chuchota LUNON étonné.

Oui, mon enfant, je l’entends et je peux t’entendre aussi. Répondit l’astre.

LUNON n’en croyait pas ses yeux ni ses oreilles, aucun son ne pouvait sortir de sa bouche.

J’ai besoin de toi. Écoute bien ce que je vais te dire. Continua-t-elle.

LUNON, impressionné, hocha de la tête.

Je suis prisonnière de la montagne car le vent m’a poussée si fort que j’y suis restée accrochée. C’est pour ça que le Soleil ne peut plus se montrer. Pour me libérer tu dois…

Mais un chant envoûtant porté par des rafales légères couvrit les précieuses paroles de la Lune. C’était le vent. Il s’empara de l’enfant, l’enlaçant peu à peu. LUNON eut la sensation d’être bercé, mais bientôt la force du vent s’intensifia. Il voulu se dégager mais il fut précipité dans un vaste tourbillon, malmené comme une vulgaire marionnette.           

GORDE se jeta corps et âme dans la tourmente pour venir en aide à LUNON. Avec ses ailes il combattit le vent, avec ses serres il arracha l’enfant de son étreinte. Il le déposa dans une grotte toute proche, à l’abri.

Le vent furieux d’avoir été pris en défaut, laissa éclater sa colère. C’est avec une force inimaginable qu’il s’abattit sur GORDE et sur la Lune. Des cris de douleurs retentirent.

LUNON, en larmes, porta ses mains à ses oreilles et hurla de toutes ses forces :

Lune, dis-moi ce que je dois faire ! Je t’en prie, aide moi !

Il était désespéré, lorsqu’il pensa à sa gentille flûte. Il la saisit rapidement et joua un morceau joyeux même si le cœur n’y était pas.

Les sons à peine perceptibles au début se gonflèrent de force à mesure que le vent se calmait. tout doucement il se laissa apprivoiser et suivit docilement les volontés de LUNON. Ainsi, il libéra l’astre le tirant de la prison dans laquelle il l’avait enfermée et insensiblement disparut.

LUNON avait gagné son combat.

VII /  LUNON RETROUVE SA FAMILLE

Dans la chambre de LUNON, on s’agitait ; Lui, dormait paisiblement.

Maman était inquiète, grand père aussi. Tous les villageois se tenaient devant la porte, eux aussi  étaient inquiets.

Soudain LUNON ouvrit ses grands yeux couleur d’ambre.

Maman ! Est-ce que le soleil est revenu ?

LUNON ! Mon LUNON ! oui ! Regarde, il est là ! S’écria maman. Puis elle courut ouvrir grand les rideaux.

Un rayon de soleil traversa la pièce jusqu’au visage de LUNON l’illuminant.

Alors, ça veut dire que j’ai réussi à libérer la Lune ?

Tu as surtout réussi à nous faire peur ! répondit tendrement maman. Nous t’avons retrouvé ce matin à l’orée de la forêt bleue. Tu étais tout gelé et inconscient, tu serrais fort ta flûte contre toi. Heureusement le soleil te réchauffait de ses rayons. Sais-tu que  tout le village t’a cherché ? Tout le village sans exception !

As-tu rencontré un aigle géant ?

Non, pas d’aigle géant.

Et un tout petit oiseau ?

Non rien de tout ça. Par contre, nous avons trouvé cette perle près de toi. Elle lui tendit l’objet. LUNON le prit et au contact de sa main, la perle se mit à briller. Tous deux laissèrent échapper un cri d’émotion.

Sais-tu ce que c’est ? Osa questionner maman.

Non, maman. Dit-il en serrant la perle très fort dans sa main.

Il ne pouvait pas dire qu’il s’agissait d’une larme de Lune, même maman ne le croirait pas.

Son aventure lui appartenait, personne ne savait et ne saurait jamais que seul, il avait pu vaincre ses peurs, le vent, le froid et libérer la Lune.

FIN

 

 

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11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 13:23
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11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 13:22

 

crayon léonce 7

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